Cameroun – Lutte contre le terrorisme: Boko Haram dans l’étau de l’armée tchadienne

Fort de sa grande et longue expérience guerrière, le Tchad est actuellement sur tous les fronts pour mettre hors d’état de nuire la secte islamiste Boko Haram. L’opération baptisée «Logone» prend sa vitesse de croisière.
Se prévalant du «droit de poursuite» des autorités nigérianes, visiblement dépassées par les assauts de la nébuleuse, les troupes (2.000 soldats environ) du président Idriss Déby Itno (lui-même sur le terrain des opérations), stationnées depuis quelques jours à Fotokol (ville située à l’Extrême-nord du Cameroun) ont pénétré le territoire nigérian et chassé les hommes d’Abubakar Shekau dans la ville de Gamboru (localité frontalière au Cameroun), le 03 février.
Autre front, autre parade : à environ 200 km au nord sur les rives du lac Tchad, à Bosso (ville nigérienne à la frontière avec le Nigeria), l’armée tchadienne s’est déployée depuis le 02 février. L’objectif pour les 2.500 soldats positionnés dans cette localité séparée du Nigeria par un simple cours d’eau est de reprendre à Boko Haram la ville de Malam Fatori.
Au Cameroun comme au Niger et Nigeria, l’arrivée «des forces libératrices tchadiennes» a été fortement ovationnée par les populations locales.
L’offensive terrestre lancée le 3 janvier par l’armée tchadienne, à partir de Fotokol (à l’Extrême-nord du Cameroun) a permis de déloger les activistes du Boko Haram dans la ville de Gamboru. D’après les sources militaires, au terme d’une heure de bombardements et d’affrontements violents, les terroristes ont fini par plier l’échine. Le bilan du côté ennemi est lourd : plus de 1000 morts parmi les islamistes et plusieurs engins de guerre et des munitions détruits ou saisis. Selon une source introduite, c’est un véritable enfer que vivent désormais les hommes d’Abubakar Shekau, depuis le 31 janvier dernier. La preuve, suite à deux attaques du contingent installé à Fotokol, les soldats tchadiens ont traversé la frontière et pris position à Gamboru.
Un premier raid de l’aviation tchadienne, mené le 31 janvier, a conduit à la démolition des cibles de Boko Haram, apprend-on. Nos informateurs soutiennent également qu’au cours de cette expédition punitive conduite par le président Idriss Déby, l’armée tchadienne a laissé des centaines d’adeptes de la secte sur le carreau. Du 29 au 31 janvier, l’aviation et l’artillerie des forces camerounaises et tchadiennes ont farouchement répliqué par de pilonnages aux attaques du mouvement islamiste.
Selon les mêmes sources, jouissant d’un «droit de poursuite» des autorités d’Abuja, les soldats tchadiens sont entrés en territoire nigérian et libéré Gamboru le 03 février, ville contrôlée depuis 5 mois par Boko Haram et à partir de laquelle les envahisseurs préparaient leurs offensives contre le Cameroun. Et selon un militaire tchadien, depuis la perte de trois de ses militaires au front, «le président tchadien est plus que jamais déterminé à en découvre avec les terroristes de Boko Haram». Et hier, mercredi, une autre source faisait état de violents combats entre soldats camerounais et téméraires de Boko Haram, dans la ville frontalière de Fotokol. Quoiqu’il en soit, pour certains observateurs, les jours d’Abubakar Shekau sont désormais comptés.

L’intervention de l’armée tchadienne s’inscrit dans le cadre d’un accord (de la Multinational joint task force) entre Ndjamena et Abuja, explique Hassan Sylla, ministre tchadien de la Communication et porte-parole du gouvernement. «Nos forces basées à Fotokol au Cameroun ont été une fois de plus lâchement attaquées par les hommes de Boko Haram et à la suite de cela nous avons riposté, nous avons usé de notre droit de poursuite et on est arrivé jusqu’à la ville de Gamboru et l’avons libérée totalement des forces du mal», a rassuré M. Sylla.

