Cameroun: Le risque de succession présidentielle est mauvais pour les investisseurs

BABISSAKANA, l’analyste économique pose un regard froid sur les risques qui pèsent sur l’économie du Cameroun au regard des manœuvres politiques pour garder Paul Biya au pouvoir.
Chairman et CEO du cabinet Prescriptor Ltd, ce fin analyste économique pose un regard froid sur les éventuels risques qui pèsent sur l’économie du Cameroun au regard des manœuvres politiques en construction pour prolonger la durée de vie de Paul Biya au pouvoir, grâce à une modification de la Constitution et une anticipation de la présidentielle initialement prévue en 2018.

Quelle analyse personnelle faites-vous des « appels du peuple » pour que le président Biya reste au pouvoir après 34 ans de règne et 83 ans d’âge ?
La mise en scène observée au Cameroun depuis plusieurs mois à travers des « appels du peuple » publiés et diffusés par les médias de service public, traduit à notre avis une dynamique malheureuse d’ensauvagement politique très néfaste pour nos institutions publiques. 237online.com Il transparait aisément que c’est le parti au pouvoir le RDPC et l’équipe présidentielle qui contrôle cette chaîne de recyclage des « appels du peuple », qui avaient déjà fait il y a quelques années plusieurs tomes d’une littérature sans valeur ajoutée pour notre système de gouvernance publique. Mais, il est à observer que ces « appels du peuple » reflètent dans le fond une fuite en avant honteuse des élites du RDPC qui apparaissent anesthésiées et incapables d’engager ouvertement et publiquement le débat de fond qui s’impose pourtant jour après jour sur la transition ou la succession du président Paul Biya. La phase terminale de déclin de la courbe d’expérience du Président Paul Biya et son âge exceptionnellement avancé fondent l’urgence et l’intensité du besoin de succession au pouvoir central. C’est un besoin réel de renouvèlement du leadership politique, de la technologie de gouvernement et de dynamisation des institutions publiques largement surdimensionnées avec en l’occurrence 37 ministères dont certains se chevauchent au quotidien. 237online.com Le risque de succession à la tête du Cameroun fait référence à l’incertitude qui pèse sur la passation du pouvoir suprême de Paul Biya à un nouveau président de la République encore inconnu. Ce risque apparaît comme une menace importante de rupture de la continuité des institutions ou des engagements du gouvernement ou du pouvoir exécutif. Dans notre contexte actuel, ce risque de succession s’accroît substantiellement avec les manœuvres d’ensauvagement politique observées qui assombrissent plus qu’ils n’éclaircissent le climat et l’horizon pour les activités économiques et surtout les investissements à fort potentiel à travers des projets à cycle économique long.

Quelles conséquences ces manœuvres peuvent avoir sur d’éventuels investisseurs étrangers intéressés par le Cameroun?
Les manœuvre de perpétuation au pouvoir du président Paul Biya malgré son âge avancé et le déclin de sa courbe d’expérience accroissent en fait le degré d’incertitude sur la succession présidentielle au Cameroun. Même si le Président se représentait en 2018 et qu’il obtenait un nouveau mandat présidentiel, le risque de succession à la tête de l’Etat du Cameroun restera toujours très élevé. 237online.com La hausse du risque de succession présidentielle peut décourager certains investisseurs étrangers objectivement intéressés par le Cameroun à investir immédiatement ou à court terme à l’horizon 2017 ou 2018. Ces potentiels investisseurs attentifs à la bonne gouvernance publique auront logiquement tendance à la patience et à l’attentisme afin que l’horizon s’éclaircisse pour pouvoir prendre des décisions éventuelles d’investissement couvrant un cycle économique de cinq ans et plus.

Faut-Il craindre un ralentissement de la croissance à la suite d’éventuelles agitations sociopolitiques ?
Si le risque de succession à la tête de l’Etat du Cameroun n’est pas maîtrisé par une transition présidentielle sereine et transparente il peut alors dégénéré en une crise sociopolitique se traduisant par des agitations ou des manifestations d’insécurité institutionnelle et administrative. 237online.com Une insécurité institutionnelle et administrative au Cameroun peut se traduire par un environnement économique et social délétère réduisant la confiance des agents économiques avec des conséquences négatives sur le rythme d’activité et le freinage de la production et en conséquence de la croissance économique.

Le pays peut-il se payer le luxe d’un autre choc, après la guerre contre Boko Haram, la chute du baril du pétrole et l’entrée en vigueur de l’APE?
Le choc d’une succession présidentielle agitée ou incertaine peut être largement plus destructeur que le choc sécuritaire imposé par le groupe terroriste Boko Haram mis ensemble avec le choc économique de créé par l’effondrement du prix du baril de pétrole qui a perdu plus de 70% depuis mi-2014. 237online.com Le président de la République étant l’acteur central du dispositif institutionnel et administratif de l’Etat du Cameroun, tout choc de succession aurait une portée et une intensité systémiques susceptibles d’avoir des effets négatifs cumulatifs et multiformes non comparables aux deux autres chocs. Le prix d’un choc de succession présidentielle agitée et non maîtrisée est tellement élevé pour le Cameroun qu’aucun leader, citoyen ou groupe de citoyen intègre et responsable ne peut délibérément envisager d’en supporter la charge.

En quête d’emprunt à l’international pour financer ses grands projets, le risque Cameroun ne deviendra-t-il pas un facteur rédhibitoire pour louer de l’argent?
Le risque de succession présidentielle est formellement pris en compte dans l’analyse du risque pays du Cameroun et affecte négativement la notation financière du pays. La dernière notation financière souveraine à long terme du Cameroun a été attribuée en avril 2015 par Standard & Poors (S&P) à B pour le rating en FCFA et B en devise. Cette note B (risque très élevé) a été confirmée le 4 novembre 2015 par S&P comme notation spécifique de l’emprunt obligataire international émise le 13 novembre 2015. Cette émission a d’ailleurs connu un échec regrettable par la levée de seulement 750 millions de $US à un taux d’intérêt élevé de 9,75% hors charges d’approche et commissions des intermédiaires au lieu des 1 500 millions de $US sollicités sur les marchés internationaux des capitaux. Au-delà de cet échec non encore élucidée par le Gouvernement et non justifié par le rating du Cameroun, cette notation financière B pourrait être dégradée substantiellement en cas de succession présidentielle agitée ou non maîtrisée et rendre la levée de fonds plus laborieuse et plus coûteuses dans les années avenir.

Parfait N. Siki

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