Cameroun/Nigeria – Boko Haram: Ces autres vérités du Sommet de Paris

International

Pour des Chefs d’État qui ne se parlent pas beaucoup, le sommet de Paris sur la sécurité au Nigéria est une avancée considérable dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram. A Paris, ils se sont parlé franchement, les yeux dans les yeux, pour coordonner leurs stratégies et leurs moyens afin de combattre efficacement les djihadistes.[pagebreak]Cela est peut-être passé inaperçu. Quand, à la fin de la conférence de presse que donnent les 5 chefs d’Etat africains qui viennent de participer, samedi dernier à Paris, au sommet sur la sécurité au Nigéria convoqué à l’Elysée par François Hollande, un journaliste s’adresse particulièrement aux présidents camerounais et nigérians, Paul Biya et Goodluck Jonathan, pour savoir pourquoi les 2 ont tardé à harmoniser leurs actions pour combattre Boko Haram, cela jette pratiquement le froid dans la salle. Au point de pousser le président français, François Hollande, à prendre la parole de manière intempestive et à trouver des esquisses de réponse à la question du journaliste, avant de mettre un terme à la conférence de presse. En vérité, le journaliste venait ainsi de mettre le doigt dans la plaie. Il venait ainsi de toucher le fond du problème actuel pour combattre efficacement Boko Haram. Disons les choses sans détour. Tant que le Cameroun a continué à servir de base de repli aux djihadistes nigérians et a refusé le droit de poursuite sur son territoire à l’armée nigériane, la douce euphorie qui a de tout temps entouré chaque libération d’otages, depuis celle de la famille de Moulin Fournier en avril 2013 et de celle du père George Vanderbeusch de décembre 2013, n’a jamais suffi à convaincre les autorités nigérianes de l’engagement de Yaoundé à combattre réellement la secte Boko Haram.

Pour Abuja, tant que le Cameroun demeurait hostile au droit de poursuite que les autorités nigérianes lui réclamaient fortement, tous ces différents versements de rançon au groupe terroriste étaient vus par ces autorités comme une manière voilée du Cameroun de financer la secte, puisque ces fonds lui permettaient de se faire une judicieuse santé financière, tout en lui profitant pour reconstituer sa grande capacité de nuisance. Car c’est grâce à ces fonds que la secte a procédé ces derniers temps à de massifs recrutements de jeunes Kanuri qui, par la suite, étaient envoyés en formation militaire au Nord du Mali. Lors des débats au sommet de Paris, les experts qui accompagnaient Goodluck Jonathan l’ont clairement indiqué, pour démontrer comment le Cameroun a jusque-là fait le jeu de Boko Haram.

Renseignements
Selon nos sources, les Nigérians, de leur propre aveu, avaient au départ pensé que la mort de Mohammed Yusuf, le fondateur charismatique de la secte Boko Haram, en 2009, allait porter le coup de grâce à la secte. Et que cette guerre contre ce groupe terroriste qui avait commencé à retentir négativement sur les vies des populations des Etats du Nord et du Nord-Est du Nigéria (Borno, Yobe et Adawa), et sur son économie, s’acheminerait inéluctablement vers sa fin. Les experts nigérians à Paris vont donc expliquer pourquoi il n’en a rien été. Au contraire, comme un cancer dont la tumeur centrale a été irradiée, brûlée et détruite ou presque détruite, les métastases continuent à se développer de façon anarchique. C’est ainsi que, pour la petite histoire, ils vont rappeler que l’accession d’Abubakar Shekau à la tête de Boko Haram va apporter un changement de paradigme et de stratégies qui va faciliter la préjudiciable montée en puissance de la secte que nous observons aujourd’hui. Pour eux, les autorités nigérianes (présidents Umaru Yar Adua, de 2007 à 2010, et Goodluck Jonathan) comme le Cameroun aujourd’hui, n’avaient jamais su trancher, au départ, entre née-dation et répression tous azimuts. Ce qui rejoint le point de vue de ceux qui, de tout temps, ont toujours reproché à Abuja de n’avoir pas au départ su trouver une réponse adaptée au défi sécuritaire posé par Boko Haram. Pour eux, pendant qu’on attendait des mesures anti-terroristes fondées star la collecte humaine et la technique de renseignements, le gouvernement fédéral nigérian a plutôt choisi de décréter l’état d’urgence dans les 3 Etats qui apparaissent comme le terreau de la secte islamiste.

