Cameroun: L’huile végétale de marque Jadida interdite

L’Agence des Normes et de la Qualité avait pourtant donné un certificat de conformité à la société qui commercialise la marque d’huile végétale.C’est un nouvel épisode dans la polémique qui concerne l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc) et la société Coppeq Sarl, qui importe l’huile végétale raffinée de soja de marque « Jadida », commercialisée en ce moment au Cameroun. Et on ne peut pas dire que l’Anor (l’Agence des Normes et de la Qualité) qui est le gendarme de la qualité sur le marché camerounais contribue à clarifier les choses. En effet, dans une correspondance datée du 05 février 2015, l’Agence dirigée par Charles Booto à Ngon somme la société Coppeq Sarl de suspendre ses publicités[i] « incluant des affirmations susceptibles d’induire les consommateurs en erreur dans tous les medias nationaux »[/i]. La pomme de discorde c’est encore et toujours l’usage polémique de l’huile végétale à base de soja que commercialise la Coppeg à travers ses produits Jadida.

Contre-expertise
L’Asroc a depuis un moment attiré l’attention des autorités et du grand public sur le fait que l’huile de soja commercialisée sous le label Jadida était cancérigène à haute température et donc inappropriée pour la cuisson et la confection des pâtisseries (croissant, pain au chocolat, gâteaux tout cours).
Pourtant, dans une précédente correspondance datée du 13 janvier 2013 et adressée aux ministres du Commerce et de la Santé Publique, l’Anor affirmait que l’huile de Soja Jadida était conforme à la norme et que seul le Conseil national de la publicité avait compétence pour arrêter la [i]« publicité mensongère »[/i] qui avait court. La sortie de l’Agence avait alors suscité le déploiement de l’Asroc qui avait saisi le Premier Ministre pour arbitrage. Et après une contre expertise (vérification de la teneur en vitamine A), les résultats ont révélé des indices d’acide et de peroxyde largement supérieurs à ceux prescrits par la Norme NC77 2002-03, Rév 1 (2011), relative aux huiles végétales enrichies à la vitamine A. Laquelle norme dispose qu’ [i]« une huile dont la teneur en acide α-linolénique est ≤ 2 % est destinée à la cuisson et à la friture. Par contre, si cette teneur est ≥ 2 %, cette huile est destinée à l’assaisonnement. De ce fait, l’étiquette portera respectivement la mention «huile de cuisson et de friture» ou « huile d’assaisonnement »[/i]. Selon le secrétaire général de l’Asroc, Jacquis Kemleu Tchabgou, «l’huile en l’état n’est pas recommandable aux consommateurs». Et pour cause : l’huile Jadida a obtenu un certificat de conformité sur la base d’une analyse agroalimentaire biaisée commandée par l’Anor. L’analyse présentée à la presse le 10 février dernier a été effectuée le 04 juin 2014 par le Laboratoire Paléologos, basé à Douala.
Dans les résultats, on n’aperçoit aucune indication sur la teneur en vitamine A (les huiles doivent pourtant être enrichies à cet effet) ; la teneur en acide gras est de 0,45g par litre au lieu de 0,2. Deux indicateurs parmi tant d’autres, soulevés par l’Asroc pour obtenir le [i]«revirement»[/i] de l’Anor.
Au-delà de cette polémique qui dégage de forts relents d’intérêts financiers, une constance s’impose. L’huile de soja est scientifiquement reconnue pour être proscrite à la cuisson. Les acides gras insaturés étant relativement sensibles à la température, et générateurs de chaînes polycycliques cancérigènes à température de cuisson. Dès lors il s’agit d’un problème de santé publique grave que les tergiversations de l’Anor n’ont pas contribué à résoudre. La dernière sortie de l’Agence devrait en notre sens inviter à clore ce débat et le ministre du Commerce est ici interpellé.

Hiondi Nkam IV

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