Situé en contre bas de la chambre d??agriculture à Yaoundé, le marché des fruits n??attire pas les bourses faibles, qui le regardent avec circonspection??à cause de ses prix peu abordables.En ce début de saison pour les prunes, difficile de passer devant les comptoirs de ce marché des fruits juché au sommet de la montée Ane Rouge à Yaoundé, sans jeter un regard admiratif sur ces fruits luisants, gros et bien verts. Tous ceux qui traversent cet endroit n??ont d??yeux que pour ces épaisses
prunes. Mais rares sont les personnes qui s??arrêtent, pour ne serait-ce que s??enquérir du prix. « C??est parce que les gens pensent que nous sommes très chères», lance Bella Marie Brigitte, 63 ans, vendeuse dans ce marché depuis une vingtaine d??année. Elle veut laisser croire que cette perception qu??ont les consommateurs est dénuée de tout fondement. Et pourtant??
Gains costaudsIci, en ce lundi 12 mars 2012, le tas de 7 prunes coûte 3000 francs Cfa. Deux semaines plus tôt, il fallait débourser jusqu??à 5000 Fcfa pour s??offrir la même quantité. La pastèque coûte entre 2000 et 6000 Fcfa selon le volume. L??avocat est vendu jusqu??à 1500 Fcfa l??unité lorsqu??il est énorme. Pareil pour la mangue, variété dite du Nord, en raison de ce qu??elle proviendrait de cette région du Cameroun. « J??en ai pris deux à 1000 francs chacune. C??est un prix acceptable, car il m??est arrivée d??acheter une mangue ici à 1500 Francs », souligne une cliente qui préfère se ravitailler ici qu??ailleurs, pour la qualité des produits exposés. « En général, ce sont des fruits de premiers choix. Et comme je ne sais pas reconnaître les bons fruits, surtout les pastèques dans les marchés ordinaires, je ne cours pas de risque. Je viens toujours ici prendre mes fruits et je ne suis pas souvent déçue, même si ça coûte plus cher », ajoute cette dame. Ebassa Honorine, vendeuse en ce lieu depuis seize ans, pense qu??il faut savoir à quel prix elle s??approvisionne, pour comprendre les prix qui y sont pratiqués. Elle brandit un cageot d??environ 25 kg de pommes bien sélectionnées, qu??elle dit avoir triées au marché du Mfoundi, à un jet de pierre. Elle l??écoulera à 7000 francs Cfa, pour gagner 1000 Francs, à l??en croire. Sa voisine de comptoir, Mme Bella, vend un tas de 6 mangues classiques à 1500 francs Cfa, contre 500 francs Cfa dans les autres marchés. « Oui ! Je confirme que nous sommes chères. Mais je précise aussi que nous choisissons les meilleurs fruits du marché du Mfoundi pour nos clients qui se recrutent dans les administrations et autres sociétés environnantes et non seulement à Bastos comme on peut être tenté de le croire. C??est du haut de gamme que nous vendons et les acheteurs le savent. Il faut donc payer le prix », avance Nke Michèle Denise, responsable de l??association « femmes dynamiques », qui regroupe les 40 femmes qui exercent dans ce marché de luxe. Si toutes avouent tirer de ce commerce de quoi prendre en charges leurs familles, parfois très nombreuses, aucune d??elle ne veut lever un pan de voile sur ses gains journaliers. Bien costauds, on l??imagine.