Du front nigérien. Un contingent composé de 2.500 soldats, environ 400 véhicules et des chars, est actuellement positionné de Mamori à Bosso, deux bourgades de l’Est du Niger. Ces troupes pourraient annoncer une attaque sur Malam Fatori, contrôlée par Boko Haram et située à la frontière du Niger avec le Nigeria. Mais, selon un parlementaire de Niamey, «l’Assemblée nationale du Niger devra au préalable donner son feu vert avant toute intervention militaire nigérienne en territoire nigérian». D’après des témoignages concordants, les combattants islamistes ont pris position sur la rive nigériane et sont équipés de matériel anti-aérien monté sur des pick-up. Pour combien de temps encore ?

Le renfort de la communauté internationale attendu
La secte islamiste a été le dossier brûlant du 24è sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (Ua) des 30 et 31 janvier, à Addis-Abeba (Éthiopie). L’hypothèse de la mise en place d’une force d’intervention multinationale a été retenue. Ainsi, pour lutter contre la secte Boko Haram et soutenir les soldats tchadiens qui combattent actuellement les insurgés au Cameroun et bientôt au Niger, l’Ua a appelé à la formation d’une «force régionale» de 7.500 hommes. «Nous sommes profondément horrifiés par la tragédie que Boko Haram continue d’infliger à nos populations», a déclaré la Sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l’Ua. Déjà, selon certaines sources, quatre pays voisins du Nigeria (Bénin, Cameroun, Tchad et Niger) ont accepté de participer à cette coopération militaire. A travers un communiqué publié le 3 janvier, le Conseil de sécurité des Nations Unies condamne vivement les attaques perpétrées par les terroristes de Boko Haram au Nigéria et au Cameroun.
En vue de mettre sur pied une stratégie commune pour l’opération militaire à venir, des experts en matière de sécurité sont actuellement en conclave à Yaoundé au Cameroun. Pour bon nombre d’observateurs, cette synergie d’actions, fait suite au discours du président Paul Biya le 8 janvier 2015, au Palais de l’unité, en réponse aux vœux du corps diplomatique accrédité à Yaoundé. «À menace globale, riposte globale. Telle devrait être la réponse de la communauté internationale et notamment de l’Union africaine et de nos organisations régionales. Nous ne devons pas nous bercer d’illusions», a martelé le chef de l’État camerounais. Une position reprise quelques jours plus tard par le président français François Hollande. «Tous les pays du monde sont susceptibles d’être touchés par le terrorisme. Beaucoup l’ont déjà été. D’autres craignent de l’être. Tous doivent s’y préparer. Lorsqu’un pays est frappé, la réponse est, bien sûr, l’unité nationale ! La France a fait face et a pris des mesures. Mais la réponse doit être globale, elle doit être internationale, elle doit être partagée», a renchéri le locataire de l’Élysée, le 23 janvier, lors du 45è Forum économique mondial à Davos (Suisse).

La nébuleuse sème la terreur dans la région dans le Lac Tchad
Depuis 2009, Boko Haram a pris possession de plusieurs territoires (plus d’une vingtaine de localités) au nord-est du Nigeria. Fondé par Mohamed Yusuf en 2002, le mode opératoire de la secte est la lutte armée, la guérilla, les attentats-suicides, les massacres et les prises d’otages. Depuis 2014, la secte a étendu son activisme débordant au Cameroun et le Niger, deux pays de la région du lac Tchad. Le mouvement d’Abubakar Shekau, qui prône l’instauration d’un islamisme radical et s’associe aux idées d’Al-Qaida et de l’État islamique, a déjà fait plus de 13.000 morts et 1,5 millions de déplacés au Nigeria. D’ailleurs, le pire a été évité, le 2 février. Le président Goodluck Jonathan Ebellè qui compte succéder à lui-même au terme de l’élection présidentielle du 14 de ce mois, a échappé de justesse à un attentat-suicide, à la sortie d’un meeting dans le Nord-Est du pays. Depuis quelques temps, le mouvement est classé comme organisation terroriste par le Conseil de sécurité des Nations unies.

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