Cameroun – Olivier Mangan: Que les ministres indisciplinés démissionnent

Le président-directeur général du cabinet de lobbying African Strategic Corporation (Asc) s’exprime sur des sujets chauds de l’actualité.Le Cameroun vient de fêter les 43 ans de l’Etat unitaire, dans un contexte de guerre contre Boko Haram. Que vous inspire ce climat ?
Je suis animé par un sentiment de fierté et de satisfaction, car le peuple camerounais a, encore une fois, fait la preuve de sa grandeur et de sa maturité. Nous avons été impressionnés par nos forces de défense, qui ont démontré leur foi et leur engagement à défendre l’intégrité de notre territoire. En outre, la qualité des équipements déployés par ces forces démontre la détermination du chef de l’Etat, chef suprême des armées, à éradiquer Boko Haram de manière définitive.

L’hebdomadaire Jeune Afrique semble, depuis un moment, afficher beaucoup d’intérêt pour le Cameroun, et en particulier pour le président Biya…
Ce journal semble bien éloigné des réalités camerounaises. Il est, à mon sens, en mission commandée depuis un certain temps. La preuve, s’il fallait parler des «hommes du président», ceux qui l’aident à diriger, on note l’absence dans la liste de Jeune Afrique du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, de celui de la Défense ainsi que du secrétaire général du comité central du Rdpc, parti au pouvoir. Cela suscite bien des interrogations sur qui est à la manœuvre…

Quel commentaire vous inspire la cacophonie observée en ce moment au sein du gouvernement ?
Cette ambiance délétère n’est pas propice à un travail d’équipe. Ces ministres qui défient le chef du gouvernement, à visage découvert, n’ont-ils pas des desseins cachés, inavoués ? Connaissant bien le mode de fonctionnement du chef de l’Etat, ne visent-ils pas, à travers leur attitude, leur maintien au gouvernement ? Je pense qu’il est important de respecter la République, qui a ses règles de fonctionnement et dont la moindre n’est pas la discipline gouvernementale. Que ces ministres tirent eux-mêmes les conséquences de leurs actes et aient le courage de poser leur démission.

Le Cameroun peut-il être épargné des troubles politiques liés à la succession à la tête de l’Etat, qui secouent actuellement certains pays africains ?
Le Cameroun a un calendrier politique bien connu, et qui a toujours permis le choix de ses dirigeants de manière démocratique, sans que cela suscite de controverse. Il n’y a donc pas d’inquiétude à se faire. Nous ne perdons rien à attendre 2018.

Certains soupçonnent, derrière votre activisme et votre métier de lobbyiste, des calculs personnels…
Mon soutien au président Biya est constant, et je le fais sans aucune exigence ni contrepartie. Je crois en l’homme Biya. Je ne suis pas à l’image de certains – ils se reconnaîtront –, qui le jour braillent contre le système et la nuit vont émarger dans des caisses noires.
Mon soutien à l’homme Biya ne sera jamais marchandé. Notez tout de même que les fonctions importantes, dans ce pays, sont pour la plupart nominatives et non électives. Cela va de soi que si le chef de l’Etat faisait appel à moi, je me rendrai disponible. C’est un devoir citoyen. Mais, une fois de plus, je vous dit que je n’en fais une obsession d’autant plus que mes obligations professionnelles m’absorbent énormément, surtout en ce moment.

Lobbyiste, cela laisse croire que vous travaillez avec des hommes de pouvoir. On vous prête des relations parfois controversées avec certains dignitaires camerounais…
Votre remarque est pertinente, mais ne ramenons pas le débat au niveau des hommes qui sont certes des «hommes du pouvoir», mais restent et demeurent des humains comme vous et moi, et donc faillibles. Je relève aussi qu’on ne naît pas homme de pouvoir. Ils occupent des fonctions certes importantes, mais ce sont des fonctions nominatives et, par conséquent, essentiellement révocables. Certains d’entre eux ont tendance à vouloir gommer l’histoire et c’est bien malheureux. D’autres, par contre, entretiennent avec moi des relations plus que cordiales. Et Dieu seul sait qu’ils sont les plus nombreux.

On ne vous a pas entendu sur le scandale du concours d’entrée à l’Institut des relations internationales du Cameroun…
Le débat, pour moi, ne se situe pas au niveau des enfants de hautes personnalités qui sont admis dans les grandes écoles. Le concours étant ouvert à toutes les couches sociales, tous les enfants peuvent concourir. Je mets plutôt l’accent sur les dirigeants de ces grandes écoles qui, pour la plupart, sont issus de familles très modestes et qui, par ailleurs, sont les produits de ces mêmes écoles.
Je suis d’autant plus surpris que ce sont les mêmes dirigeants qui, aujourd’hui, ne facilitent pas la tâche aux enfants issus de familles pauvres. Cela est bien regrettable, car ils devraient faire leur introspection et réaliser que c’est par leur mérite, et par rien d’autre, qu’ils ont accédé à ces grandes écoles. Pourquoi ne pas donner les mêmes chances aux enfants ayant la même origine sociale qu’eux ?

Que cherchez-vous constamment entre deux avions ?
Mon rôle consiste à travailler avec les Etats et les hommes de pouvoir. La preuve : je viens de rentrer de Bangui, en République centrafricaine, où j’ai pris part au Forum de réconciliation. Dans un avenir proche, je serai en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso pour des questions liées aux élections dans ces pays. Vous voyez bien que le métier nourrit son homme !

Propos recueillis par Félix C. Ebolé Bola

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