Société

Cameroun : La police retire les paseports du Dg de Camtel

Une procédure en cours d’instructions presque bouclée par le Tribunal Criminel Spécial met sur la sellette David Dieudonné Nkoto Emane pour sa gestion controversée.
La Justice a ordonné le retrait de ses passeports et vient de l’autoriser à sortir du territoire national pour une mission de travail en Europe. Dans le cadre d’une procédure judiciaire en cours au Tribunal Criminel Spécial (TCS) de Yaoundé qui le vise, les trois passeports de David Dieudonné Nkoto Emane, directeur général de la Cameroon Telecommunications (Camtel) lui ont été retirés le 18 avril 2017. Bien que sous contôle judiciaire, la chancellerie a autorisé le Dg de Camtel à sortir du territoire national il y a une semaine pour une mission de travail en Belgique. Pour ce déplacement à l’international, un des (03) trois passeports retenus par la police lui a été restitué. Selon une source fiaible dans la chaîne des télécoms, David Nkoto Emane devrait regagner le Cameroun ce lundi 12 juin 2017, sauf changement de plan de vol. Etant donné que le Dg de la Cameroon Telelcommunations avait dans un premier temps raté son vol retour sur Yaoundé à partir de Paris dimanche 11 juin 2017. Dans le cadre de l’enquête judiciaire instruite au TCS, mission avait été donnée à cet effet à des fonctionnaires de la Sureté nationale de la direction de la Police des frontières, à la Dgsn pour le délester de ces documents d’identité pour sa libre circulation à l’étranger. Laurent Esso le ministre d’Etat, ministre de la Justice et Garde des Sceaux aurait dans ce sens, fort d’une décision prise par le sommet de l’Etat, transmis un message en rapport avec une interdiction de sortie du territoire national de David Dieudonné Nkoto Emane, à toutes les unités de police et de gendarmerie nationales. Selon des sources policières, le Dg de Camtel est détenteur de passeports, français, ordinaire et de service. Des indiscrétions issues de l’enquête judiciaire ouverte, révèlent des indélicatesses financières et autres dérives dans sa gestion à la tête de Camtel. Ce n’est pas la première fois que des indiscrétions bruissent sur le retrait du passeport de David Dieudonné Nkoto Emane. La chose avait d’abord été évoquée il y a quelques années par des confrères manifestement au parfum de l’affaire. Le directeur général avait alors convoqué dans l’urgence un point de presse. Le prétexte était celui d’édifier le public sur la mise en place du projet Backbone de mise en place de la fibre optique. Quoique présent à ce point de presse, il n’avait pas pris part à l’échange au cours duquel ce document de voyage de couleur verte avait été brandi triomphalement à l’attention du public ce 19 janvier 2010.

