Les sept inculpés dans l??affaire du Programme international d??encadrement et d??appui aux acteurs du développement (Pid) ont été libérés, le 16 août dernier. Marie Robert Eloundou, ancien représentant résident de ce Pid, et ses co-inculpés ont bénéficié d??un non-lieu, après quinze mois de prison. Le dossier était vide.C??est en homme libre que l??ancien représentant résident du Pid a franchi les portes de la prison de
Kondengui, le 16 août 2012, à Yaoundé. Son calvaire débute au lendemain de son interpellation suivie de trois semaines de détention et de torture dans les cellules de la DGRE (Direction générale à la recherche extérieure), une unité des services spéciaux.Tantôt accusé de « détournement de l??épargne publique » d??un montant de quatre milliards de Fcfa, tantôt de complicité de détournement, il est transféré dans les locaux de la Police judiciaire et du commissariat central N°1 de Yaoundé. Au cours de ses multiples points de presse, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, dira que « les sept personnes inculpées dans l??affaire Pid sont sous le coup de deux chefs d??inculpation : escroquerie et escroquerie aggravée en coaction ».Passé inaperçuSans doute éclipsée par l??actualité politico-judiciaire concernant l??affaire de l??avion présidentiel, le fait est quasiment passé inaperçu. C??est pourtant le bouclage de quinze mois d??information judiciaire d??un dossier retentissant sur le plan social qui a eu lieu en août dernier. Le 10 août, le juge d??instruction David Donhou a rendu une « ordonnance de non lieu partiel et de renvoi devant le tribunal de grande instance du Mfoundi », dans cette affaire du Pid, dont l??objectif était de pourvoir à l??encadrement et à l??appui financier des acteurs du secteur informel. Le 13 du même mois, le tribunal de grande instance du Mfoundi a prononcé le non-lieu en faveur des co-inculpés dont Marie Robert Eloundou et Martin Biwole, l??ex-président du comité de gestion de la restructuration du Pid, inculpé en dépit de sa relaxe par le juge d??instruction après son arrestation par la DGRE, le 22 avril 2011.Interrogé, Etienne Leke Som, de la Ligue camerounaise des droits de l??Homme (LCDH), estime « cette situation inadmissible. D??autant plus que le code de procédure pénale fait de l??interpellation et de la mise en détention provisoire, une exception. Tant que les personnes mises en cause dans les dossiers peuvent être localisées et identifiées, il vaut mieux ne pas les interpeller, ni les garder à vue pendant longtemps. De ce point de vue, la loi a été gravement violée ». Raison pour laquelle la Ligue camerounaise des droits de l??homme envisage d??adresser une « correspondance aux autorités judiciaires camerounaises pour les sensibiliser sur cette dérive ». »Traitements dégradants »Dérive aussi dans les traitements infligés aux détenus. Marie Robert Eloundou raconte son arrestation spectaculaire un dimanche d??avril 2011 par un commando d??une dizaine d??hommes de la DGRE placés sous le commandement d??un colonel. « Arme braquée sur moi, le colonel a déclaré appliquer les ordres du président de la République. Ma garde à vue a été marquée par d??interminables heures d??auditions, des humiliations comme des promenades en petite tenue, des flagellations et autres voies de faits ».Le 13 mai 2011, le détenu est transféré de la Police judiciaire au commissariat central N°1, puis à la prison centrale de Kondengui. « J??y ai subi des traitements dégradants. J??ai été dénudé par les gardiens de prison et placé en isolement complet au quartier 13 bis. Pendant des semaines, la porte de ma cellule va se fermer à 18h pour ne se rouvrir qu??à 11h le lendemain », raconte-t-il. Dans cette prison, seuls les condamnés à mort sont soumis à un tel régime.Ces conditions d??incarcération vont affecter la santé du détenu qui souffre des yeux, au point de nécessiter une intervention chirurgicale dès sa sortie le 16 août 2012. « Alors que ma vue se détériorait et que les responsables de la prison étaient au courant, j??étais privé de soins », affirme-t-il. Il attendra six mois avant de voir un ophtalmologue et ne bénéficiera d??aucun suivi médical régulier.Au cours de ses derniers moments de détention, pour se rendre à l??hôpital, Marie Robert Eloundou était encore soumis aux escortes militarisées, avec armes au poing.
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