Cameroun: «On ne défend pas une frontière avec les VX et les caterpillars » :: Cameroon

Après le port de ses attributs en octobre dernier, le journaliste-député Rdpc du Mbam et INOUBOU a décidé de rompre le silence face aux grandes questions sécuritaires du pays. Il tance tous les responsables en, charge du renseignement et de la sécurité. L’honorable Peter William Mandio n’a pas sa langue dans la poche. Lisez.

On a beaucoup parlé d’insécurité dans notre pays et autour de nos frontières ces derniers jours. Qu’est-ce qui peut expliquer cette situation ?
Dans leur traditionnel et honteux baratin au peuple, j’ai entendu des responsables en charge des questions sécuritaires déclarer que nos frontières étaient hautement sécurisées. Mais les récents assauts répétés des éléments de Boko Haram au Nord du Cameroun et de la Seleka à l’Est confondent ces responsables. Logiquement, ils devraient tirer toutes les conséquences de leur incompétence dans la mesure où le chef de l’Etat leur octroie de colossaux moyens pour le renseignement et la sécurité du territoire.

Il y a aussi eu cette grosse défaillance sécuritaire à Paris lors de la dernière visite du Président Biya…
Personnellement, cette affaire m’a scandalisé. Elle nous a fait regretter le feu Fochivé Jean. Voilà des responsables de sécurité qui reçoivent chaque année des budgets ronflants, mais affichent curieusement un déficit criard en matière de renseignement. Ca fait une dizaine d’années que les mêmes acteurs installés en Europe, perturbent régulièrement les séjours du chef de l’Etat à l’étranger et nos braves securocrates n’ont pas leur identité réelle. C’est complètement ridicule. Pendant dix ans, aucun travail d’infiltration – retournement puis ralliement des contestataires n’a été effectué. Aujourd’hui le président Paul Biya est en danger permanent. Mais à qui tout ça peut profiter ? Ailleurs, les responsables en charge de la sécurité sans exclusive auraient tous démissionné après cet incident. Honnêtement, j’ai le sentiment que quelque chose de pas correct se trame contre la République et son chef. J’ai suggéré quelques propositions stratégiques au sommet qui, je l’espère, retiendront l’attention de nos dirigeants.

Lesquelles ? Un peu prétentieux non ?
Vous savez la stratégie sécuritaire impose silence et discrétion. Je vous fais une confidence : 72 heures avant la chute de Michel Djotodia, président de la transition en Centrafrique, j’ai été informé du plan secret de destitution du chef de la Seleka arrêté par Paris et Ndjamena. Je m’en suis ouvert à un haut responsable de la sécurité du pays qui, non seulement n’était pas au courant de ce projet, mais m’a traité «d’alarmiste». Je crois qu’il a du se mordre les doigts par la suite.

Surprenant…
Ca ne devrait pas surprendre. Nous avons plus de patrons affairistes qu’autre chose. Je suis parfois étonné de constater qu’une brigade de gendarmerie compte à peine deux éléments pendant qu’un responsable de sécurité se fait escorter par cinq voitures et vingt éléments pour aller au boulot. C’est démentiel et révoltant. Que deviendront toutes ces personnes lorsqu’elles auront perdu le décret présidentiel ? Quid de leur train de vie princier et tapageur. Je sais que beaucoup rêvent secrètement de remplacer le président Paul Biya. Mais ils seront surpris. Il faut désormais intégrer dans l’esprit de la troupe qu’un militaire, un gendarme ou un policier est là pour servir le peuple et défendre la République. Et leurs responsables doivent en premier briller par leurs qualités morales et professionnelles.

C’est un violent réquisitoire. L’armée camerounaise s’est pourtant dotée de gros engins et véhicules ces derniers temps. Elle se modernise, avouons-le ?
(Rires…) Face à un grand malade, lorsqu’on a posé un diagnostic, il faut trouver la thérapie urgente appropriée. Acheter les engins et ameuter les télévisions participe du bluff et de la feymania publique. Distribuer à tour de bras des véhicules 4 X 4 aux officiers supérieurs est-il innocent? Est-ce une priorité ? Que gagne-t-on personnellement auprès du concessionnaire en achetant 30, 40 ou 50 VX ? Qu’est-ce qui va garantir le bon entretien de ces engins confiés au génie militaire ? Ne pouvait-on pas les destiner au Matgénie et aller les chercher uniquement pour effectuer des travaux d’intérêt public? Je me pose juste des questions sur ces opérations à forte dose théâtrale. Quand on est attaqué aux frontières on ne se défend pas avec les VX et les caterpillars.

Au cours d’un débat à Douala cette semaine vous avez dénoncé la publicité faite par une entreprise de fabrication de cigarettes. De quoi s’agit-il ?
Cette entreprise a lancé depuis le mois de novembre dernier, une campagne promotionnelle autour de ses produits de marque. Je m’en suis indigné parce que cet affichage publicitaire est en violation flagrante de la loi n° 2007/018 du 29 décembre 2007 régissant la publicité au Cameroun, notamment en son article 39 alinéa1. Nous devons tous nous préoccuper de la santé du fumeur et de celle de son entourage.

Pourquoi cet intérêt pour le tabagisme ?
D’abord je suis député. Et à l’Assemblée nationale, je m’occupe des questions sociales, culturelles et familiales. Ensuite, cette société de fabrication de cigarettes viole la loi. Savez-vous que le Cameroun enregistre environ 66.000 décès chaque année du fait du tabagisme contre 6.000.000 sur le plan mondial ? 15% de jeunes de moins de 15 ans sont fumeurs avec une prévalence plus élevée en milieu scolaire. 44% d’élèves ont expérimenté le tabac, dont 5% à l’âge de 7 ans. Chez les femmes, le tabagisme qui est une drogue, est une des principales causes de mort subite du nourrisson et d’insuffisance pondérale à la naissance. Vous convenez avec moi que ces chiffres sont alarmants. A la suite des dénonciations de la ligue camerounaise des consommateurs, le gouvernement devrait réagir.

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