Economie

Cameroun: Voici l’homme à qui on veut brader la Sodecoton

Un industriel libanais fait des mains et des pieds pour acquérir le fleuron de l’industrie cotonnière camerounaise. L’Etat du Cameroun va-t-il céder à ce marché de dupes ?

Si l’on n’y prend garde, la société de développement du coton (Sodecoton) pourrait ne plus figurer sur la liste des entreprises relevant du portefeuille étatique camerounais. D’après les sources concordantes du Messager, le gouvernement de la République est sollicité, dans le cadre d’une négociation d’affaire en cours, pour céder les parts de l’Etat du Cameroun dans l’actionnariat de la Sodecton, soit 59% à un industriel libanais, par ailleurs président directeur général du groupe Advens-Geocoton, qui détient 30% des actions et le personnel 11%. Une entreprise, jusque-là considérée par des économistes sérieux, comme étant le fleuron de l’industrie cotonnière camerounaise, en parfaite santé économique.

Pour cerner l’intention de l’industriel libanais, Abbas Jaber, Pdg de Advens-Geocoton, il faut remonter à l’audience à lui accorder, au nom du chef de l’Etat du Cameroun, Paul Biya, par le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, le 10 juillet 2020, au Palais de l’unité. Surfant sur le prétexte tout trouvé, de discuter de la problématique du développement de l’agriculture, socle de l’industrialisation du pays et, sans doute, rampe de lancement de la croissance du Cameroun, l’industriel a su jouer de coudes pour obtenir une audience auprès du plus proche collaborateur du président de la République. Pendant plusieurs minutes, d’après les sources du Messager, Ferdinand NgohNgoh et son hôte de marque, ont abordé largement les défis qui interpellent la filière coton, l’élevage dans l’Adamaoua entre autres.

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Méthodes sulfureuses

Au moment où l’industriel libanais veut acquérir des parts importantes dans l’actionnariat de la Sodecoton, nombre d’observateurs s’en émeuvent. Plusieurs sources évoquent des privatisations foireuses opérées dans nombre de pays africains au profit du Pdg d’Advens-Geocoton. Plusieurs entreprises du secteur du coton sont en difficultés, si ce n’est, mises à sac, à causes des méthodes de gestion décriées de l’industriel. C’est le cas du Sénégal où l’homme d’affaire a déposé ses valises en s’engageant de relancer la filière arachidière au moment de la privatisation de la Sonacos. Le Pdg, selon des sources internes à cette entreprise sénégalaise, avait juré, la main sur le cœur, injecter beaucoup de capitaux dans des investissements colossaux. Non seulement, il n’a pas tenu à ses promesses, mais bien plus, il a dépouillé cette société de son potentiel. Démantèlement et vente des équipements qui assuraient l’extraction et la désintoxication du produit. Des unités de Kaolack (Lyndiane) et de Ziguinchor (Seic) ont failli passer à la moulinette.

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Le patrimoine foncier et immobilier bradé. Des interrogations sur le sort réservé au parc automobile. En un mot comme en mille, Abbas Jaber ne fait pas bonne presse au Sénégal. Et pour cause, avant la privatisation de la Sonacos, la Banque Paribas l’avait évaluée à plus de 25 milliards Fcfa.
Curieusement cette valeur, au moment de l’achat, a fondu comme beurre au soleil. 8 milliards dans la cagnotte. Eu égard à ce qui précède, le cas du Sénégal devrait parler au Cameroun. Voilà les faits d’armes de ce capitaine d’industrie qui veut faire main basse sur la Sodecoton, notre fierté.
L’alerte qui vient du Sénégal devra permettre aux pouvoirs publics camerounais de tenir compte des méthodes sulfureuses de ce géant industriel libanais. La dévaluation de la société avant l’achat, la nonimplication du personnel dans la gestion, les promesses d’investissement fallacieuses, la braderie du patrimoine mobilier et immobilier des entreprises rachetées, la clochardisation des agriculteurs locaux, la méprise de la politique nationale, le non-respect du cahier de charges couplé au trafic d’influence qui est son arme fatale.
Vigilance donc !

ALAIN NJIPOU

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