Cameroun: Le rÃ?©gime Biya Ã?  lÃ?â??Ã?©preuve de la performance

Si la question de l??évaluation d??un Renouveau trentenaire ne se pose pas, malgré la nécessité et l??urgence, l??évaluation des feuilles de route ministérielles  est attendue et redoutée par les membres du gouvernement,  « fonctionnaires » et « ministres » obligés de répondre à une question non posée : celle d??un agenda non fourni, dont les étapes depuis la présidentielle ne sont connues de personne. Gros dilemme : en 30 ans de magistère, le président Biya n??a jamais ni fixé de feuilles de route, encore moins parlé d??évaluation, ce nouveau gadget présidentiel. Le tracé du « bout du tunnel », de même que  le libellé « des grandes ambitions » étaient connus de lui seul. Les grandes réalisations qui depuis bientôt dix mois se résument à la pose de la première pierre du barrage de Memve??ele et bientôt de  Lom Pangar souffrent  d??une absence d??évaluation depuis leur annonce au

moment de la campagne présidentielle.
Entre la précarité de la fonction essentiellement révocable à plus ou moins court terme et la prison, être ministre sous le Renouveau est de moins en moins une sinécure. Voici que comme des étudiants, ils sont renvoyés sur les bancs de l??université du Renouveau, pour une évaluation dont ils ne savent ni les tenants ni les aboutissants. Le programme politique du candidat Biya a toujours été un  ensemble vide et vague que personne ne maitrise. Pour un observateur, « il ne faut pas se leurrer, son programme politique est simple, se maintenir au pouvoir. Les membres du gouvernement doivent donc ??uvrer chacun en ce qui le concerne, pour cette « juste et noble cause nationale » qu??il ne partage qu??avec lui-même et ceux qui lui restent proches ».
Pour sévère que soit ce jugement, il est inscrit sur les tablettes de l??Histoire à la manière dont  la gouvernance est comprise sous le Renouveau, qui exclut toute concertation ni partage de pouvoir entre le président et les institutions de la République. Tout part d??Etoudi et tout revient à Etoudi. Sous d??autres cieux, le conseil de ministres marque le rythme hebdomadaire des actions entreprises par les membres du gouvernement au quotidien, dans l??exercice de leurs fonctions. Les affaires de la République sont programmées, discutées et décidées, dans une relative transparence qui  fait croire aux citoyens que l??on s??occupe d??eux. En Côte d??Ivoire, le conseil des ministres est le lieu par excellence de la conception de l??activité gouvernementale. Tous les Gabonais ont chaque semaine les yeux fixés sur ce rendez-vous hebdomadaire et il ne viendrait pas à l??idée du président Bongo de suspendre sine die ce grand moment de concertation et de suivi des activités du gouvernement.
Toute nomination, tout projet de loi, est avant tout présenté en France en « Conseil des ministres [qui] est un organe établi par la Constitution française pour discuter et adopter certains des actes principaux du pouvoir exécutif, comme le dépôt des projets de loi du gouvernement ou la nomination de hauts fonctionnaires et officiers militaires. Il est présidé par le président de la République et réunit le Premier ministre, tous les ministres de plein exercice et, selon le gouvernement, tout ou partie des ministres de rang inférieur. Seul un compte rendu très synthétique des réunions étant publié, il est aussi censé permettre aux ministres de débattre librement de la politique du gouvernement. Il se réunit traditionnellement chaque mercredi matin au palais de l????lysée, la résidence officielle du président, bien qu??il puisse être convoqué en tout lieu et à tout moment par le président ».
Un Conseil est l??un des éléments permettant au président de la République de diriger le pouvoir exécutif, de concert avec son Premier ministre. Il lui permet de contrôler l??élaboration et la mise en ??uvre de la politique du gouvernement et de donner -ou refuser- son accord à un certain nombre de décisions importantes, et, plus généralement, de marquer de ses vues les discussions impliquant l??ensemble du gouvernement.  On signale que pendant les cohabitations qui ont eu lieu en France, c??est-à-dire les périodes où le président et le Premier ministre sont issus de partis opposés et où le Premier ministre dirige effectivement le gouvernement, « le chef de l??Etat conserve la présidence du Conseil des ministres, ce qui lui donne l??occasion de rester informé des travaux gouvernementaux.»
Après le rare conseil des ministres du 15 décembre 2011, sur la base de son programme baptisé « Les grandes réalisations » dont la mise en ??uvre annoncée en janvier 2012 vise à construire le Cameroun en imprimant une nouvelle dynamique à l??économie nationale, le 6 mars 2012, soit trois mois après janvier,  le président Paul Biya valida  l??ensemble des feuilles de route présentées par les départements ministériels pour une période de six mois devant sanctionner  l??évaluation à mi-parcours des actions inscrites pour l??année budgétaire 2012.
Le seul bord disponible pour l??élaboration de ces feuilles de route était le Document de stratégie pour la croissance et l??emploi (Dsce), ses discours de campagne électorale et sa prestation de serment à l??Assemblée nationale. Pour le reste, les membres du gouvernement dans leur action quotidienne devaient faire preuve d??imagination, dans un contexte où la peur de l??Epervier et l??absence de concertation ministérielle paralysent plus que ne mobilise les ministres pour des objectifs communs.
Si les feuilles de route, au départ, ont été conçues par les départements ministériels eux-mêmes, c??est sur la base d??un programme présidentiel évanescent et des orientations générales sans ligne directrice. Faut-il croire que l??inauguration des barrages participe «  à un catalogue d??activités, de projets et de programmes réalistes, adossés sur les ressources budgétaires de l??exercice en cours » ainsi que le soulignait le Premier ministre en mars dernier ? Est-ce le point de départ de l??émergence attendu en 2035 ?
Le président de la République a fixé l??évaluation d??étape à mi-parcours, au mois d??août 2012. Selon un observateur, « en cette circonstance seront aussi identifiés les manquements, les retards éventuels et les raisons y afférentes ». Il faut donc dire que les ministres comme des étudiants sans « bords », devront  rendre compte des résultats de leur navigation à vue dans moins d??un mois. Dans cet environnement marqué par les conflits de compétences entre le Sg/Pr, le Pm et le Dcc, la note d??information rendue publique le 1er juin dernier par le directeur du Cabinet civil, le nouveau sherpa de la République, n??est pas pour rassurer. Stress et recalage au menu, selon le bon vouloir du ??maitre?? dont le crayon rouge marquerait pour certains, la fin d??une carrière ministérielle réputée éphémère au demeurant??

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