Cameroun – Panier de la ménagère : les prix grimpent toujours

marché Sandaga

Le consommateur camerounais est confronté depuis le début de l’année 2022 à une hausse des prix de certains produits de première nécessité.

Dans les ménages, les plaintes se multiplient. Savon, huile, œufs, arachide, poisson, riz, tapioca, sel coûtent plus cher et ne sont qu’un échantillon. Au sein des commerçants, les détaillants accusent les grossistes de surenchère, ceux-ci à leur tour parlent des tracasseries douanières, de l’absence d’une politique en la matière. Nous avons sillonné quelques marchés, supermarchés, boutiques pour toucher du doigt la réalité.

Les prix du Poisson grimpent au fil des jours

Depuis plusieurs semaines, les consommateurs sont confrontés à une augmentation au fil des jours. Au marché du Mfoundi, situé en plein cœur de Yaoundé, on aperçoit une grande foule ce samedi 19 février 2022. C’est l’un des marchés les plus fréquentés de la ville. Sa bonne réputation a toujours été très élevée pour ses faibles coûts mais, pas cette année. Frédérique Moussima, assureur, a quitté son domicile ce matin, pour faire ses achats. Elle se trouve dans l’embarras de choix au sein du marché. « Le poisson est devenu cher parce qu’il n’y en a plus », explique Gisèle, caissière d’une poissonnerie de la place. Frédérique Moussima ne pourra donc pas offrir le poisson comme menu du jour à sa petite famille comme souhaitée. « C’est trop cher ! 2350Fcfa pour deux maquereaux ? Laisse maman ! Je n’ai pas suffisamment d’argent. J’achèterai autre chose. Après tout, si je prends 1/2kg de bœuf, ça me fait l’affaire pour ma famille », confie-t-elle.

Tout comme le maquereau dont le kilogramme varie de 1300 à 1850Fcfa en fonction des grosseurs, le carton de bars Corvina s’élève désormais entre 29500 Fcfa et 30 000 Fcfa au lieu de 27 000Fcfa. En dehors de ceux-ci, nous avons le Thon qui revient à 1400 Fcfa le kilogramme, la sardine et la carpe qui subissent également une fluctuation de prix. Au quartier Nkolmesseng, ce ne sont que les maquereaux qu’on retrouve dans les congélateurs des ‘‘boutiquiers’’. Ce qui n’arrange pas déjà certaines ménagères. Pour Théo, boutiquier, cette hausse des prix est due au manque de production survenu à cause de la Covid. « C’est depuis le mois de décembre que les articles ont augmenté. Le gouvernement nous a avisés. Les clients nous traitent d’escroc comme si nous même on s’en sort. C’est parce qu’il n’y a pas assez de productions. Je ne vois pas clair non plus, et cette situation est loin d’en finir ». Selon l’économiste Celestin Tchakounte, une crise sociale est à redouter. « Si les gens n’arrivent pas à manger, le risque est majeur. Ce qui peut se passer est imprévisible, personne ne peut le prévoir ». Une situation qui pourrait à nouveau déboucher sur la protestation des populations tout comme en 2008.

Huile : Les prix fluctuants

Ils varient d’un lieu de vente à un autre. Tandis que certains commerçants continuent d’hausser les prix, d’autres les ont stabilisés. Clément a trouvé un lieu de ravitaillement pour l’huile raffinée. Le chef de famille se rend dans un supermarché au quartier Ngousso où la bouteille d’un litre d’huile Mayor est encore vendu à 1200 Fcfa. « J’achète deux bouteilles chaque semaine parce que c’est la quantité autorisée dans cet espace. Lorsque ma femme va au marché, la bouteille revient à 1350 Fcfa, au quartier elle vaut à 1450 Fcfa », raconte-t-il. La politique adoptée par ce supermarché permet à de nombreuses familles de se ravitailler à un coût bas en cette période pendant laquelle les prix des produits de première nécessité flambent. Au marché d’Elig Edzoa, une bouteille d’huile est vendue à 1300, 1350 et 1400 Fcfa. Le carton s’obtient entre 18500 et 19 000 Fcfa. Un commerçant explique cette fluctuation des prix : « Il y’a quelques temps, on achetait un carton d’huiles à 15 500 Fcfa. On pouvait revendre le litre à 1100 ou 1200 pour certains. Les grossistes ont haussé les prix et pour espérer avoir de quoi nourrir nos familles, nous sommes obligés de vendre à ces prix ». L’huile Diamaor est rare sur le marché. Les consommateurs doivent débourser 1500 Fcfa pour un litre. Les commerçants préfèrent ne pas en vendre. Diane, rencontrée dans ce marché suscité est contrainte de cuisiner avec de l’huile de palme. Les prix sont en légère baisse. « Il y’a deux semaines, le litre d’huile de palme valait 900 voire 1000 Fcfa. Je l’ai obtenu à 800 Fcfa. Je n’ai assez d’argent pour l’huile raffiné », confie la jeune femme.

