Cameroun : GICAM dissous, Tawamba et Ayangma aux commandes du GECAM

Protais Ayangma Célestin Tawamba

C’est un véritable séisme qui secoue le monde patronal camerounais. Après des mois de manœuvres en coulisses, Célestin Tawamba et Protais Ayangma ont réussi leur pari : dissoudre le GICAM et prendre les rênes de la nouvelle entité, le GECAM. Mais cette victoire a un goût amer, tant le processus semble entaché d’irrégularités et de règlements de comptes.

Un nouveau patronat sur les cendres du GICAM

Le GECAM, c’est le nouveau nom du patronat camerounais. Né des cendres du GICAM, dissous dans des conditions plus que douteuses, il a élu avant-hier son tout premier Conseil d’administration. Sans surprise, c’est le duo Célestin Tawamba – Protais Ayangma qui s’est arrogé les postes clés, respectivement président et vice-président. Un couronnement pour ces deux hommes d’affaires qui ont tout fait pour torpiller le GICAM de l’intérieur, comme le révèle en exclusivité 237online.com.

Tawamba-Ayangma, l’alliance de la revanche

Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut remonter à 2008. À l’époque, Protais Ayangma, alors vice-président du GICAM, est persuadé que son heure de gloire a sonné lorsque le président André Siaka démissionne. Mais c’est un camouflet : les barons du GICAM lui préfèrent un illustre inconnu, Olivier Behle. Blessé, Ayangma claque la porte avec son allié Célestin Tawamba pour créer ECAM, leur propre mouvement patronal. Une alliance de circonstance qui cache mal une soif de revanche.

Le grand retour, ou l’art de la manœuvre

Mais l’appel du GICAM est plus fort. En 2016, Célestin Tawamba fait le grand saut et réintègre le mouvement, laissant Protais Ayangma seul à la tête d’ECAM. C’est le début d’une vaste opération de démolition interne, avec pour objectif de reprendre le contrôle du patronat. Tawamba manœuvre en coulisses, noue des alliances, et finit par obtenir la dissolution pure et simple du GICAM. Un tour de force qui lui ouvre la voie royale vers la présidence du GECAM, non sans repêcher au passage son « compagnon » Protais Ayangma.

Une victoire en trompe-l’œil ?

Tawamba et Ayangma ont donc réussi leur pari. Mais à quel prix ? Leur victoire a un goût amer, celui d’un processus vicié et d’une gouvernance bafouée. Car pour revenir aux affaires, les deux hommes n’ont pas hésité à piétiner les règles qu’ils avaient eux-mêmes défendues jadis. « C’est partir par la grande porte et revenir par la fenêtre », résume avec amertume un ancien du GICAM. Une situation qui laisse planer le doute sur la légitimité de ce nouveau patronat bâti sur les ruines de l’ancien.

Quel avenir pour le patronat camerounais ?

Au-delà des personnes, c’est l’avenir même du patronat camerounais qui est en jeu. Comment le GECAM peut-il prétendre défendre les intérêts des entreprises avec une telle hypothèque sur sa gouvernance ? Comment peut-il regagner la confiance des acteurs économiques après un tel coup de force ? Autant de questions qui restent en suspens et qui risquent de plomber durablement la crédibilité de la nouvelle entité.

Cette affaire est révélatrice des jeux de pouvoir et d’ego qui gangrènent trop souvent le monde économique camerounais. Elle montre à quel point les intérêts personnels peuvent primer sur l’intérêt général, au mépris des règles et de l’éthique. Un constat amer qui appelle à une profonde remise en question de nos pratiques et de nos valeurs.

Car au final, c’est tout le Cameroun qui perd dans cette bataille d’arrière-garde. Un patronat affaibli et divisé, c’est une économie privée de sa voix et de sa boussole. C’est un risque de déconnexion croissante entre le monde des affaires et les aspirations de la société. C’est un coup porté à notre développement et à notre rayonnement.

Alors, il est temps de dire stop. Stop aux manœuvres de couloir, stop aux règlements de comptes, stop à la politique du fait accompli. Le Cameroun a besoin d’un patronat fort, uni et respecté. Un patronat qui tire sa légitimité de la compétence et de l’engagement de ses membres, pas des jeux d’appareil. Un patronat qui soit à la hauteur des défis immenses qui attendent notre pays.

Par Stéphane Tchakam Ngamo pour 237online.com

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