Dénonciations
A la tête de Camtel, société à capital public créée le 28 septembre 1998 à la suite de la dissolution de la Société de Télécommunications internationales (Intelcam,) société d’Etat créée le 2 juillet 1972 et transformée en société d’Etat le 28 octobre 1982, au capital social de 4.443 millions de Fcfa), depuis le 23 février 2005, l’ingénieur en informatique et télécommunications, ancien de France Télécom, ancien chef du centre informatique d’Intelcam, David Dieudonné Nkoto Emane remplace Emmanuel Nguiamba Nloutsiri à ce poste. A peine est-il installé que déjà, des récriminations commencent à fuser de toutes parts, à son encontre dans la gestion de son entreprise jusqu’à l’évocation de ses mœurs dissolues et d’autres paillardises qui ont cours à Camtel, selon de nombreux chuchotements au sein de l’enttreprise. Certains ne semblent pas décidés à le laisser impunément à ses turpitudes et dénoncent. Dans la foulée, Godefroy Ondoua Ella, ingénieur principal hors échelle des travaux de télécommunications, ancien cadre de Camtel dénonçait «des investissements colossaux adossés sur un endettement démentiel contracté principalement auprès d’Eximbank of China». L’ancien collaborateur de Camtel avait déjà saisi le 10 novembre 2015 le Tribunal Criminel Spécial sur la «dilapidation délibérée de la fortune publique» pour fustiger la gestion de David Dieudonné Nkoto Emane. Les dénonciations de cet ancien de la maison ont-ils permis d’ouvrir une enquête par la juridiction d’exception (Tcs), ou à tout le moins, permis d’ouvrir grands les yeux sur la gestion du directeur général de Camtel également soupçonné de mauvaise gestion de l’opération des titres de cession de Camtel ? Le Dg avait déjà, il y a quelques récentes années fait face à un mouvement d’humeur de ses employés qui réclamaient le reversement de leurs cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), et le paiement de divers frais liés aux avantages tels les frais de congés. Alors que se tenait en 2016 la 71 ème Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (Onu), il s’était rendu aux Etats-Unis pour disait-on, rencontrer Paul Biya. Le Dg entendait entretenir le chef de l’Etat sur l’état de santé de l’entreprise dont il lui avait si gentiment confié les rênes et qui se portait bien mal. Il disait devoir ses ennuis aux difficultés qu’il éprouve à recouvrer ses créances dues auprès des sociétés publiques et privées au non- paiement des factures de fournitures d’accès internet et de téléphone filaire. D’aucuns avaient alors entrevu dans cette entreprise bravache non dénuée d’audace de David Dieudonné Nkoto Emane auprès de Paul Biya, un subterfuge pour se soustraire à l’embarras dans lequel il s’est empêtré à la faveur de sa gestion controversée de Camtel. Ses efforts dans ce sens auraient intéressé les institutions de lutte contre la distraction des fonds publics (Anif, Conac) et l’ont déjà mis en face des justiciers du Tcs de Yaoundé. Ceci n’est pas non plus, comme le retrait de ses passeports, un fait nouveau. Même si la restitution (provisoire) d’un de ses trois passeports est perçue comme un triomphe dans son entourage. Il demeure qu’à son retour à Yaoundé, le cours des évènements peut prendre une autre tournure défavorable à l’encontre du Dg de Camtel, si l’on en croit un avis d’une source proche du dossier au coeur de la Chancellerie judiciaire. Que faut-il penser de certaines autres indiscrétions issues des milieux diplomatiques à Yaoundé, qui faisaient état des fréquentations de David Dieudonné Nkoto Emane au sein de certains milieux étrangers occidentaux ? Il y a peu, on le présentait comme étant un potentiel choix des américains dans le cadre de l’alternance à la tête de l’Etat. Que peut donc lui conférer un tel statut de privilégié auprès des américains si cela était avéré ?

Déceptions
On argue dans certains milieux d’affaires de l’exigence des bailleurs de fonds de la Banque mondiale à privatiser l’opérateur historique des télécommunications au Cameroun, dont les missions sont chevillées à l’étude, l’installation, l’exploitation et l’entretien de tout le système nécessaire à la fourniture des services de télécommunications sur l’ensemble du territoire national, ainsi qu’à la connexion des réseaux locaux ou nationaux aux réseaux étrangers. Elle a également pour mission la réalisation des opérations commerciales, industrielles, mobilières et financières se rattachant directement ou indirectement aux services cités plus haut ou de nature à favoriser leur développement. Cet aspect lié à la privatisation d’un des plus gros employeurs de l’Etat avec plus de 3.800 personnels, coince à cause des réticences observées au niveau du gouvernement qui n’entend pas céder les télécoms, patrimoine et instrument national de souveraineté. Le scénario probable envisagé est celui de la mise à l’écart des affaires de David Dieudonné Nkoto Emane, et éventuellement après coup sa mise aux arrêts. Il se dit qu’un plan de restructuration sera proposé aux bailleurs de fonds par le gouvernement en vue d’éviter sa privatisation. Et si au lieu des bailleurs de fond prétendument évoqués il s’agissait de certains nationaux eux-mêmes alléchés par la cession au franc symbolique de cet instrument de développement de l’infrastructure et de l’offre des services des télécommunications nationales ? En dépit semble-t-il d’un débit internet de grande qualité grâce au déploiement de la fibre optique qui est prisé, le téléphone fixe filaire quant à lui intéresse peu de monde, soit à peine un million d’abonnés sur une population estimée à plus de 20 millions d’habitants. «Services et offres de piètre qualité, effectif pléthoriques, recrutements népotiques et fantaisistes pour rendement insuffisant», ce sont également là autant de griefs à l’actif de la gestion du Dg de Camtel aujourd’hui sous contrôle judiciaire.

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David Bebey Moukoury
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