La concertation avec les partenaires sociaux du secteur des transports a été l’occasion pour le ministre Robert Nkili de prêcher la paix. Une sortie qualifiée de dilatoire par certains syndicalistes.[pagebreak]De quoi a peur Robert Nkili ? C’est la question que se posaient certains participants à la réunion de concertation de mercredi 9 juillet 2014 à Douala. A la salle des banquets des services du gouverneur de la région du Littoral, un grand nombre de syndicalistes du secteur des transports, de consommateurs, d’acteurs de la société civile, d’hommes de média sont vénus écouter ce qu’avait bien à leur dire le ministre des Transports, assisté entre autres par le gouverneur Joseph Beti Assomo. Après une réunion entre les partenaires sociaux du secteur des transports à Yaoundé le 3 juillet 2014 sur la hausse des prix du carburant à la pompe et du gaz domestique, Robert Nkili est venu à Douala, non pas pour «négocier, mais pour recueillir vos (des syndicalistes, ndlr) préoccupations et les transmettre à qui de droit.»
D’entrée de jeu, le ministre revisite, comme si besoin en était encore, l’ordonnance et le décret du chef de l’Etat relatifs au réajustement des tarifs des hydrocarbures. «Le secteur privé n’a pas été oublié. Le chef de l’Etat a demandé que les négociations soient ouvertes entre les patronats, les syndicats et le ministre de tutelle pour la révision du Smig (salaire minimum interprofessionnel garanti, ndlr)», argue Nkili. «Du déjà entendu», chuchote-t-on dans l’assistance. Attendu sur des propositions concrètes, le ministre se lance dans le prêche. «Pour que les mesures d’accompagnement aient l’effet escompté, il faut qu’on comprenne que cette décision était la seule voie…Le chef de l’Etat vous félicite pour votre sens de la responsabilité», souligne-t-il. Et d’avouer, «ailleurs, on aurait assisté aux évènements comme ceux de 2008. Il ne faut pas vous laisser entraîner dans ces dérives. Cette mesure est salutaire.» Le ministre des Transports veut convaincre son auditoire de ce que «le Cameroun doit demeurer un havre de paix. On nous envie pour cette paix. Si la paix cesse à Douala, capitale économique, il n’y aura plus d’affaires. Tenez bon !
Accueillez ces mesures avec beaucoup de calme.» Le membre du gouvernement ne manquera pas d’aborder l’épineux problème des transports clandestins. De quoi susciter des applaudissements dans la salle. «Il est en train de fuir le vrai débat, et les syndicalistes tombent dans le panneau», remarquent certains observateurs. Mais tous les syndicalistes ne se sont pas fait prendre. Qui ici ignore que les « clando » appartiennent aux hommes en tenue et autres parents de fonctionnaires ?
Suppression de la taxe sur la publicité
Président du syndicat des enseignants du privé, Joseph Longo Massango a vite fait de répondre au ministre que «vous maîtrisez le français, vous savez jouer avec…mais il faut savoir que l’ordonnance du 30 juin sur l’augmentation des prix du carburant est nulle aux yeux de la loi, puisqu’elle est signée du Secrétaire général des services du premier ministre». Porte parole du Regroupement des syndicats des transports urbains et interurbains, Robert Wandji ne mâche pas ses mots. «Vous avez violé votre principe du dialogue social en nous mettant devant le fait accompli. Vous avez augmenté les prix sans aucune concertation avec les acteurs du secteur. Si les mesures d’accompagnement que vous citez ne sont pas effectives, le ventre va s’exprimer.» Même ton acerbe du côté du Synjetuicam. Son président, Appollo Diame indique : «les prix des taxes n’ont pas changé. L’impôt libératoire est toujours à 12.000 Fcfa (au lieu de 10.000 Fcfa). Si c’est toujours le cas demain (jeudi), on viendra s’asseoir devant les services du gouverneur.» Apollo Diame réclame également la baisse de la patente pour les transports inter urbains de 50%, la suppression de la taxe sur la publicité, la suppression de la vignette, la réduction du litre du super (de 650 Fcfa à 610 Fcfa), et du gasoil (de 600 à 565 Fcfa). D’autres syndicalistes ont plutôt exigé l’annulation de la mesure gouvernementale. De quoi faire sourire Robert Nkili. Qui ne s’attendait peut-être pas à de telles revendications. Alors monsieur le ministre, mission réussie ? Si oui parce que jusqu’ici, les Camerounais n’ont pas manifesté leur désarroi dans la rue.
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