Cameroun – Jean Marc Bikoko, syndicaliste: Le chef de l’Etat n’est pas à l’écoute de son peuple

Scene d'emeute

Le 31 décembre 2014, le président Paul Biya, à l’instar de tous les chefs d’Etat à travers le monde, s’est adressé aux Camerounais.[pagebreak] Trois principaux aspects de son allocution ont particulièrement retenu notre attention,  il s’agit de la menace Boko Haram, de la loi sur le terrorisme et de la croissance de l’économie qui, de l’aveu même du chef de l’Etat, « est un préalable à l’amélioration des conditions de vie de nos populations ».
Parlant de la menace Boko Haram, un vibrant hommage a été rendu aux forces armées, ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. Seulement, cette allusion exclusive une fois de plus élogieuse aux forces armées est un hommage de trop. Depuis des années, une importance exagérée est accordée aux hommes en tenue comme si le rôle des autres acteurs sociaux était marginal. Non seulement leurs revenus salariaux sont plus élevés que ceux des cadres des autres corps de métiers, mais aussi et surtout ils sont l’objet de toutes les attentions et bénéficient des avantages exorbitants. Il s’agit-là d’une discrimination assez choquante car, tout se passe comme si seuls les soldats travaillent pour la Cameroun, et pourtant! Pendant que les soldats assurent la sécurité du pays, les enseignants s’emploient à éduquer nos enfants, le personnel médico-sanitaire s’occupe de la santé des Camerounais, les paysans et commerçants veillent à l’approvisionnement des marchés en denrées de première nécessité, etc. Nous en profitons pour rappeler que tous les citoyens, chacun à son poste de travail et dans son corps de métier, apporte sa modeste contribution à l’œuvre de construction nationale. Il faut donc que cesse cette préférence plusieurs fois affichée que l’on accorde aux hommes en tenue et qui laisse croire qu’il s’agit là des métiers au-dessus des autres.
S’agissant de la loi sur le terrorisme, des éléments du discours du président Paul Biya sont injurieux à l’égard des citoyens qui se sont insurgés contre des articles de la loi sur la répression du terrorisme. En les traitant d’ »esprits mal intentionnés », il conforte l’opinion publique dans l’idée selon laquelle, il n’est pas à l’écoute de son peuple. La plupart des critiques à l’exemple des syndicalistes que nous sommes sont bel et bien fondées. En promulguant cette loi sans tenir compte des observations et autres réserves émises par les uns et les autres, le chef de l’Etat a décrété la mort des syndicats dont les modes d’action portent essentiellement sur la revendication à travers différents types de manifestations publiques à savoir les grèves, les marches, les sit-in, etc.
Une loi de répression contre les actes terroristes a sa raison d’être, mais il ne faudrait pas que les gouvernants en profitent pour mettre entre parenthèse les libertés publiques  reconnues par la loi aux citoyens. Telle que formulée dans son article 2, cette loi annule systématiquement la liberté d’expression dont le pendant le plus redoutable est la liberté de manifestation publique.
Enfin, à notre avis, le plan d’urgence, qui est une autre porte ouverte pour l’endettement, devrait plutôt porter sur la création des emplois réels et durables, ainsi que sur la revalorisation du pouvoir d’achat et donc des revenus des Camerounais. Se satisfaire de 283 443 emplois nouveaux créés sur une demande estimée à plus de 3 000 000 de jeunes désœuvrés est décevant et déplorable.

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