Cameroun: Le projet de dépeçage de Camtel fait déjà débat

Camtel Blue

L’option privilégiée par le gouvernement de scinder Camtel en 3 entités distinctes, pour améliorer sa compétitivité, ne fait pas l’unanimité. Certains y voient un énième gaspillage d’argent public au profit de réseaux occultes, plus qu’une réelle stratégie de relance.

Restructuration ou prélude à une braderie ?

Officiellement, ce projet de faire éclater le mastodonte public Camtel en 3 sociétés spécialisées (transport, fixe et mobile) vise à initier un choc de compétitivité. En coulisses cependant, certains redoutent que cela cache en fait une volonté de bazarder des actifs juteux à des intérêts privés.

Et pour cause : cette scission s’accompagnerait d’une ouverture de leur capital à des investisseurs extérieurs. De quoi susciter la suspicions, tant les précédents de privatisations obscures ont jalonné l’histoire récente du Cameroun dans d’autres secteurs stratégiques.

Quid de la 4ème licence mobile accaparée par des « requins » ?

D’autant que le mobile, segment phare des télécoms actuellement, fut déjà le théâtre d’un véritable scandale il y a quelques années. Suite à des tractations tout sauf limpides impliquant hautes sphères politiques et hommes d’affaires véreux, la 4ème licence 3G/4G fut bradée.

Derrière cette société étrangère se cachait en fait un consortium opaque piloté par Baba Danpullo et composé de multiples barons du régime, associés à des intérêts vietnamiens. Une hold-up en règle dénoncé en vain par les perdants Orange et MTN.

Bref, difficile dans ces conditions de croire en la vertu et l’intérêt général de ce nouveau dépeçage en règle de Camtel…

Des doutes sérieux sur la viabilité des futures entités

Sur le fond, la pertinence même de créer une structure dédiée à la téléphonie fixe interroge. Alors que ce segment est moribond et largement dépassé par la téléphonie mobile, on voit mal comment une telle filiale pourrait être viable et rentable, si ce n’est grâce aux traditionnels arrosoirs publics.

Quid aussi du réseau de transport, dont Camtel garderait le contrôle en tant que holding ? Nul doute que les deux opérateurs mobiles historiques continueront à investir dans leurs propres infrastructures, et ne compteront guère sur ce réseau national pour optimiser leurs services. Là encore, la viabilité pose question.

Vers un nouveau fiasco coûteux ?

Entre les marges de manœuvre limitées, l’hostilité d’un environnement ultra-compétitif, et des actionnaires futurs pas forcément soucieux de l’intérêt général, ce big bang pourrait bien accoucher d’une souris. Et se solder par un nouveau fiasco ruineux, grassement financé par le contribuable camerounais.

En somme, gare aux effets d’annonce et aux beaux discours autour de ce projet pour le moins hasardeux. L’histoire récente en matière de privatisations/restructurations laisse sceptique…

Joël Mbida, 237online.com

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