Société

Cameroun : Parfait Siki arraché sa famille depuis 28 jours

Après une garde à vue, le directeur de publication du journal Info + est incarcéré à la prison centrale de Yaoundé pour « rétention d’un document en vue de sa falsification ».

Ce mercredi 9 novembre 2022, plusieurs directeurs de publications se sont regroupés à Yaoundé pour s’indigner du traitement « dégradant et humiliant » dont Parfait Siki, journaliste interpellé dans le cadre de ses fonctions d’ancien secrétaire général de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), est victime depuis le 26 octobre 2022. Il avait démissionné de ses fonctions de secrétaire général par intérim en début de 2022 après l’élection en décembre 2021 de Samuel Eto’o Fils comme nouveau président de la Fecafoot. Le directeur de publication du journal Info+ n’est pas libre de ses mouvements depuis le 26 octobre 2022, date de son interpellation. Les choses se sont accélérées le 2 novembre, quand le journaliste a été placé sous mandat de détention provisoire à la prison centrale de Kondengui, après avoir été inculpé par un juge d’instruction du tribunal de première instance de Yaoundé Centre administratif pour « rétention d’un document en vue de sa falsification ». Me Josué Sylvanus Mountapmbeme, avocat de Parfait Siki que nous avons rencontré ce 9 novembre au tribunal affirme que son client a été interpellé suite à une plainte déposée par Samuel Eto’o Fils, l’actuel président de la Fecafoot. L’avocat de Parfait Siki explique que son client serait poursuivi pour avoir détenu un procès-verbal de l’élection de 2021 à la présidence de la Fecafoot.

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Face à la tournure prise dans cette affaire où le journaliste est mis en cause, les directeurs de publications réunis dans la Fédération des éditeurs de presse (Fédipresse) ont rendu public un mémorandum. Dans ce mémorandum signé par Haman Mana, le président de la Fédipresse, les directeurs de publication exigent la libération immédiate de Parfait Siki : « Les patrons de presse, membre de la Fédipresse, réunis à Yaoundé, le 9 novembre 2022, demandent la libération immédiate de Parfait Siki Awono et condamnent l’instrumentalisation de la justice. La Fedipresse et les professionnels des médias au Cameroun appellent à la remise en liberté immédiate de Parfait Siki Awono, journaliste et directeur de publication de l’hebdomadaire Info +, placé sous mandat de dépôt dans la nuit du 2 novembre 2022 à la prison centrale de Kondengui, ceci après huit jours de garde à vue abusive dans les locaux de la direction de la police judiciaire », précise le mémorandum.

Instrumentalisation

Selon les patrons de presse, l’incarcération de Parfait Siki apparait comme une nouvelle illustration de l’instrumentalisation de la justice à des fins personnelles, une attitude qui porte un coup à l’image du Cameroun. La mise en détention provisoire du journaliste porte atteinte à la présomption d’innocence et viole les libertés fondamentales selon les éditeurs de presse qui estiment que leur confrère bénéficie de toutes les garanties pour pouvoir comparaître libre.

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Me Lontsi, avocat au barreau du Cameroun, s’interroge sur la nécessité de placer en détention provisoire un homme public qui n’est pas poursuivi pour délit ou crime. Il estime que la détention de Parfait Siki viole l’article 218 du code de procédure pénale qui dispose : « La détention est une mesure exceptionnelle qui ne peut être ordonnée qu’en cas de délit ou crime. Elle a pour but de préserver l’ordre public, la sécurité des personnes et des biens ou d’assurer la conservation des preuves ainsi que la représentation en justice de l’inculpé. Toutefois, un inculpé justifiant d’un domicile connu ne peut faire l’objet d’une détention provisoire qu’en cas de crime. »

Etant ce 9 novembre au tribunal de première instance Centre administratif, il ne nous a pas été possible de rencontrer le juge d’instruction ayant signé le mandat de dépôt de Parfait Siki. La raison avancée est qu’un juge ne pourra pas s’expliquer sur une affaire encore en instruction.
Me Josué Sylvanus Mountapmbeme affirme que la défense de Parfait Siki entend introduire dans les prochains jours une demande de mise en liberté provisoire. La détention provisoire de Parfait Siki met en lumière certaines incohérences de la justice. Dans le cadre de l’opération de lutte contre la corruption, plusieurs personnalités sont interpellées et placées en détention provisoire avant même l’ouverture de l’information judiciaire. C’est le cas en octobre dernier avec Dieudonné Oyono, l’ancien recteur de l’Université de Douala qui a été acquitté pour une affaire de détournement des deniers publics après avoir passé quatre ans en prison.

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