Cameroun: Paul Biya en quête d’éternité

Comment autrement être Dieu sur terre si ce n’est en démontrant qu’on est éternel?
Dans une désinvolture qui sert à masquer les manoeuvres en cours, toutes les énergies qui peuvent se retrouver dans les mains de celui en charge de la gestion du Cameroun n’oeuvrent plus que dans un seul but : celui de lui permettre de vaincre le destin de tout homme; celui de vieillir et de mourir. Si les “brefs séjours privés en Europe” du président sont avant tout le fait de soins et de bien-être à Baden Baden ou à Genève, ils sont aussi et surtout motivés par un désir d’éternité. 237online.com Combien coûte cette folie de désir d’éternité de Paul Biya au Cameroun quand on sait comment elle va se terminer? Bien au-delà du coût financier, c’est du coût structurel dont il faudrait s’inquiéter comme ces modifications de la constitution, ces appels à candidature “spontanés” et ces probables élections anticipées… sans parler d’une coupe d’Afrique dont le seul but est la quête d’éternité du président de la République.

Phantasme africain ou nature humaine?
Quand on déploie tous les moyens de l’Etat et on vampirise les jeunes brillants cerveaux en les obligeant de ne plus penser que ce qui doit prouver que l’homme à 84 ans reste le seul Camerounais capable encore pour 7 ans de gérer ce pay,; il est important d’évaluer l’étendue des dégâts; tout ce qu’on détruit, qu’on écarte, qu’on hypothèque pour la folie d’un homme qui se veut éternel. Drôle de manière de chercher l’immortalité quand on sait que les grands hommes l’ont obtenue à travers leurs réalisations. Ici on a renoncé même à faire semblant comme par le passé avec les “grandes ambitions” ou les “grandes réalisations”. Qui voudrait croire que l’homme qui a 84 ans n’a pas un seul cheveu blanc n’est pas le véritable “pays organisateur” de ces appels “massifs” à la candidature “spontanée” pour qu’il se représente aux élections de 2018 “par anticipation”? Un homme qui n’accepte la démocratie – le pouvoir par le peuple et pour le peuple – que lorsqu’elle s’exerce en coulisse et non sur la place publique, comme lorsque le Sultan Njoya, son ami de 50 ans, estime que cette candidature mérite quelques conditions. 237online.com Aujourd’hui ce n’est pas la folie de Paul Biya qui rêve d’éternité qui pose problème, c’est plutôt notre folie à nous. Car à défaut d’y croire, toute la société adopte des comportements sans lendemain inspirés d’en haut, tout comme un poisson qui pourrit par la tête. Ici, demain n’existe plus, tout se fait la là là. On sombre tous dans cette folie de l’instant présent qui a oublié le temps et donc la mort qui pourtant continue de nous jouer des tours et qu’on n’arrivera pas, malgré la teinture noire sur les cheveux, à déjouer. Notre folie a nous consiste à regarder l’homme ou à l’accompagner dans ce délire qui comme l’a si bien dit le Sultan Njoya est la cause de nos malheurs.

Jean Pierre Bekolo

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