Cameroun – Inertie: Les fossiles de l’ère Biya

Malgré des résultats mitigés, une vingtaine de ministres cumulent déjà plus de 10 ans au gouvernement.
Une quinzaine de ministres va célébrer dans quelques semaines leur vingtième année sans interruption au gouvernement. 237online.com Beaucoup occupent le même poste depuis leur entrée. Sont-ils bénis de Dieu ou alors souffrent-t-ils de leurs choix de servir le Renouveau ? Ils sont pour l’instant seuls à pouvoir répondre. Sauf qu’il demeure loisible d’imaginer que plus d’un ministre éprouve un sentiment de lassitude, outrés par des décennies passées au même poste, voyant défiler différents ministres moins âgés ou qualifiés qu’eux. Au moment où d’autres savourent avec panache les délices du pouvoir, découlant d’une confiance sans interruption du faiseur de rois. Le vice-Premier ministre chargé des Relations avec les assemblées, Amadou Ali est l’un des caciques du gouvernement pour y avoir occupé des postes hautement stratégiques. Son premier poste ministériel, remonte en 1996, nommé secrétaire général de la présidence de la République avec rang et prérogatives de ministre, cumulativement avec ses fonctions de Secrétaire d’État à la Défense. Le diplômé de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) de Yaoundé compte aujourd’hui 20 années passées sans interruption à la tête de différents départements ministériels. Tout comme l’actuel patron de la Justice, le ministre d’Etat Laurent Esso, arrivé pour la première fois à ce poste en 1996. La suite de son parcours se décline entre autres en un passage comme ministre de la Santé publique en 2000, ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense en 2001, et ministre des Relations extérieures. Il est renvoyé à la Justice en décembre 2011. Au ministère des Relations extérieurs (Minrex) justement, deux hauts commis de l’Etat sont considérés comme les bibliothèques vivantes de l’institution. Adoum Gargoum et Dion Ngute, tous deux âgés de 62 ans, ont été nommés par un même décret du 7 décembre 1997 qui faisait d’eux des ministres délégués auprès du ministère des Relations extérieures. Le premier étant chargé des relations avec le monde islamique, et le second avec le Commonwealth. Le même acte du chef de l’Etat Paul Biya, survenu au lendemain de l’élection présidentielle nommait également Nana Aboubakar Djalloh, ministre délégué auprès du ministre de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable (Minepded). Le ministre Bello Bouba Maïgari, ancien secrétaire général au ministère des Forces armées de 1972 à 1975, secrétaire général adjoint de la présidence, jusqu’en Janvier 1982, puis Premier ministre en 1983, en avait lui aussi été bénéficiaire de ce décret. Puisque le chef de l’Etat a fait de lui son ministre d’État pour le Développement industriel et commercial. Puis en 2004, Paul Biya a promu le natif de Baschéo, dans la région du Nord du Cameroun, aux fonctions de ministre d’État des Postes et télécommunications. Aujourd’hui c’est à la tête du Tourisme et des loisirs, qu’il a été envoyé. Ainsi, depuis sa rentrée au gouvernement, il n’en n’est plus ressorti à l’instar de Grégoire Owona, parti des fonctions de ministre délégué à la présidence de la République chargé de mission avec les assemblées (1997-2011), pour prendre les commandes du ministère du Travail et de la sécurité sociale.

Jeu de chaises musicales
Le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Zacharie Perevet s’apprête lui aussi à souffler sur sa vingtième bougie de ministre non-stop. Après une riche carrière rehaussée par des postes de secrétaire d’Etat au Plan et à l’aménagement du territoire, aux Transports, puis de ministre de l’Agriculture (1997-2002), le natif de Gouzda dans le département du Mayo-Tsanaga, vers les années 1957, est promu à la tête du département de la Recherche scientifique et technique (2002-2004 ). Depuis le 8 décembre 2004, il trône à la tête du ministère de l’Emploi et de la formation professionnelle. Cela fait donc douze années déjà. Bien moins que le temps passé par Jacques Mfame Ndongo au gouvernement sans arrêt. Son parcours débute comme chargé de mission au cabinet civil de la présidence entre 1984 et 1998. De mars 2000 à décembre 2004, ce journaliste est ministre de la Communication. 237online.com Le remaniement post élection présidentielle de 2004, qui a également vu la nomination d’Hamadou Moustapha, au poste de ministre chargé de mission à la présidence de la République, fait de Jacques Mfame Ndongo, le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, poste qu’il occupe jusqu’à ce jour. Deux ans de plus cependant qu’Hélé Pierre, de l’Environnement, de la protection de la nature et du développement durable, que Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre du Commerce, que Laurent Serge Etoundi Ngoa, des Petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, que Yaouba Abdoulaye, délégué auprès du ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire, chargé de la Planification, ou même que Victor Nkongho Mengot, ministre Chargé de mission à la présidence de la République. Car, tous ont été nommés le 22 septembre 2006, et donc célèbrent leur 10ème année passée dans le gouvernement Biya, caractérisée par la conservation et la rotation des mêmes acteurs.

Christian Djimadeu

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