Un morceau de Savon à 350 Fcfa

Les consommateurs doivent débourser 50 Fcfa de plus qu’il y’a quelques semaines. « Pendant les Camerounais étaient focalisés sur la Can, les prix de plusieurs produits ont connu une hausse. Avec 1000 Fcfa, j’avais 4 morceaux de savon. A ce jour, il n’est plus possible d’en trouver à moins de 300 Fcfa », déplore Symphorien. Le savon Azur très prisé par les ménages coûte est passé de 300 à 350Fcfa, soit 50 Fcfa de plus. En plus, un commerçant renseigne qu’on en trouve pas en quantité suffisant sur le marché. Le carton vaut à ce jour 18 500 contre 16500 Fcfa. Les prix de la marque Sanet oscille entre 16300 et 16500 Fcfa. Cette situation suscite le courroux des consommateurs. « On a de la peine à se nourrir avec les prix des produits alimentaires qui ne cessent d’augmenter. Même, le savon coûte cher. Un boutiquier m’a fait comprendre que c’est seulement 50 de plus. Il ne sait pas que cela à une incidence sur notre budget », décrie Anastasie, ménagère. Rudy, tenant d’une boutique s’offusque contre les autorités. « Les grossistes haussent les prix à chaque achat et vous parlent des contraintes douanières. Je me suis plaint auprès d’une équipe de contrôleurs des prix. Ils m’ont demandé de conserver mes reçus comme preuves. Ils sont repassés quelques jours plus tard, lorsque je leur ai présenté les reçus, ils m’ont fait comprendre qu’ils n’en avaient rien à faire. Que je savais ce que j’ai à faire. Je reconnais que certains de mes collègues sont véreux mais le problème est plus profond », confie-t-il. Et d’ajouter : « dans cet état des choses, chacun fait ce qu’il veut. C’est le consommateur qui subit ».

125 Fcfa pour une tasse d’Arachides

Les ménagères ne parviennent plus à s’offrir cette légumineuse. Les menus à base d’arachides se font rares dans les ménages. Encore connue sous le nom de cacahuète, les prix de cette légumineuse sont en hausse dans les lieux de vente. « J’ai acheté le demi seau (2,5 l) qui coûtait 1200 Fcfa il y a quelques semaines à 1700. La tasse revient à 125, d’autres la vendent même à 150 Fcfa », se désole Dorinette. La jeune femme a réduit les mets à base d’arachides. « Mon mari aime les légumes faits d’arachides comme l’ « Okok », le « Zom ». Je les cuisinais 3 à 4 fois dans la semaine, c’est impossible désormais avec ma ration alimentaire hebdomadaire », raconte-t-elle. Une commerçante interrogée au marché Etoudi à Yaoundé tente d’expliquer : « J’achète ma marchandise au Nord. Un sac de 50 kg soit 20 seaux de 5 litres me revient à 65 000 Fcfa. A ce prix à combien voulez-vous que je revende la tasse pour espérer rentrer dans mes frais et avoir un bénéfice ? Tous les commerçants ne peuvent pas acheter directement au Nord. Le sac leur revient plus cher ». Au marché d’Elig Edzoa, les variétés : « macmac » (avec rayure), « caramel » sont commercialisées à 3300 Fcfa le seau de 5 l, 1600-1700 pour 2,5 l. La variété dite « arachide du village » est vendue à 200 la tasse. Les détaillants dans les quartiers offrent la tasse à 150 Fcfa.

L’œuf à 100 Fcfa

Se procurer cet aliment issu d’élevages divers n’est plus chose facile ces derniers jours dans la ville de Yaoundé. En l’espace de quelques semaines, le prix de l’œuf frais de poule a connu une hausse significative, passant ainsi de 75 à 100 Fcfa. Quant à l’alvéole, l’augmentation se fait également ressentir. Aujourd’hui, il se vend à 2200 voire 2300Fcfa au lieu de 1800Fcfa. A Ngousso, les prix affichés dans les boutiques sont de 100F l’œuf et 2300Fcfa l’alvéole. Dans les dépôts, tout dépend de la grosseur de l’œuf. Actuellement, les prix y varient entre 1700Fcfa et 2200Fcfa. « Nous sommes obligés d’augmenter les prix. On n’a pas le choix. On veut aussi le bénéfice», confie Charlotte, tenancière d’un dépôt d’œufs. Du coup, les regards se tournent vers les éleveurs qui se plaignent à leur tour de la hausse du prix de la provende. « La faute à qui ? Pour élever les animaux c’est facile ? Leur nourriture est aussi coûteuse. Personne ne veut perdre », déclare Obana, éleveur. Pour dire, les clients doivent désormais casser la tirelire pour avoir le précieux sésame. La grippe aviaire découverte dans la région de l’Ouest n’aide pas les consommateurs.

