Cameroun: L’Evaluation de la Lutte contre Boko Haram à Abuja

Deux ans après Paris, l’on mesure le chemin parcouru pour des projections d’avenir.
Entre la verdure ramenée par le retour des pluies et les chantiers de construction, Abuja grouille de vie. Le sommet sur la sécurité dans la sous-région qui se tient demain, à partir de 14 h, dans la capitale fédérale du Nigeria ramène au premier plan, loin du terrain des opérations, une longue guerre contre Boko Haram. Loin, au Nord-Est du pays, dans les Etats de Yobe et de Borno. Le rendez-vous d’Abuja s’annonce sous de meilleurs auspices, selon le chef de mission de la Force multinationale mixte (FMM) de la Commission du bassin du Lac Tcahd (Cblt), San*usi I. Abdullah. Il reprend les mots de l’hôte du sommet, le président nigérian, Muhammadu Buhari. Celui-ci déclarait en décembre dernier que « Boko Haram était techniquement vaincu ». Reste, poursuit San*usi I. Abdullah, à « nettoyer les dernières poches de résistance ». Cela revient à dire que ce sommet, second du genre, après celui du 17 mai 2014 à Paris, aura à constater que la mutualisation des efforts des pays de la CBLT a été affective et porteuse de fruits. L’on s’en félicite. Seule demeure attendue, la réalisation des promesses de financement des partenaires. Il y a eu çà et là, des appuis extérieurs en matière d’équipement, de formation et de renseignement. Mais il faudrait aller plus loin au moment où l’on pense à l’après-guerre et à la nécessité de viabiliser la zone par des infrastructures. On se rappelle qu’à Paris, le président français François Hollande, avait réuni outre les chefs d’Etat du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Benin, des représentants des Etats-Unis, du Royaume-Uni et l’Union européenne. A Abuja, sont attendus, en plus, ceux des grands ensembles sous-régionaux, la CEDEAO, la CEEAC, la Commission du Golfe de Guinée, de même que celui de la Guinée équatoriale. « Il est temps que l’on soit concret » insiste nombre de participants à la réunion des experts ouverte hier. Selon le chargé de mission de la FMM, l’implication dans cette guerre du président Paul Biya a été « déterminante ». Lui qui, au sortir de la rencontre de Paris, avait, face à la presse, résumé les engagements des chefs d’Etat par une phrase : « Nous sommes venus déclarer la guerre à Boko Haram ». « Le président Biya a réagi promptement, à chaque fois qu’il fallait des hommes ou de la logistique », souligne San*usi I Abdullah. Et de rappeler la promotion de deux colonels au front de la guerre dans le grade de général, parmi les gestes du chef de l’Etat.

Muraille de feu
Au Cameroun, Boko Haram avait commencé à semer des graines d’insécurité par des enlèvements. Le plus retentissant fut, sans doute, celui de la famille Moulin-Fournier, le 19 février 2013. D’autres enlèvements suivront, jusqu’au 27 juillet 2014. Ce jourlà, ce sont des centaines de combattants de Boko Haram, lourdement armés, qui mènent un raid sur Kolofata. 17 morts et l’enlèvement d’une vingtaine de personnes dont l’épouse du vice-Premier ministre Amadou Ali et le lamido de la place. A Yaoundé, l’on dira « plus jamais ça !». Et Boko Haram allait très vite le voir à ses dépens. Au cours des batailles suivantes que la secte allait engager, notamment pour le contrôle du pont sur la rivière frontalière El Beid qui relie Fotokol à la ville nigériane de Gambarou. Boko Haram va de défaite en défaite dans sa tentative d’étendre son chimérique califat sur le Cameroun. Entre-temps, le président Paul Biya, chef suprême des armées, avait effectivement pris un certain nombre de dispositions dont la création, le 14 août 2014, d’une quatrième région militaire pour verrouiller la frontière à hauteur des régions du Nord et de l’Extrême-Nord et d’y ériger, pour ainsi dire, une muraille de feu. Contre laquelle se sont consumées les velléités d’expansion de la secte. Mais faute d’un droit de poursuite et attentif au respect de la souveraineté de son voisin, le Cameroun campe dans une position défensive. Le 8 janvier 2015, le président Paul Biya, recevant les vœux du corps diplomatique accrédité à Yaoundé, appelle à « une riposte globale », face à «la menace globale » que représente le terrorisme. L’armée tchadienne, qui dispose d’un droit de poursuite dans le cadre d’un accord avec le Nigeria, vient prêter main forte à notre pays, dans la période de janvier à novembre 2015. Ses incursions au Nigeria permettront de chasser Boko Haram de certaines villes. Au Nigeria même, le président nouvellement élu, Muhammadu Buhari, fait de la lutte contre Boko Haram, une priorité. En décembre 2014, Boko Hamam contrôlait Gwoza, Bama, Baga, Gulani, quatre villes dans les Etats nigérians de Borno et de Yobe, en plus d’une trentaine d’agglomérations. Elle en a été chassée par les armées régionales et la FMM dont l’Union africaine avait adopté le principe de la mise en place en mai 2015. Les descentes sur Ngoshe et Kumche des éléments camerounais de la FMM et d’autres forces de défense, ont donné lieu à la destruction de centres névralgiques de la secte dont des usines de conditionnement de bombes. Depuis lors, les attaques à la bombe humaine dont la secte, en désespoir de cause, se servait d’exutoire dans sa fuite en avant, ont quasiment disparu. Les dernières tentatives ayant été déjouées au Cameroun par les comités de vigilance, ces unités civiles qui accompagnent les forces de défense dans cette guerre. Pendant que musulmans et chrétiens s’unissaient dans la prière contre la secte satanique. De partout dans le pays, au même moment, des fonds et des vivres étaient spontanément collectés, comme effort de guerre. Un total de 2,5 milliards au dernier décompte au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation.

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