Cameroun: Grand Dialogue National à haut risque !

L’approche du Président Paul Biya, bien que salutaire, reste insuffisante pour enrayer la spirale de violence qui gagne les différentes régions du Cameroun.

Elle n’inclut qu’un nombre limité d’acteurs, laissant de côté tous les sécessionnistes qui ont une partition très importante à jouer dans la stabilisation des foyers de crise. Dans la stratégie du gouvernement, il est hors de question que les indépendantistes se trouvent autour de la table, vu que la forme de l’Etat est non-négociable. Et, ce n’est pas parce que la communauté internationale fait pression pour un dialogue inclusif que le président camerounais va céder en libérant au préalable les leaders indépendantistes aujourd’hui interpellés et embastillés.

D’ailleurs, toutes les initiatives qui auraient pu poser les jalons d’un véritable dialogue, comme la All anglophone Conference initiée par le cardinal Christian Tumi, ont été étouffées dans l’œuf par le gouvernement. Mais que vaut un dialogue sans les initiateurs de cette crise et sans le Président Paul Biya lui-même ? Paul Biya sait très bien que dialoguer avec l’aile dure de la sécession est risqué. Accepter de s’asseoir avec ceux-là mêmes qui financent la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest signifie qu’il va devoir faire des concessions qui peuvent aboutir à son départ, ou le vider de ses pouvoirs absolus.

L’entourloupette de la tripartite où il avait plutôt mis en avant son premier ministre, cela risque de compliquer les choses. Or, le pouvoir de Paul Biya est basé sur sa sacralité, son invisibilité, sa distance, gage de sa déification. Devant des individus lambda qui ne manqueront sans doute pas de lui cracher en plein visage ses quatre vérités s’il menait lui-même les pourparlers, il perdra de son aura, il deviendra un homme. Pour un homme qui cumule plus de 50 ans de piédestal, il sortira de ces négociations profondément humilié et ébranlé.

Mais toujours est-il que le grand dialogue national annoncé va imposer entre autres des réformes profondes, qui passeront aussi par le code électoral, instrument largement querellé ces derniers temps par la quasi-totalité des partis politiques de l’opposition et la communauté internationale. Autrement dit, la fin de la crise passe forcément par la destruction du centralisme qui constitue le pouvoir jacobin de Yaoundé. En outre, durant les discussions, il faudra justifier la mort de plus de 2000 personnes, la destruction des villages… Bien sûr, les responsables répondront de leurs actes, excepté si et seulement les parties prenantes s’accordent pour le pardon et pour la construction de l’avenir du Cameroun.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *