Politique

Cameroun – Élection des conseils régionaux: Paul BIYA va-t-il écouter Victor MUKETE ?

Le courroux du doyen d’âge du Sénat qui n’y voit aucune avancée est une donnée nouvelle pour le chef de l’État.

Le président de la République, Paul Biya, va-t-il promulguer la loi portant sur les conseillers régionaux adoptée par le parlement ? La question ne manque pas de sens, après le courroux du sénateur Nfon Victor Mukeke, le 5 avril dernier. Les sénateurs étaient réunis pour une séance de questions-réponses en présence des membres du gouvernement. L’occasion était donc donnée au doyen d’âge de la chambre haute de pousser son exaspération au regard de la situation sociopolitique qui prévaut dans notre pays.

Cette sortie inattendue survient dans un contexte où l’élection des conseillers régionaux est annoncée avec l’adoption du projet de loi. Cette initiative tant vantée par le pouvoir de Yaoundé comme un moyen de l’accélération du processus de décentralisation n’est pas du goût de Nfon Victor Mukete, membre du Rdpc, aux affaires depuis plus de cinq décennies. Balançant sa canne en guise de protestation et de mise en garde, le Nfon, sans sourciller, s’indigne face à la crise qui perdure dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Si le système a échoué, le doyen d’âge voit le fédéralisme comme la seule solution pour résoudre ces différends. Ce système permettra selon lui, d’impliquer les populations dans la gestion de leurs affaires au niveau local. Ce projet avait d’ailleurs été dénoncé par les partis de l’opposition. Avec 8685 conseillers régionaux sur un total de 10626, le Rdpc est parti pour tout rafler à l’élection des conseillers régionaux.

Dans un ton ferme et teinté de tristesse, Nfon Victor Mukete se veut plus clair : « Nous avons commis des erreurs qui ont detruit notre pays. Nous avons longtemps parlé de l’agriculture. Qu’avons-nous fait ? Où en eston avec la révolution verte ? Où est la société de production d’engrais tant annoncée ? ».

Cette sortie du sénateur, qui ne laisse pas indifférent le pouvoir est mal venue pour certains membres du Rdpc. Pour Jean Baptiste Atemengue, c’est une opinion un peu gênante qui n’est pas celle du Rdpc : « Cela ne contribue pas à poursuivre l’idéologie de l’intégration nationale. Il ne peut pas lui-même avoir construit quelque chose et remettre cela en cause aujourd’hui. C’est leur héritage que nous voulons défendre. Cela va fortement remettre en cause le processus de l’intégration nationale et l’unité de ce pays ». Et d’ajouter : « La loi va être promulguée. Les régions vont fonctionner et on va évaluer. Il faut d’abord l’expérimenter ».

Le courroux du Nfon Victor Mukete fera date. Le doyen d’âge nourrit le voeu de voir ces tensions s’estomper au regard des conséquences insoutenables. A plus de 100 ans, il n’a plus rien à craindre : « C’est en quelque sorte un baroud d’honneur d’un doyen qui est au soir de sa vie. Il n’a plus rien à perdre. Il exprime son exaspération de voir le problème s’enliser alors que très peu d’initiatives sont prises dans le sens de la résolution de cette crise anglophone », explique Amadou Sehou, analyste politique. Pour lui, c’est assez peu pour faire bouger les lignes car la loi sera promulguée. Ca mer b e « La création du ministère de la Décentralisation est une autre façon d’alourdir la machine au lieu de l’alléger. Je ne pense pas qu’il y ait une réelle volonté ni de décentraliser ni d’impulser une nouvelle dynamique dans la résolution des crises ».

Nfon Victor Mukete n’est pas qu’un Camerounais ordinaire. C’est l’un des derniers témoins de l’histoire de notre pays. C’est un acteur majeur de la réunification entre les francophones et une partie des anglophones sous l’administration britannique, en 1961. Fort de ce passé, il a invité ses paires à aller lire son ouvrage, Mon odyssée, pour mieux comprendre l’histoire. C’est en 1952 qu’il rentre au Cameroun après ses études à l’Université de Manchester, Angleterre, 1948-1951 et au Christ’s College, Université de Cambridge de 1951 à 1952. Chef suprême des Bafaw, dans le département de la Mémé, il aura fait de l’entreprise familiale, la Mukete Estates Ltd, l’un des poids lourds de l’agroindustrie au Cameroun. Il va diriger les plantations de la Mukete Estates Ltd, créée par son père en 1910 et dont il reste, jusqu’ici le Pdg.

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