Plus grave, ce gouvernement fédéral va dépêcher la cavalerie et l’aviation pour combattre un adversaire insaisissable et mal défini comme Al-Qaïda de Ben Laden et de Zawahiri. Pire encore, pour pallier la faiblesse du maillage administratif de ces Etats du Nord et du Nord-Est qui profite à Boko Haram et pour tenter dans la même foulée de résoudre sa faible capacité de renseignements, le même gouvernement fédéral va créer au débotté de nouvelles unités conjointes de la police et de l’armée. A l’instar de ce qui vient de se faire au Cameroun, avec la création de nouveaux Bataillons d’intervention motorisée (Bim). Résultat: les islamistes, seuls maîtres du terrain et du renseignement, font des attaques ciblées et récupèrent facilement armes, munitions et même engins de combat aux mains des forces militaires nigérianes peu motivées, désorganisées, en sous effectifs et mal renseignées. Un peu à l’image de ce qui s’est passé le weekend dernier à Waza où les djihadistes ont attaqué le camp des Chinois chargés de la construction de la route Dibanga-Mora.

Selon certains observateurs avertis, tout serait fait pour ne pas faciliter la tâche au haut commandement. L’on parle par exemple de l’attitude du général Rolland Mambou Deffo vis-à-vis de son collaborateur, le général Elokobi Njock, l’actuel directeur de la coordination de la gendarmerie nationale. Selon des sources crédibles, ce ne serait pas la parfaite collaboration entre ces 2 hauts gradés au moment où tout le monde doit regarder dans la même direction. L’on indique à propos que frustré aujourd’hui que le général Elokobi soit aux commandes à la direction centrale, son camarade d’arme Rolland Mambou Deffo ne louperait aucune occasion pour ridiculiser son successeur en l’appelant «colonel Dcc». Nos sources indiquent qu’au cours d’une réunion de sécurité, les 2 généraux ont failli en venir aux mains, n’eût-été l’interposition énergique du général An-gouand. Des exemples de cette nature pullulent aujourd’hui dans les milieux du haut commandement. Toute cette cacophonie a pour première conséquence de saper tous les efforts fournis par le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o, qui ne peut pas avoir le don d’ubiquité pour être partout à la fois, quand il a des proches collaborateurs de l’envergure du général Rolland Mambou Deffo…

Posture de guerre
Pour revenir au sommet de Paris, l’objectif des experts nigérians était de réussir à convaincre leurs interlocuteurs camerounais, français, nigériens, tchadiens et béninois qu’on ne peut pas négocier et surtout verser des rançons aux terroristes qui ont décidé de ne plus s’en prendre aux seuls symboles de l’Etat comme à l’époque de Mohammed Yusuf (postes de police, casernes militaires, tribunaux, etc.). Mais aux écoles, aux hommes d’affaires (pour avoir les financements), aux intellectuels, aux étudiants, aux écoliers, aux enfants et aux femmes. Pour cela, plus de 1 500 écoles au moins ont dû fermer leurs portes dans le Nord du Nigéria. Aujourd’hui, ils ont élargi leur périmètre d’action au Sud et au Cameroun. La cote d’alerte est atteinte. Avec l’enlèvement de plus de 200 lycéennes au Nigéria et d’une dizaine de Chinois au Cameroun. Ils ont décidé d’humilier le Cameroun. N’est-ce pas là le début de cet enfer que les bandes barbares de Boko Haram, rendues folles par la surenchère des rançons, ont promis à notre pays? Dieu merci, le président Paul Biya l’a déjà vite compris en disant niet au chantage et au versement de toute rançon. Pire, au sortir du sommet de Paris sur la sécurité au Nigéria, il a déclaré la guerre à la secte Boko Haram.

Une posture de guerre qu’on ne lui connait pas depuis son accession à la magistrature suprême. On se souvient que, tant sur le plan intérieur, dans les différentes crises politiques que le Cameroun a connues que sur le plan international, avec les différends frontaliers avec les pays voisins (conflit de Bakassi, dissensions avec la Guinée équatoriale ou le Gabon), le président Paul Biya a toujours affiché un pacifisme qui a toujours conduit vers la négociation et la paix. Si aujourd’hui en mondovision, il adopte la posture d’un chef de guerre, cela voudra tout simplement dire que l’heure est grave et qu’il a déjà pris la mesure de la menace de Boko Haram. A savoir que cette menace n’est pas seulement une affaire intérieure d’un pays voisin, le Nigéria, mais que ce sont les piliers même de la civilisation moderne qui sont en danger avec la perspective moyenâgeuse de la création d’un khalifat islamiste qui partirait du Nord du Mali et engloberait une partie du Niger, du Nigéria, du Cameroun et du Tchad. A l’instar de ce qui se passe en Afghanistan et dans d’autres pays du Moyen-Orient.

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