Cameroun – Opération Epervier: Comment ils se battent pour sortir de prison

Comités de libération, sites Internet, pages Facebook, autant d’éléments mobilisés par les prisonniers de l’Epervier pour recouvrer la liberté.[pagebreak]Le 3 mai dernier à Paris, des Camerounais, dont la majorité se réclamant «activistes des droits de l’homme» se regroupent et lancent un comité de libération des prisonniers politiques du Cameroun encore appelé Cl2p. Il est parrainé par l’avocate bien connu, Alice Nkom et présidée par René Dassié. Afin de donner plus de visibilité à leurs actions, ils ont mis sur pieds un site interne. Ils réclament la libération de Marafa Hamidou Yaya, Paul-Eric Kingué, la franco-camerounaise, Lydienne Eyoum et autres. La particularité de ce comité c’est qu’il met en scène une danse, très discrète, mais également très redouté : Jeannette Marafa. Epouse de l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, rares sont les fois où elle s’est ingéré dans la vie politique au Cameroun. Et encore moins depuis l’arrestation de son mari. En retrait depuis plusieurs années, elle a décidé d’entrer dans la bataille. Si certains font office de leader, elle, c’est un pion essentiel dans la stratégie. Car, la libération de Marafa Hamidou Yaya fait l’objet de toute une campagne à l’échelle internationale.

A titre d’exemple, plusieurs mois avant la création du Cl2p est né le Comité des amis de Marafa (Cam). Il est dirigé par un journaliste d’investigation, Gall Jefferson. Sur le site Internet dédié à la cause de l’ancien secrétaire général de la présidence de la République condamné à 25 ans d’emprisonnement pour détournement de fonds publics, le ton est donné: «Free Marafa». Il y a également le «Marafa Watch», créé depuis un an été qui soutient que Marafa Hamidou Yaya est un prisonnier politique.

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Les deux organisations demandent au Président de la République de surseoir à l’Opération Epervier et de créer une commission impartiale pour un examen approfondi de toutes les condamnations dans le cadre de la lutte contre la corruption et les détournements de fonds publics. Ils encouragent également le Président Paul Biya à faire appliquer l’article 66 de la Constitution, qui donne obligation à certains hauts commis de l’Etat de déclarer leurs biens avant et après leur entrée en fonction. Ces comités «comptent organiser des manifestations dans les grandes capitales européennes, poursuivre l’Etat du Cameroun dans les instances internationales, mobiliser les hommes politiques afin d’accroitre la pression sur le régime de Yaoundé» souligne une source. Un activiste du Cl2p souligne: «Un Etat ne peut pas impunément bafouer les lois internationales».

Marafa Hamidou Yaya n’est pas seul à se battre pour sortir. Urbain Olanguena Awono, ancien ministre de la Santé, malgré la discrétion observable chez cet ancien diplômé de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) a tout un site internet dédié à sa cause intitulé: «Justice Cameroun-Page web pour les innocents du Cameroun», mais qui paradoxalement ne fait référence qu’à sa situation. Le ton est donné dès la page d’accueil. Il est mentionné «Mascarade judiciaire à Yaoundé: «Coupable de détournement par assimilation»! Etrange motivation, sans fondement légal, s’appuyant sur les arguments faux, des contradictions et incohérences». On y retrouve déclarations d’Olanguena, de ses avocats, documents et autres. Joël Didier Engo, membre du Cl2p, s’exprimant à ce sujet déclare: «Au Cameroun, la lutte contre le sida se heurte aux difficultés de financement. Telle est madame, la version officielle de la dictature en place depuis 31 années au Cameroun».

Yves Michel Fotso, incarcéré au Secrétariat d’Etat à la défense (Sed) dans le cadre de la même affaire que Marafa Hamidou Yaya n’est pas en reste. Bien qu’ayant pleinement conscience que son destin est en partie lié à celui de l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République, il a son propre comité de soutien, crée depuis plus d’un an, dont est membre, Alice Nkom, qui parraine aujourd’hui le Cl2p. Elle dit ne pas comprendre pourquoi le milliardaire de Bandjoun a été incarcéré par l’Etat du Cameroun à la prison centrale de Yaoundé, puis au Sed, «alors qu’il présente toutes les garanties de représentation de justice». Yves-Michel Fotso a d’ailleurs une page facebook intitulé: «Libérez Yves-Michel Fotso». Elle compte 917 amis.

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