L??acte était suffisamment gros pour ne pas passer inaperçu : dans la même lancée de la lecture des textes réorganisant le gouvernement et nommant les nouveaux ministres, Jean Nkuete, vice-Premier ministre et ministre de l??Agriculture et du développement rural, quittant ces fonctions pour celles de Secrétaire général du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, sa nomination à ce poste fut lue le soir même. De nombreux Camerounais embarrassés, se posaient la question de savoir lequel de Paul Biya, du président de la République ou du président national du Rdpc avait signé cet de Jean Nkuete ? Avant-hier, le nouveau Sg du parti au pouvoir a pris ses
fonctions au siège de son parti, dans la même solennité que celle qui entoure l??installation des membres du gouvernement. Du temps où il était Sg du Comité central du Rdpc, Charles Doumba convoquait les ministres à son bureau et leur prescrivait des instructions sur bon nombre de dossiers qu??ils avaient à traiter.Pendant la dernière campagne pour l??élection du président de la République, tous les cadres de la fonction publique avaient déserté les services pour aller battre campagne pour le compte du président sortant. A ce personnel, s??étaient ajoutés d??importants moyens logistique et matériel pour assister le candidat du parti au pouvoir.Chaque année, le 6 novembre, date à laquelle Paul Biya avait pris ses fonctions à la tête de l??Etat en 1982, ce jour-là est devenu presqu??une fête nationale : tous les hauts responsables appartenant à la fonction publique sont tenus, chacun en ce qui le concerne, d??aller remuer l??arrière banc de son village pour maintenir allumée, la flamme de l??allégeance et de l??indéfectible attachement des populations en la personne du chef de l??Etat.Cet ensemble des comportements politiques grandissants d??année en année, officialise la confusion savamment entretenue entre l??Etat et le parti dominant. Il tend à effacer complètement la frontière déjà étroite qui existait entre le gouvernement et le Rdpc. Dans le vocabulaire politique en expansion en ce moment dans notre pays, on ne parle plus du Rdpc comme on le fait en démocratie, pour signifier que ce parti partage l??espace politique national avec d??autres mouvements; on prend le raccourci pour ne plus parler que «du parti», utilisant là le modèle de langage propre aux systèmes totalitaires comme cela fut la règle en ex- Urss, en Corée de Kim Il Sung, en Chine de Mao, à Cuba de Castro, au Zaïre de Mobutu ou au Togo d??Eyadema.Notre dérive politique n??est pas qu??au niveau du vocabulaire. Elle fait également renaitre des pratiques dictatoriales, totalitaires et celles périmées du culte de la personnalité. On a vu en période de campagne électorale, le chef de l??Etat sortant s??était accordé 3 sorties seulement, sorties dont les contenus furent d??ailleurs une confusion de plus entre ce que fait le chef de l??Etat en temps normal, et les opérations de charme que le candidat Paul Biya avait refusé d??utiliser, laissant à ses lieutenants l??obligation d??aller mouiller leur maillot pour garantir leur bifteck.Nous avons pensé à tort que les effigies du candidat du Rdpc à l??élection présidentielle occuperaient les panneaux Decaux qui meublent les principales villes du Cameroun, le temps que durerait la campagne présidentielle. Quelle erreur ! Ces panneaux ont été innovés ; ils projettent de jour comme de nuit, les plus belles images de Paul Biya. D??autres posters géants placés aux endroits de grande fréquentation, offrent aux passants un président actif, dynamique avec son peuple.Voilà un ensemble d??attitudes et de comportements qui oblige tout observateur à se poser des questions sur de réelles intentions de la personne pour laquelle tout cela est orchestré. Si Paul Biya n??appréciait pas que les actions de son parti politique soient confondues à celles du gouvernement, il aurait déjà ordonné à ses lieutenants politiques de mettre un terme à cet amalgame. S??il n??était pas consentant que se développe autour de son image le culte de la personnalité au-delà de la période électorale, il ne laisserait pas placarder ses photos sur tous les murs et les panneaux des grandes villes du Cameroun.Dans des pays qui se réclament des démocraties, on ne laisse pas prospérer ces genres de pratiques. Au Cameroun, on ne laisse pas seulement faire, on veut qu??il en soit ainsi car, celui à qui ces flatteries sont destinées, n??en est pas indifférent, au contraire.



