Cameroun : Vives tensions à l’ART, soupçons de détournements au sommet

PHILEMON ZOO ZAME-LIBOM LI LIKENG

Un vent de fronde souffle sur l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) du Cameroun. Au cœur de la tourmente : un conflit ouvert entre le Directeur Général Philemon Zoo Zame et la Ministre des Postes et Télécommunications Minette Libom Li Likeng, sur fond de soupçons de malversations financières. Des accusations graves qui jettent une lumière crue sur la gestion de cette institution stratégique, comme le révèle en exclusivité 237online.com.

La pomme de discorde : les pénalités infligées aux opérateurs

À l’origine de cette guerre des chefs : la répartition des pénalités infligées aux opérateurs et exploitants de réseaux de communications électroniques sur la période 2017-2020. Des sommes conséquentes, destinées à être versées sous forme de primes de rendement au personnel en charge de la réglementation (MINPOSTEL) et de la régulation (ART, ANTIC).

Mais voilà : Philemon Zoo Zame refuse de procéder aux paiements, exigeant au préalable des attestations de présence effective datant de moins de trois mois pour chaque bénéficiaire. Une condition jugée abusive par la Ministre, qui y voit une manœuvre dilatoire du DG de l’ART.

Quand la Ministre recadre son DG

Face à ce qu’elle considère comme une insubordination caractérisée, Minette Libom Li Likeng a choisi la manière forte. Dans une correspondance au vitriol datée du 9 avril 2024, elle intime l’ordre à Philemon Zoo Zame de procéder « sans délais » au paiement des états confectionnés par les entités concernées, ou alors au virement à chaque entité de sa quote-part.

Un recadrage en règle, où la Ministre rappelle sèchement à son subordonné qu’il est sorti de son « périmètre de compétence ». Une façon de réaffirmer son autorité et de couper court à toute velléité de résistance du DG de l’ART.

Le spectre des détournements plane sur l’ART

Mais au-delà de cette lutte de pouvoir, c’est le spectre de la corruption qui plane sur toute l’affaire. En effet, de sources bien introduites, le personnel de l’ART soupçonnerait Philemon Zoo Zame d’avoir déjà détourné les fonds en question.

Des accusations gravissimes, qui, si elles étaient avérées, jetteraient une ombre inquiétante sur la probité du dirigeant de cette institution clé. Comment expliquer son refus obstiné de procéder aux versements, si ce n’est par la volonté de gagner du temps pour couvrir ses traces ?

Une crise de gouvernance qui en dit long

Au-delà des personnes, c’est tout un système de gouvernance qui semble à bout de souffle. Comment une telle situation a-t-elle pu perdurer, sans qu’aucun contrôle, aucun audit ne vienne mettre un terme à ces dysfonctionnements ?

Cette crise est révélatrice d’un mal plus profond : celui d’institutions rongées par les luttes intestines, les soupçons de malversations, loin des missions de service public qui devraient être les leurs. Un constat amer, qui appelle une réaction forte et rapide des plus hautes autorités de l’État.

Pour une ART au service de l’intérêt général

Car l’enjeu va bien au-delà d’une simple querelle de personnes. C’est la crédibilité même de l’ART, et à travers elle de toute la régulation des télécommunications au Cameroun, qui est en jeu. Un secteur stratégique, vital pour le développement économique et social du pays.

Il est temps de remettre l’ART sur le droit chemin. De restaurer la confiance et la transparence dans sa gestion. De s’assurer que chaque centime des pénalités versées par les opérateurs soit utilisé à bon escient, au service de l’intérêt général et non d’intérêts particuliers.

C’est un chantier immense, qui exige une volonté politique sans faille et le soutien de toutes les parties prenantes. Des opérateurs aux consommateurs en passant par la société civile, chacun a un rôle à jouer pour faire émerger une ART nouvelle génération.

Une ART efficace, transparente, à l’écoute de ses usagers. Une ART qui soit un modèle de gouvernance et un moteur de développement pour le Cameroun. C’est le défi qui attend Minette Libom Li Likeng et le gouvernement tout entier. Un défi difficile, mais ô combien crucial pour l’avenir du pays.

La crise qui secoue l’ART doit être le déclencheur d’une prise de conscience et d’une réaction salutaire. Il en va de la crédibilité de l’État, de la confiance des citoyens, de l’attractivité du Cameroun pour les investisseurs. Les enjeux sont immenses, l’heure n’est plus aux tergiversations mais à l’action. Avec courage, détermination et intégrité. Pour que l’ART redevienne ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une institution au service du bien commun.

Par Jean-Paul Nkoucha pour 237online.com

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