L??économiste estime qu??il est inutile de politiser le débat autour de la banque du groupe Fotso. Selon lui, les vrais défis du ministre des Finances à propos de l??économie camerounaise sont ailleurs?? Son analyse. L??annonce il y a quelque temps de la mise sous administration provisoire de la CBC a provoqué une grande excitation, au point où le ministre des Finances crut calmer les esprits en annonçant initialement l??intervention de l??Etat pour sauver cette banque. Suivirent ensuite de nombreuses mises au point qui ne firent qu??attiser la polémique. Il faut faire attention à ne pas envoyer de mauvais signaux aux opérateurs économiques et civils, et surtout à les conforter dans des logiques contraires à l??efficience économique. Dans le cas de la CBC, cette confusion a pu être favorisée par
l??intervention que l??Etat a opérée dans le cadre d??Amity Bank.
Si les banques opèrent dans le cadre d??une architecture légale et juridique insuffisante, il est plus urgent pour un gouvernement de redresser ce cadre que de mettre de l??argent dans telle ou telle banque, en dehors de toute stratégie d??ensemble. Car, en réalité, les acteurs privés ne sont pas habilités à faire des lois, prérogative quasi exclusive du gouvernement, alors qu??il sera toujours possible de rassembler les sommes nécessaires sur le marché financier pour recapitaliser une banque. Chaque acteur ?? public ou privé ?? doit intervenir au point où il est susceptible de produire le maximum d??impact sur l??économie, ou plus largement le meilleur effet de levier sur la société. Le danger ou le risque ?? tant pour les banquiers que pour les épargnants, et par extension pour le public – naît du fait qu??un secteur bancaire soit adossé à une ossature institutionnelle et juridique infirme.
De manière générale, le gouvernement doit se garder d??opérer des appuis aux opérateurs de manière sélective et isolée (pick up winners), parce que non seulement ils créent des distorsions dans le bon fonctionnement des marchés, en suscitant l??impression de deux poids deux mesures, ainsi que des questions du genre pourquoi l??opérateur X et pas l??opérateur Y ? Un gouvernement peut apporter des appuis à un secteur de l??économie sans discrimination des opérateurs, comme on a vu les gouvernements américains et européens proposer à leurs secteurs bancaires respectifs des appuis visant à re-fluidifier les engrenages grippés du marché du crédit.
Par exemple, aux premières heures de la crise financière internationale, alors qu??elles n??avaient pas encore saisi l??ampleur réelle de l??enchevêtrement des instruments financiers entre les opérateurs, les autorités financières américaines laissèrent la mise en faillite de Lehman Brothers (LB) ; or un volume important ?? en termes de trillions de dollars – des CDS (credit default swaps)1 de LB étaient détenus par Goldman Sachs, adossés sur des primes de garantie de AIG. La mise en faillite précipitée de LB allait entraîner celle de AIG qui ne pouvait honorer, faute de réserves suffisantes, le paiement des primes aux détenteurs des actifs « toxiques » de LB. La compréhension plus tard de la nature tentaculaire du mal amènera le gouvernement fédéral à proposer un appui à l??ensemble du secteur financier. D??où l??exigence préalable d??une analyse de l??imbrication de la CBC dans l??économie camerounaise, dont les conclusions orienteraient des stratégies alternatives de sauvetage, avec pour objectif de minimiser les dégâts d??une éventuelle faillite de cette banque sur l??appareil productif. Hors d??un tel contexte, j??ai peur qu??il n??y ait beaucoup plus de passion qu??autre chose.
