Afrique

CAN: Aux Comores, des prières pour les Coelacanthes privés de gardiens

Traumatisé par la CAN, à une table de jeux de quartier, le Comorien Saïd Ali Mohamed tape ses dominos d’un coup sec sur la table: « Voilà, on va les cogner comme ça les Camerounais, ils ne nous verront pas arriver et on va les sortir ».

Dans le petit archipel de 850.000 habitants de l’océan Indien règne une ambiance de fête depuis la victoire inattendue de l’équipe nationale mardi contre le Ghana (3-2), synonyme de qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN).

Mais les espoirs ont été douchés samedi par l’annonce de neuf cas de Covid parmi les joueurs, dont les deux seuls gardiens disponibles de la sélection. Les Comoriens s’accrochent pour croire aux chances de leurs « Coelacanthes » au maillot vert contre la puissante équipe du Cameroun qui jouera à domicile. Comme une prière.

La qualification du pays, affilié seulement en 2005 à la Fifa, pour sa première CAN avait déjà déclenché un vent de folie en mars.

Vendredi, le vert omniprésent dans les célébrations à Moroni a laissé place au blanc des boubous traditionnels. La grande mosquée Badjanani, toute blanche elle aussi et souvent photographiée comme le symbole du pays, est pleine à craquer.

L’imam Abdallah Cheikh Ali évoque la compétition dans son prêche, relayé par haut-parleur: « L’encouragement à apporter aux Coelacanthes doit passer par la prière. Déjà cette qualification tient du miracle. Nous en avions tous besoin », dit-il à la foule des croyants qui acquiesce.

A la sortie du rendez-vous spirituel hebdomadaire, on ne parle pas islam mais football.

Pour Saïd Aboudou, haut fonctionnaire, « les gens ont besoin d’être fiers de leur pays. Le sport transcende les clivages, politiques comme générationnels. Notre jeunesse a besoin de perspectives. Elle est tout aussi capable que les autres jeunesses du monde« , dit-il à l’AFP.

Moussin Barwan, à ses côtés, renchérit tout sourire: « C’est la première fois que les jeunes peuvent s’enorgueillir totalement de l’image du pays à l’étranger. Les Comores, ce n’est plus les coups d’État ni l’instabilité, c’est une équipe de gagnants ».

« Ça va être compliqué pour cette CAN » –

La victoire contre le Ghana a récompensé un gigantesque travail pour monter une équipe portée par la diaspora. Et cette notoriété internationale soudaine des joueurs de l’archipel réjouit Hassan Idriss. « Ça me plaît de voir tous ces articles qui parlent de mon pays. Les Comores sont citées à travers toute l’Afrique et l’Europe. Maintenant ils savent tous où on est et qui on est », confie-t-il à l’AFP.

A l’approche du match contre le Cameroun, prochaine étape redoutable, l’espoir reste vivace.

Chez un coiffeur pour hommes ouvert sur la rue, un groupe de quadras s’agite en évoquant la CAN, chacun y allant de son pronostic. « Pour moi, c’est 3 à 2 pour les Comores« , annonce Bayi Ali Kassim, comme une théorie mathématique à la logique imparable. Mahamoud Ahamada Mzé le seconde, téléphone en main, pour étayer des hypothèses à coup de statistiques.

Fatma Aboubakar, châle coloré sur la tête, passe par là et prend le débat en cours. Plus prudente, elle les interpelle depuis le trottoir: « Je leur souhaite vraiment, mais battre le Cameroun à la CAN et chez eux, ça va être compliqué les gars ». Le silence s’abat sur la bande de copains, qui se refuse à envisager ce scénario.

Ahmed Koudra a entendu l’échange et poursuit son chemin. « Moi je regarderai le match à la maison. S’ils perdent, je serai tellement déçu que je ne veux pas me retrouver à pleurer en public », dit-il, détournant le regard.

Saïd Toihir, un autre passant, s’incruste dans la conversation. « Tu es malade? Il faut venir devant l’écran géant. Tous ensemble, nos prières seront plus fortes! ».

Le cœur des Comoriens bat désormais au rythme des Coelacanthes.

AFP

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