Tapioca : Le « sauveur » hors de prix

Considéré comme dernier recours, cet aliment produit à base de manioc très prisé par les étudiants est en hausse. Depuis près de trois mois, c’est le calvaire total dans les ménages camerounais. Du simple au double, le prix des denrées de grande consommation comme le Tapioca ne cesse d’augmenter sur les différents marchés. Considéré comme le ‘‘ sauveur’’, le gari est connu comme l’un des aliments très consommé par les étudiants et ouvriers de chantiers et même d’apprentissage. « Je vais faire comment ? C’est mon niveau. Il n’y a que ça et le riz, haricot… qui puissent remplir mon ventre comme il se doit. Je dépense assez d’énergie », indique Emma, maçon. Le Tapioca n’est plus liquidé comme auparavant, que ce soit le blanc ou le jaune. Au marché Mokolo, les consommateurs et riverains ne cessent de pointer un doigt accusateur sur les commerçants. « Cette flambée de prix commence à me taper sur les nerfs. Faire le marché est devenue une punition. J’ai même eu des problèmes avec mon époux pour cela. La vie devient de plus en plus chère », nous confie Sariette Manga, ménagère. A Mokolo, comme à Essos, le petit seau d’environ 2 litres de tapioca qui coûtait 500 Fcfa, revient à 700Fcf, celui de 5l est passé de 1000 à 1200Fcfa et le plus grand, celui qui correspond pratiquement à 10L, 2000Fcfa. Le cout du petit verre oscille entre 75 et 100 Fcfa. Chez certaines commerçantes, comme celles du Mfoundi, le tapioca reste inchangé, le petit sceau qui revient à 700Fcfa partout ailleurs ne coûte que 500Fcfa chez elles. « Nous sommes aussi des mères de famille. On se met à la place de nos clients. Ce n’est parce qu’on cherche le bénéfice qu’on va couper la tête des gens », explique Chanceline, vendeuse de vivres frais.

La quantité de Sel a été réduite

Avec le sac qui coûte désormais 3000 Fcfa, les commerçants choisissent de diminuer les mesures de ce produit d’assaisonnement. Le lundi 21 février 2022, au marché de Mvog-Mbi à Yaoundé, les vieilles habitudes entre commerçants et ménagères se répètent. A 11 heures passé de quelques minutes, malgré le soleil et les vents frais, les ménagères se pressent autour des étals, boutiques et grandes surfaces de vente des denrées alimentaires. Ici, chaque espace marchand correspond à un certain type de produit. Se ravitailler très tôt et éviter les embouteillages est l’avis de toutes. Lucie Bilo’o malgré le mécontentement a presqu’achevé ses achats. « Lorsque mes voisines me le disaient, je pensais que c’était la blague. Je n’ai même pas pu acheter tout ce qui était prévu, j’ai juste pris l’essentiel parce que d’habitude c’est ma fille qui le fait », explique la coiffeuse. Elle précise : « Des simples trucs comme le sel… sont devenus chers. Impossible de finir maintenant la semaine avec le sel de 50 Fcfa, c’est tellement petit. Pourtant avant, la quantité était acceptable ». Il n’y a pas que du sel détaillé qui ait réduit sur le marché, même le sac qui coûtait 2500Fcfa dans les boutiques, revient à 3000Fcfa aujourd’hui.

Malgré les multiples plaintes des consommateurs, les commerçants de ce marché n’ont pas l’air soucieux. « Pardon quittez devant mon comptoir, j’ai d’autres clients. Pour le sel, tu te plains, le poisson fumé, tu te plains. Vas ailleurs, tu verras que je suis mieux », déclare une commerçante. Insatisfaite pour ces petites courses, la jeune dame décide de rentrer chez elle.

Cécile Ambatinda et Roseline Ewombé Eboa / 237online.com

One thought on “Cameroun – Panier de la ménagère : les prix grimpent toujours

  1. peut-on avoir un tableau d’évolution des prix de certaines marchandises en fonction de la période de l’année ?

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