1) D??abord certains veulent politiser le débat, comme si on indexait particulièrement les promoteurs de la CBC. Personne ne parle du rôle de l??Etat pour protéger les épargnants. Dans le total du bilan d??une banque, on sait bien que les dépôts des épargnants dépassent de loin la part des fonds propres des promoteurs. Lors de mon premier cours de banque dans le cursus du MBA, le professeur dit « One man??s liabilities is another man??s assets », en d??autres termes ce qui est actif pour l??un est passif pour l??autre. C??est la base de la banque. Lorsque nous plaçons nos dépôts dans les banques, ce sont nos actifs qui deviennent pour elles passif (dette), elles devront nous les rendre moyennant rémunération. A leur tour les banques utilisent ces dépôts (une partie en réalité selon les règles prudentielles) pour opérer des placements dans différents instruments financiers : ces placements, actifs pour les banques deviennent passifs (dettes) pour les créanciers (e.g. investisseurs, banques d??investissements, etc.), dont elles attendent une rémunération supérieure à celle qu??elles nous doivent. Le processus aurait pu s??arrêter là, mais on ne peut arrêter l??imagination des ingénieurs financiers ; ainsi, les banques d??investissement découpent leur endettement en titres, dont différentes fractions sont replacées auprès d??autres investisseurs, moyennant des promesses de rendements plus élevés encore, dans des instruments tels que les CDO (Collateralized debt obligations)2 ; ou, alors, des hedge funds qui utilisent le produit de la dette pour faire des opérations de LBO (Leveraged buyout)3. Il s??agit en fait de produits financiers synthétiques qui s??éloignent de la banque classique, et dont le développement fulgurant est attribuable à l??espérance de rendement élevé par effet de levier (sans contrepartie conséquente de fonds propres). Imaginons un seul instant que la première opération bancaire soit un prêt hypothécaire4, adossé à un immeuble dont on espère l??augmentation de la valeur sur le marché immobilier, les actifs dérivés successifs, fruits virtuels de l??ingénierie financière à l??instar des CDS, CMO, etc., sont adossés à la perspective du gonflement de la bulle immobilière (la tendance croissante de la valeur du parc immobilier).
2) Tout va bien tant que la bulle enfle. En revanche, s??il survient un renversement de tendance, la bulle éclate, déclenchant un processus d??effondrement de la valeur de l??immobilier, ainsi que celle des actifs correspondants. Il s??en suit une dépréciation considérable des portefeuilles composés majoritairement de ce type d??actifs. S??installe par la suite une méfiance entre les banques qui conduit au grippage de la machine de crédit. C??est tout le système financier qui se trouve menacé de dislocation. D??où la nécessaire intervention des gouvernements, à travers leurs banques centrales, pour recréer les conditions de confiance, voire injecter de la liquidité dans le système bancaire pour relancer l??activité.
3) Cela étant, par abus de langage, on dit la banque des promoteurs (e.g. la banque des Fotso ou la banque des Atangana), en oubliant que le gros de l??argent qu??elle détient appartient aux épargnants, ce sont leurs actifs qui sont passif pour les banques. Tout gouvernement doit protéger ces épargnants en faisant respecter des lois et des règles prudentielles aux banques. En fait, l??agrément bancaire revient à donner aux promoteurs d??une banque l??autorisation de collecter l??épargne publique. La banque prête, en majeure partie, l??argent des épargnants. L??origine de la COBAC(gendarme des banques) vient du fait que la banque centrale et le ministère des Finances n??avaient pas suffisamment mis de garde-fous pour prévenir les opérations bancaires périlleuses pour l??épargne du public. D??où la déconfiture du secteur bancaire au milieu des années 80 et la mise sur pied de la COBAC pour faire respecter des normes prudentielles. Mais la COBAC, elle-même, ne peut intervenir que dans un cadre légal et juridique normé, au péril de fragiliser ses propres décisions.
4) S??est-on intéressé à la situation financière objective de la CBC, reflétée par différents indicateurs : de solvabilité (niveau des fonds propres), notamment le respect du ratio des dettes par rapport à ses fonds propres ; de liquidité (coefficient de réserves, la fraction requise des dépôts censés se trouver à la banque centrale) ; l??exposition au risque reflétée par la qualité du portefeuille des actifs de cette banque (e.g. diversification ou concentration des interventions dans un seul groupe ou un seul secteur) ; organisation de sa gestion (e.g. conseil de surveillance, direction générale). L??examen attentif de ces indicateurs permet mieux d??apprécier la décision de la COBAC, et éviterait naturellement de se lancer dans la spéculation politique sur l??intervention des autorités monétaires, alimentant toutes sortes de « kongossa ».
5) Je suppose également que, pour en arriver à la situation actuelle, la COBAC a dû passer par toutes sortes de mises en garde, d??appel à redressement des indicateurs qui n??ont pas connu de suite favorable. Ce qui l??oblige aujourd??hui à mettre cette banque sous administration provisoire, l??équivalent du chapter 11 (receivership/syndic de faillite) aux Etats-Unis.
6) En revenant à ma première question: quelle est la valeur de la CBC pour l??économie camerounaise? Autrement dit, quel impact négatif sur l??économie nationale redouterait le MINFI au point d??y engager autant de son précieux temps et de ressources des contribuables ? Si ce sont des entreprises viables, dont l??existence pourrait être menacée par les difficultés courantes de la CBC, le plus important est de faire reprendre rapidement cette banque par un opérateur de renom, en facilitant cette transaction par une éventuelle reprise des actifs douteux par la SRC. Ce serait déjà un bien grand service rendu par le gouvernement. Toute intervention de l??Etat dans le secteur économique doit, aujourd??hui, être transitoire. L??Etat doit créer des règles qui assurent le bon fonctionnement des marchés financiers : concurrence, surveillance des risques, protection des épargnants, de telle sorte que sans brider l??imagination de l??ingénierie des banquiers ou des financiers, les risques qu??ils prennent ne soient pas excessifs avec l??argent des épargnants. On admet aujourd??hui que l??investisseur – américain ou international ?? n??était pas suffisamment protégé contre certains risques de nature spéculative (hedge funds), incluant – situation extrême bien entendu ?? le risque Madoff.
7) D??autres pensent également que l??Etat doit profiter de cette situation pour rentrer en force dans le secteur financier. Mais l??Etat a déjà été prépondérant dans le capital des banques, et cela a conduit à la déconfiture que nous avons connue au début de la décennie 80. Malheureusement, nous sommes amnésiques. On oublie rapidement cette époque d??allocation politique des crédits où, sur les 1.100 milliards F Cfa de crédits à l??économie estimés en 1989, seuls subsistaient, en 1997, 350 milliards F Cfa de crédits sains, après déduction des provisions pour créances douteuses. Lors de la restructuration des banques, une bonne partie de leurs créances compromises a été reprise par l??Etat, c??est-à-dire par le contribuable qui, convient-il de le rappeler, assuma en dernier ressort le coût de la mauvaise gestion des banques. C??est cette situation qui conduisit à la réforme du système bancaire, en redonnant une place centrale à la BEAC (Banque centrale) en matière de définition de politique et de programmation du crédit, alors que le système initial la mettait sous la tutelle des autorités nationales. Elle a renforcé ce dispositif en lui adjoignant la Commission bancaire de l??Afrique centrale (COBAC), instance indépendante de surveillance et de sanction des activités bancaires, équivalente de la CIMA dans le secteur des assurances.
8) En réalité, au lieu de parler du retour en force de l??Etat dans le secteur financier, on devrait se demander à quoi servent la SNI et d??autres institutions financières de la place qu??on aurait pu revitaliser afin qu??elles jouent un rôle plus dynamique dans le financement des PME. Plus le temps passe, plus je me rends compte que nous avons tiré peu d??enseignements des échecs du passé. Je revois aujourd??hui les mêmes habitudes chez les jeunes fonctionnaires opérant dans des conseils d??administration des entreprises publiques. Hélas, trois fois hélas!
9) De la même manière, si un secteur dynamique de la microfinance joue un rôle considérable dans le financement des toutes petites entreprises, notamment en milieu rural et semi urbain, et que les grandes entreprises (genre Brasseries du Cameroun,, AES SONEL, MTN ou ORANGE) ont peu de mal à trouver des crédits pour financer leurs exploitations ou extensions, tel n??est pas le cas de moyennes entreprises. Entre la micro et la macro entreprise subsiste une panoplie de besoins de financement insatisfaits.
Le MINFI devrait travailler sur les priorités??
10) La COBAC perd de plus en plus de sa crédibilité à cause d??accusations de laxisme, d??errements et partis pris, renforcée par des scandales au sein de cette maison. Il faut que le Cameroun, en raison de son poids économique dans la sous-région, veille à renforcer la crédibilité de cette institution en renforçant sa gouvernance grâce à la mise en ??uvre de trois facteurs : neutralité (indépendance), compétences et transparence dans ses processus décisionnels. La BEAC et sa filiale, la COBAC, ne sauraient devenir des tours d??ivoire, dont les fonctionnaires s??isoleraient des économies qu??ils sont censés promouvoir, tout en les vampirisant en revanche, ainsi que l??attestent les récents scandales de la BEAC.
La prise de participation de l??Etat dans toutes les banques est-elle une option stratégique ?
11) On peut comprendre l??attitude du MINFI au regard de ce qui s??est passé lors de la restructuration des banques. Devant la déconfiture du secteur bancaire au début de la décennie 80, c??est l??Etat, c??est-à-dire le contribuable camerounais qui ont trinqué, en reprenant tous les actifs toxiques (logés par la suite à la SRC) en contrepartie d??apport d??argent frais. Grâce à cette opération, le bilan des banques s??est assaini, et dans le cadre des ajustements, il fut imposé à l??Etat de ne détenir qu??une position minoritaire dans le capital, le secteur privé étranger est revenu en force dans les banques. Aujourd??hui, les mêmes banques ont retrouvé liquidité, solvabilité et rentabilité sur le même marché camerounais. Le gros des bénéfices est transféré à l??extérieur, car lors de la recapitalisation, leur capital ne fut pas ouvert aux nationaux. Dans les plus grosses, le mode de gestion reste largement colonial, avec peu de cadres nationaux à leur tête. Mais, est-ce l??entrée au capital de l??Etat dans les banques qui apportera des réponses appropriées aux épineux problèmes du financement de l??économie ou de la modernisation du secteur bancaire camerounais ?
