Cameroun – Marché du Sucre: Les incohérences affairistes de Louis Yinda

Entre la capacité, plusieurs fois affirmée, de la Sosucam à pouvoir satisfaire la demande nationale en sucre et les manœuvres de couloirs pour rentrer dans l’importation du même produit, son patron perd les consommateurs et l’opinion en conjectures, trahissant au passage la boulimie affairiste d’un Louis Yinda en posture de capitaliste impitoyable.
Elle ne manque jamais l’occasion de claironner au grand public sa capacité à approvisionner le marché local. 237online.com Dans une conférence de presse avec quelques médias triés sur le volet il y a quelques semaines à Yaoundé, la Sosucam – la Société sucrière du Cameroun, faisait état d’importants stocks de réserves de sucre évalués à environ à plus de 50 000 tonnes, pour pouvoir pallier à toute éventualité. Jeudi 12 mai 2016, une expédition de journalistes partenaires de la Sosucam a séjourné dans les principales villes de production de l’entreprise – Mbandjock et Nkoteng, dans l’optique mesquine de constater les stocks disponibles du sucre Sosucam en vue de blaser l’opinion. Opération devenue routinière qui, chaque année, tente de gloser les critiques sur la capacité de l’entreprise de Louis Yinda afin de justifier son dominium sur le marché, en dépit des insuffisances constatées. L’année dernière, l’entreprise avait procédé à la même opération de charme, pratiquement à la même période, alors que les prix connaissaient une envolée spectaculaire sur les marchés. Et pour cause, cette année comme la précédente, les regroupements de consommateurs dénoncent la pénurie, ou à défaut, l’augmentation du prix du sucre sur le marché. Une conjoncture appelée à se corser à l’approche de la fête du Ramadan qui s’annonce. Grande période de consommation de sucre par les fidèles musulmans. Depuis qu’il domine le marché camerounais, la Sosucam a toujours affirmé sa capacité de production à même de pouvoir satisfaire la demande locale. Une manœuvre manifestement guidée par le souci capitaliste d’exclure d’autres potentiels producteurs locaux de la commercialisation du sucre en morceaux. Or il est de notoriété, selon les experts, qu’avec une production annuelle estimée à environ 180 000 tonnes de sucre en morceaux, l’entreprise qui jouit d’un certain monopole, ne saurait satisfaire une demande nationale évaluée à près de 300 000 tonnes. Les statistiques d’exploitation de la Sosucam pour l’année dernière confirment d’ailleurs ces inquiétudes : seulement 124 000 tonnes pour l’exercice 2015-2016. 237online.com « D’où l’impérieuse nécessité d’ouvrir la commercialisation du sucre en morceaux à la concurrence », selon les opérateurs de la filière. Toutes choses que Sosucam, à travers des astuces pernicieuses, a toujours combattu avec des réseaux mafieux tapis à la présidence de la République. Extension des avantages C’est donc avec soulagement qu’on apprend au sein de la corporation que le chef de l’Etat Paul Biya a finalement décidé d’ouvrir une enquête sur les contours du marché du sucre au Cameroun. Une enquête qui, à coup sûr, révèlera la supercherie qui l’a entouré depuis que Sosucam contrôle seul la production locale. D’après des indiscrétions qui commencent de fuser des milieux autorisés, la décision gouvernementale de 2014 d’interdire l’importation du sucre en morceaux, concédant à Louis Yinda et la Sosucam un pan entier de l’activité commerciale, étaient fortement influencée par les réseaux de la présidence, contre le gré des départements ministériels chargés de la question. De toute évidence, c’est pour tenter de rétablir un semblant d’équité que le gouvernement a concédé aux petites entreprises dites « aggloméries », l’importation du sucre brut en vue de leur transformation au Cameroun, moyennant une exonération totale des droits de douanes et de la Tva, afin de combler certaines lacunes causées par l’incapacité de la Sosucam à satisfaire toute la clientèle. Comme si sa posture de quasi-monopole ne lui suffisait pas, Sosucam s’attaque désormais aux avantages concédés à l’Etat à ces petits opérateurs que sont Nosuca, Sumocam et Dethom, dans le souci d’un semblant d’équilibre du marché du sucre. 237online.com Dans une note à la très haute attention du chef de l’Etat en février 2016, et ayant pour objet « Asphyxie des activités de la Sosucam du fait de la concurrence déloyale inhérente aux avantages exorbitants accordés aux aggloméries », Louis Yinda fustige cette politique pourtant compréhensible du gouvernement qui, cette année encore, accorde les mêmes avantages à ces petits producteurs, notamment à travers la décision du ministre des Finances du 26 janvier 2016 au profit de la société Insuco basée à Douala. Et surtout, et c’est là où le bât blesse, Sosucam exige de l’Etat du Cameroun d’étendre à son profit les mêmes avantages, malgré les milliards de Fcfa qu’elle brasse du fait de sa position de dominuim, comme si ce même Etat ne lui avait pas déjà assez fait en lui concédant ce statut de quasi-monopole. Dans cette note qui manifestement aurait aiguillé la curiosité du chef de l’Etat pour l’amener à ordonner l’enquête sus-évoquée, le Pdg de la Sosucam exige de « bénéficier d’une exonération totale des droits de douanes sur ses intrants d’exploitation, de même que les aggloméries en bénéficient sur leur sucre d’importation (…), de bénéficier des mêmes avantages spécifiques sur le sucre destiné à la transformation en morceaux ou aux petits conditionnements, à savoir une autorisation d’importation de 25 000 tonnes de sucre granulé (…) en exonération totale des droits de douanes et de la Tva ». A l’analyse, ces exigences, et particulièrement la dernière, si elles n’équivalent pas à un aveu d’impuissance sur la capacité de la Sosucam à satisfaire la demande nationale, contrairement à ses prétentions plusieurs fois réaffirmées, cristallisent la boulimie financière d’une entreprise qui doit son statut privilégié à l’Etat, et qui veut continuer à sucer cet Etat jusqu’à sa moelle épinière. Du capitalisme foudroyant en somme.

Nestor DJIATOU

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