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Camille Lepage, tuée en 2014 après avoir filmé le trafic de diamants en RCA

Camille Lepage tuée en RCA : diamants, silence et justice absente

Camille Lepage avait 26 ans. Photojournaliste française, elle couvrait la guerre civile en République Centrafricaine quand elle a découvert ce qu’il ne fallait pas voir : des soldats français de l’opération Sangaris impliqués dans le trafic de diamants autour de Berbérati. Le 12 mai 2014, elle est abattue d’une balle dans la tête, à quelques kilomètres de la frontière camerounaise. Dix ans plus tard, personne n’a été jugé.

Berbérati, un million de carats par an — et un secret bien gardé

Camille Lepage s’était rendue à Berbérati avec Jonathan Pedneault, formateur radio canadien. La région produit environ un million de carats par an. C’est le premier bassin diamantifère du monde, dans l’un des pays officiellement les plus pauvres de la planète.

Sur place, ils sont hébergés par Hassan Fawaz, négociant libanais en diamants. Ils rencontrent le « colonel Rock », un responsable anti-balaka. Le 3 mai, Camille repart avec ce groupe pour cinq jours, seule. Jonathan Pedneault rentre à Bangui.

Le 10 mai, elle contacte une amie commune, Katarina, vers 20 heures. Elle a des informations à transmettre. Le message n’arrivera jamais.

Le lendemain matin, elle filme des attaques de mercenaires ex-Seleka contre un village anti-balaka. Le convoi de motos se dirige ensuite vers Gbambia, près de Gbiti — localité voisine camerounaise. Les premières motos passées, les ex-Seleka ouvrent le feu sur l’arrière du groupe. Camille Lepage est tuée d’une balle dans la tête. Ses appareils photos sont volés.

Une enquête qui disparaît, une famille qui attend

Une enquête préliminaire est ouverte quelques jours après les faits. Puis une information judiciaire, révélée le 28 mai 2014. Deux juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Paris sont désignés : Raphaëlle Agenie-Fécamp et Virginie Van Geyte. Des enquêteurs de l’OCRP devaient se rendre à la frontière RCA-Cameroun avec l’appui de l’armée française.

Mais rien n’avance.

En juin 2014, un mois après les faits, les circonstances exactes restent floues. En mai 2016, la mère de Camille déclare publiquement : « Deux ans après, on ne sait toujours pas qui sont les assaillants. » En 2018, selon des informations recueillies par Reporters Sans Frontières, l’avocat de la famille révèle que le dossier d’instruction a tout simplement disparu. Le procès d’assises, prévu début 2018, est reporté sine die.

C’est un dossier qui brûle les mains de trop de monde.

Les diamants de Berbérati circulent toujours. Les responsables présumés n’ont jamais été identifiés officiellement. Et Camille Lepage reste, à ce jour, une journaliste assassinée dont l’affaire n’a toujours pas été jugée.

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✍️ À propos de l'auteur
Jean-Paul Dzomo Nana
Jean-Paul Dzomo Nana

Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l'actualité politique et diplomatique du continent africain.

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