Cameroun : Une adolescente se tire une balle dans la tête à Douala

Serges Olivier de Pouma

Christelle Ndjock, âgée de 16 ans, s’est servie d’une arme récupérée dans la chambre de son père lieutenant-colonel, après une discussion au sujet d’un petit-ami.

Des cris et des pleurs retentissent à une vingtaine de mètres du domicile de la famille Ndjock, au lieu-dit Emènè City au quartier Pk 12 à Douala. Il est un peu plus de 17h ce vendredi 21 mai 2021. Devant le portail et dans la cour de la maison, des membres de la famille et des amis sont assis sur des chaises en plastique. Ils discutent à voix basse. L’essentiel des conversations tournent autour des circonstances du décès de Christelle Ndjock. La jeune fille âgée de 16 ans s’est donnée la mort la veille jeudi 20 mai, en se tirant une balle dans la tête. Au cœur de toutes les interrogations, les uns et les autres se demandent ce qui s’est réellement passé. Un proche de la famille qui se confie au Jour indique que les faits se sont déroulés ce jour-là entre 14 et 16 h.

Selon son récit, la maman de retour d’un séjour au chevet de sa sœur malade croise sa fille en chemin, alors qu’elle emprunte le chemin du quartier. Elle se renseigne sur la destination de sa fille. Cette dernière lui répond qu’elle va rendre visite à une copine. La maman de s’étonner de voir entre ses mains une gamelle de nourriture rangée dans un emballage plastique. Elle invite Christelle à monter dans son véhicule et toutes les deux retournent à la maison. La discussion s’y poursuit. La maman veut savoir la réelle destination de sa fille et l’exhorte à lui dire la vérité. Devant le silence de sa fille, la maman s’empare de son téléphone portable. Elle y découvre un message saisissant. Le message dit: « Je suis à la maison. J’étudie les mathématiques. J’ai très faim. Prends une moto course », rapporte Jean Crépin Bassong, un oncle de la victime.

Echange avec les parents

Dame Ndjock, employée dans une banque de la place, essaie de faire entendre raison à sa fille. Elle se résout ensuite à joindre son mari par téléphone, afin que ce dernier puisse mieux attirer l’attention de sa progéniture sur cette situation. Le père, le lieutenant-colonel Serge Olivier Ndjock, est en stage militaire lorsqu’il est saisi. Pendant l’appel, le père rappelle à sa fille inscrite en Lower Sixth (classe de première en session anglophone) au collège Duval, qu’elle doit se concentrer sur ses études car elle a un important examen à préparer l’année prochaine (le baccalauréat anglophone, ndlr). Après le coup de fil, la maman se rend à la douche pour prendre un bain. Les autres enfants sont au salon. La ménagère a déjà quitté les lieux.

Selon le récit des proches, c’est à ce moment que Christelle Ndjock se dirige dans la chambre du lieutenant-colonel à l’étage et y récupère une arme. Elle se rend ensuite dans la chambre d’ami et se loge une balle dans la tête. La maman qui recherche sa fille après son bain autour de 16h va découvrir son cadavre allongé au sol dans une flaque de sang, une arme dans la main. Paniquée, dame Ndjock transporte le corps de sa fille au salon et crie à l’aide au voisinage. L’enfant est conduit d’urgence à l’hôpital, où le décès est constaté par le corps médical à l’arrivée dans la formation sanitaire. Le lieutenant-colonel est à nouveau joint par téléphone, cette fois-ci pour lui annoncer le décès de sa fille aînée. Il rallie Douala nuitamment et se rend ensuite au village pour les modalités des obsèques.

Questions autour de l’arme

Plusieurs interrogations subsistent autour de l’arme utilisée par Christelle Ndjock. Une indiscrétion dans la famille fait savoir qu’il ne s’agissait pas de l’arme de service du lieutenant-colonel. Mais qu’il s’agit d’une ‘’arme légère’’ qui appartiendrait à un proche de la famille, un ancien du corps militaire aujourd’hui décédé. « Son épouse avait remis l’arme et les papiers y afférant au lieutenant-colonel afin qu’il engage les procédures pour la retourner à l’autorité militaire. Il ne l’avait juste pas encore fait », confie le proche de la famille. Qui rapporte que le père avait pris pour habitude de changer l’emplacement de cette arme. Notre source ajoute que l’arme était conservée démontée. Comment la fillette de 16 ans a-t-elle pu monter le révolver ? De quel type d’arme s’agit -t-il et pourquoi aucune détonation n’a alerté le voisinage ?

Approchée pour confirmer ou infirmer les informations collectées et en savoir davantage sur l’arme, aucun personnel de la brigade territoriale de Logbessou en charge de l’enquête n’a souhaité s’exprimer. Un des enquêteurs a tout juste validé le récit, mais s’est montré ferme sur toute question autour de l’arme. «L’enquête est en cours. Nous ne pouvons pas nous prononcer à ce stade», a indiqué pour sa part le commandant de brigade rencontré samedi. Sans plus. Où en est -t-il de l’expéditeur du message dans le téléphone de la fillette ? Au domicile des parents vendredi, on n’avait pas plus de nouvelles. L’enquête en cours permettra sans doute de remonter jusqu’à lui pour des besoins d’investigation. En attendant le rapport final des enquêteurs, le recueillement se poursuit au domicile des parents à Emènè City, au quartier Pk 12.

Là-bas, les proches se remémorent les moments passés avec Elsy, comme on l’appelait affectueusement. «C’était une fille joviale, toujours en joie. Quand elle avait un problème, ça se voyait directement. Lorsque sa maman n’était pas à la maison, elle gardait bien ses cadets. Nous avons échangé deux jours avant sa mort. Elle ne m’a pas parlé d’un quelconque problème », témoigne Jean Crépin Bassong, l’oncle de la victime. D’après lui, les obsèques de Christelle, l’ainée de la famille de quatre enfants, auront lieu probablement au courant de la semaine.

Mathias Mouendé Ngamo

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