Le 19 novembre 2025, une bombe administrative vient d’exploser au Ministère des Enseignements Secondaires. Un communiqué officiel liste 930 personnels dont les positions administratives sont inconnues, malgré qu’ils perçoivent des salaires. Le MINESEC leur donne 14 jours pour justifier leur situation, sous peine d’être radiés du fichier solde. Entre fonctionnaires fantômes et anomalies de gestion, l’Éducation camerounaise fait face à un sérieux ménage.
Neuf cent trente noms. C’est le nombre ahurissant de personnels enseignants identifiés par le Ministère des Finances (MINFI) comme n’appartenant à aucune structure du MINESEC à l’issue de la validation des prévisions salariales. Le communiqué N°46-25/MINESEC/SG/DRH signé par Nalova Lyonga, Ministre des Enseignements Secondaires, ne laisse aucune place à l’ambiguïté. « On parle de millions de FCFA versés chaque mois à des gens dont personne ne sait où ils travaillent réellement », s’indigne un syndicaliste enseignant à Yaoundé. Comment est-il possible qu’autant de personnes perçoivent des salaires sans affectation claire ? Le système éducatif camerounais souffre-t-il d’une gestion opaque de ses ressources humaines ?
Quatorze jours pour justifier leur existence administrative
Le ton du communiqué est ferme. Les 930 personnels concernés sont invités à se présenter à la porte 507 bis du Département ministériel dans un délai de quatorze jours dès la publication du présent communiqué, munis des pièces justificatives de leurs positions administratives actuelles.
L’avertissement est sans appel : « Faute de quoi les intéressés seront retirés du fichier solde du MINESEC ». Autrement dit, ceux qui ne se manifesteront pas dans les délais impartis perdront leur salaire. Une mesure drastique qui témoigne de la volonté du ministère de faire le ménage dans ses effectifs.
La liste publiée comprend des professeurs de lycées et collèges d’enseignement secondaire général, des professeurs d’enseignement technique et professionnel, des instituteurs, des contractuels de différentes catégories, et même des conseillers d’orientation. Les matricules et grades sont précisément mentionnés, ne laissant aucune possibilité d’erreur d’identification.
Un problème récurrent dans la fonction publique camerounaise
Ce n’est pas du jeu ! La question des fonctionnaires fantômes gangrène l’administration camerounaise depuis des décennies. Le secteur de l’éducation, avec ses milliers d’enseignants répartis sur l’ensemble du territoire national, est particulièrement vulnérable aux anomalies de gestion.
Plusieurs scénarios peuvent expliquer cette situation. Certains enseignants ont pu être mutés sans que leur affectation soit correctement enregistrée dans les systèmes informatiques. D’autres ont peut-être pris leur retraite ou sont décédés sans que leur radiation administrative soit effectuée. Des cas de fraude ne peuvent également être exclus, avec des individus percevant indûment des salaires sans exercer réellement.
La validation des prévisions salariales par le MINFI constitue justement un mécanisme de contrôle visant à assainir les fichiers de la fonction publique. Cette opération de vérification croisée entre ministères permet de détecter les incohérences et les anomalies dans le paiement des salaires.
Des enjeux financiers considérables
Avec un salaire moyen d’enseignant oscillant entre 150 000 et 400 000 FCFA selon le grade et l’ancienneté, les 930 cas identifiés représentent potentiellement plusieurs centaines de millions de FCFA versés mensuellement sans justification claire. Sur une année, ce sont des milliards qui pourraient être économisés et réaffectés à d’autres priorités du système éducatif.
Le Cameroun fait face à des défis majeurs dans son secteur éducatif : manque d’infrastructures dans certaines régions, insuffisance de matériel didactique, classes surchargées dans les zones urbaines. Chaque franc CFA détourné ou mal utilisé représente une ressource qui manque pour améliorer la qualité de l’enseignement.
La Direction des Ressources Humaines du MINESEC se trouve désormais sous pression pour gérer cette opération délicate. Les enseignants légitimement affectés mais dont les dossiers administratifs présentent des lacunes devront rapidement régulariser leur situation. Les autres devront rendre des comptes.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation et d’assainissement de la gestion publique camerounaise. D’autres ministères pourraient emboîter le pas au MINESEC dans les prochains mois pour procéder à des opérations similaires de vérification de leurs effectifs.
Les quatorze jours de délai accordés risquent d’être mouvementés au département ministériel. La porte 507 bis devrait connaître un afflux considérable d’enseignants venus présenter leurs pièces justificatives. Pour les autres, l’avenir professionnel s’annonce incertain.
Le système éducatif camerounais parviendra-t-il enfin à assainir la gestion de ses ressources humaines ?
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Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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