12) Encore une fois, se pose le problème des politiques qu??on met en place et de ceux qui les conçoivent. Au moment où l??ENAM fête son cinquantenaire, il n??est pas inutile de rappeler la lourde responsabilité de ses alumni dans ce processus, où l??on se contente de miettes ?? quelques postes au conseil d??administration des banques soi disant restructurées ?? aux dépens de l??intérêt général, en l??absence de réformes véritablement structurantes. Conséquence : l??économie camerounaise, vingt ans après ladite restructuration bancaire, reste toujours sous-bancarisée, et le financement de l??économie ?? et particulièrement des PME ?? difficile et concentré sur les opérations de court terme. Ces restructurations, entreprises sous la houlette du FMI, furent réalisées dans la plus grande opacité, pour des institutions qui prêchaient la transparence. Leurs thuriféraires seraient bien embarrassés aujourd??hui au vu de ce qui s??est passé ?? et se passe encore ?? dans la restructuration des systèmes financiers américains et européens.
Travailler à une vraie politique de financement de notre économie??
13) Le ministère des Finances doit travailler à des réformes structurantes visant à améliorer le financement de l??économie, notamment les PME, l??immobilier et l??habitat, l??industrie, l??agriculture, le financement des jeunes entrepreneurs, la création d??une institution de garantie des dépôts des épargnants, le renforcement de la microfinance, la redynamisation des institutions de financement telles que la SNI, le Crédit Foncier, la création d??incitations appropriées pour encourager la diversification des instruments des assurances (e.g. capital-vie, garantie des financements), la facilitation de la mobilisation des capitaux extérieurs dans le financement des projets locaux (e.g. crédits export, les agences ducroire des pays d??importation), l??arrimage du secteur bancaire aux technologies modernes, etc. Ce sont là des sujets autrement plus importants et urgents que le sauvetage isolé d??une banque, dont la faillite n??a pas d??impact majeur sur l??économie, et en dehors de toute logique d??ensemble. Les missions d??une banque centrale devraient s??intégrer dans cette vision, et non qu??elle opère dans une logique de boutique à scandales repliée sur elle-même, sans but.
Relancer la croissance à des niveaux significatifs?? par des instruments appropriés
14) Le défi majeur du Cameroun reste celui de relancer la croissance à des niveaux significatifs pour créer des emplois et réduire la pauvreté, et l??on doit examiner les actions du MINFI à l??aune de sa contribution à la résolution de ce problème. Une corrélation positive existe entre l??importance de l??intermédiation financière et l??activité économique. Redoutant les effets récessifs du blocage du crédit sur leurs économies, on a vu les dirigeants des pays développés monter au créneau pour dégripper la machine du crédit. La pauvreté de l??intermédiation financière, au sens de la faible mobilisation de l??épargne pour le financement de l??économie, doit être un sujet préoccupant, voire prioritaire, pour le MINFI. De nombreux indicateurs confirment cette exigence : la sous-bancarisation de l??économie reflétée par l??indicateur (M2/PIB), la faible vélocité de la masse monétaire, l??atonie de la bourse des valeurs, dont il faudrait peut-être tirer les conséquences??, etc.
15) Aujourd??hui, avec des taux de croissance économique et démographique respectifs de 3% et 2,7%, le PIB par habitant du Cameroun croît au rythme de 0,3% par an. J??ai calculé qu??il faudra 240 ans pour doubler son niveau actuel. Bien entendu, à ce rythme également, nous sommes loin d??atteindre les Objectifs du développement pour le Millénaire (Omd). Dans les années 70, le revenu par habitant du Chinois était inférieur au nôtre, aujourd??hui le nôtre ne représente plus que le cinquième du sien. Le monde de six milliards d??habitants n??est plus divisé entre pays développés et pays émergents : en réalité, il y a un milliard d??habitants dans les pays développés, quatre milliards dans les pays émergents, et le peloton de un milliard dans les pays en régression. Voilà le drame que révèlent les chiffres, qui devraient inspirer modestie et réflexion en lieu et place de déclarations euphoriques et irresponsables vis-à-vis des futures générations, de la part de certains hauts responsables.
15) A l??aune de ces défis, le problème de la CBC peut être laissé à un directeur du département des finances publiques, le temps du MINFI devant être prioritairement consacré à des chantiers plus importants relatifs à l??édification d??infrastructures institutionnelles et législatives qui impactent de manière significative sur la croissance, à arrimer le secteur bancaire aux technologies modernes, à moderniser l??intermédiation financière en la sortant de l??informel, autant de chantiers qui devraient amener le secteur financier à participer de manière conséquente au financement d??une économie d??entrepreneurs et, partant, à contribuer à la réalisation des objectifs de développement du gouvernement, sinon il serait en train de faire du micro management, au lieu de faire des politiques plus visionnaires, à la hauteur des défis et des enjeux de développement de notre société.
Le plus grand défi reste celui d??un Etat de droit et d??une société ouverte et transparente??
16) Les pratiques douteuses fleurissent dans les zones d??ombre. Les banques n??en ont pas été épargnées. Un véritable Etat de droit ?? caractérisé par un système judiciaire efficace avec des magistrats compétents et motivés par le dire du droit, des juridictions au-dessus de tout soupçon, des infrastructures appropriées, la prévisibilité et la transparence des décisions de justice, etc. ?? réduit le risque de collusion observée entre les opérateurs privés et les représentants de la haute administration.
17) Dès qu??un opérateur viole les règles, il monte à Yaoundé pour trouver des arrangements opaques, qui laissent le mal persister et s??aggraver, jusqu??au jour où la situation devenue irrémédiable explose. Les protagonistes de ces arrangements, encouragés par l??impunité et l??absence de reddition des comptes, prospèrent, au détriment de la collectivité qui paye cher ces dérives, lorsqu??il faut passer les actifs compromis par pertes et profits. Une bonne partie de l??activité économique est financée par une activité financière informelle, qui ne peut donc pas fournir la pleine mesure des outils modernes d??une intermédiation financière formelle. C??est un immense chantier pour le MINFI de l??arrimer au secteur formel, de manière à promouvoir également l??imagination et la créativité des entrepreneurs, repoussant les frontières de l??imagination, refusant la fatalité, fournissant à notre jeunesse entreprenante les moyens de rêver et de réaliser ses rêves??
18) Cette absence de transparence n??épargne aucun secteur de notre économie, incluant la surveillance de la gestion des entreprises publiques et para-publiques sur laquelle nous avons écrit il y a quelque temps. Pourquoi ensuite être surpris par leurs médiocres performances ? Seulement en économie, tout se paie en terme d??enrichissement ou d??appauvrissement, de stagnation, voire de recul de la croissance, de paupérisation, vécue au quotidien par une absence criarde d??infrastructures, un chômage révoltant des jeunes, la diminution du pouvoir d??achat, etc.
5 CDS : contrat de garantie en cas de défaillance de crédit
2 CDO (Collaterilized debt obligations) : Obligations nanties par différents actifs composés de crédits bancaires, de CDS et d??autres obligations.
3 LBO : Achat d??entreprises par emprunt avec effet de levier (entendu au sens où l??acquéreur dispose de très peu de fonds propres pour une telle opération, sous-tendue par le principe high risk high revenue, selon lequel plus le risque est élevé plus l??est également le rendement espéré).
4 Crédit hypothécaire subprime se réfère à des crédits dont le risque est plus élevé que d??ordinaire du fait de la faible solvabilité des emprunteurs. Le risque de défaut de paiement s??en trouve augmenté.
* Ingénieur diplômé de l??Ecole Polytechnique de Montréal. Diplômé d??Etudes supérieures de management et d??économie, est détenteur d??un Master of Business Administration de Concordia et McGill University. Débute en 1978 une carrière d??ingénieur à la Régie nationale des chemins de fer, puis rejoint en 1979 la Société nationale d??investissement (SNI) comme ingénieur de projets et économiste industriel. De 1982 à 1992, il est Directeur des Etudes et Projets à la SNI, période au cours de laquelle il va conduire la mise en ??uvre de projets dans différents secteurs. En 1992, il démissionne de ses fonctions de Directeur des Etudes et Projets à la SNI et d??Administrateur Délégué du complexe hôtelier Hilton Yaoundé, dont il venait de conduire la réalisation, pour créer la société Business Development Service (BDS), spécialisée dans le conseil en investissement, les politiques et stratégies industrielles. A ce titre, il a effectué des missions dans plus de vingt-cinq (25) pays d??Afrique et des Caraïbes pour le compte des Organisations internationales. CPE a visité plus de quarante de pays d??Asie, d??Europe et d??Amérique. Il chérit particulièrement l??Asie, dont il visite les pays depuis ses années d??étudiant.
LNE
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