Société

Cameroun – Électricité : La colère des populations de l’Est

Le déficit en offre énergétique provoque des mouvements d’humeur à répétition.

Depuis quelques années les mouvements d’humeurs se multiplient dans la région de l’Est avec pour principale revendication le manque d’électricité. L’énergie électrique est la chose la moins partagée dans la région de l’Est. L’électricité est perçu comme un luxe dans certaines localités où les populations riveraines ne connaissent pas la forme d’une ampoule électrique : « Le déficit en offre énergétique est le cancer qui ronge la région de l’Est tout entière, aucune localité n’est épargnée » laisse entendre Jean Fritz Madengue de la société civile. La sonnette d’alarme a été tirée déjà en 2007, avec les émeutes d’Abong-Mbang suite à une révolte des jeunes élèves qui réclamaient de l’électricité après plus de quatre années d’absence de l’électricité. Ce soulèvement qui s’était soldé par la mort d’un élève par balle dont la gâchette a été attribué au préfet du département du Haut Nyong de l’époque.

Après cet incident, les populations de la région de l’Est ont gardé le silence alors que la couverture en offre d’énergie électrique ne cessait de se dégrader, en réalité le calme de cette population n’était rien d’autre qu’un volcan qui dormait. Plusieurs préavis de grèves ont été étouffés par des autorités administratives qui ne cessaient d’attirer l’attention des responsables en charge de la production , la distribution et la commercialisation de l’énergie électrique sur un risque de soulèvement généralisé des populations : « J’ai déjà étouffé plusieurs préavis de grève à Batouri car les consommateurs réclament l’énergie électrique , j’ai peur que si rien n’est fait , ils ne seront plus convenables » martelait le 07 avril 2018 à Bertoua Aboubakar Iyawa, en son temps Préfet du département de la Kadey. Le zèle des coupures d’électricité à l’Est n’avait plus de limite au point où le 5 avril 2018 , le président de l’assemblée nationale le très honorable Cavayé Yégué Djibril en séjour à Bertoua à l’occasion de la 5ème édition de la caravane du réseau des parlementaires pour la promotion des jeunes dans les métiers agro pastoraux et l’entreprenariat a dormi dans l’obscurité à cause d’un délestage.

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En juillet 2018, Philémon Yang, alors Premier Ministre venu à Bertoua procéder au lancement du festival national des arts et de la culture a également été contraint de passer la nuit du 15 au 16 juillet 2018 dans le noir à cause d’une coupure de courant. L’affront ne pouvant plus durer, le volcan des révoltes des populations est entré en activité le mercredi 18 juillet 2018 par Bertoua alors que son Altesse Eminentissime le Prince et Grand Maître Fra’Giacomo Dalla Torre Del Tempio Di Sanguinetto, de l’ordre souverain militaire de Malte, est en visite au camp de réfugiés de Gado Badzéré, les populations sont descendues dans la rue sous le regard indifférent des forces de sécurité. Même les nombreux visiteurs qui se rendaient au village du Fenac ont été contraints à l’exercice de la marche à pieds. Les causes de cette situation est le ras de bol des populations qui ont tenu à exprimer leur colère suite à l’absence de lumière dans la cité capitale de la région de l’Est depuis plus de six mois. Depuis lors, l’épidémie ne cesse de se propager dans la région de l’Est, aucune localité n’est épargnée, et les grèves se multiplient.

Le 5 septembre 2018, Les populations de la ville de Dimako avaient observé un mouvement d’humeur exprimant ainsi leur raz le bol suite à une longue absence de courant électrique. Le 11 mars 2019 dernier les populations de la ville de Belabo qui longtemps sevrées d’énergie électrique ont pris la cité pétrolière de l’Est en otage. Ndélélé et Batouri dans le département de la Kadey ont également subi les secousses des mouvements des revendications d’électricité, idem pour la petite localité de Diang située à 40 km de Bertoua.

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Solution

Depuis plusieurs années, la région de l’Est ne connaît plus les prouesses de l’énergie électrique, de manière permanente. Mais d’après Enéo cette situation est à mettre à l’actif deux faits : primo, il y a l’incivisme des populations riveraines explique séraphin Ngongang le directeur régional de Enéo pour l’Est. Secundo, il n’y a pas de remontée d’informations auprès d’Enéo afin que des dispositions soient prises pour remédier à la situation : « nous avons un partenariat avec les chefs de villages pour qu’ils nous signalent toujours tout accident sur le réseau afin que nos équipes d’intervention puissent se déployer rapidement sur le terrain. Franchement on ne devait pas arriver à ce genre de scenario » regrettait Séraphin Ngongang le 5 septembre 2018. L’offre énergétique de la région de l’Est était de 7,1Mw et pour améliorer cet offre, Enéo avait renforcé la centrale de production de Bertoua avec sept nouveaux groupes et la mise en service de ces nouveaux groupes devait permettre d’augmenté cet offre à 12,4 MW ce qui devait atténuer au maximum les soulèvements des populations.

Sachant que plusieurs localités de la région de l’Est sont plongées dans l’obscurité depuis plusieurs années, cette région n’est pas encore sortie de l’auberge des mouvements d’humeur. Tous les espoirs sont rivés sur la construction de l’usine de pied du barrage hydroélectrique de Lom Pangar qui aura une capacité de production de 30 MW au pied du barrage et d’une ligne HT de 90 KV pouvant ainsi ravitailler plus de 150 localités de la région du soleil levant .

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