Société

Cameroun – Douala : la chute du Centre médical de Bonamoussadi

Entre la directrice de cet hôpital et une grande partie de son personnel, la guerre est déclarée.

Ce qui se passe actuellement au centre médical d’arrondissement (Cma) de Bonamoussadi, mérite d’être porté à l’attention de nos lecteurs, tant on sait que le ministre de la santé, Manaouda Malachie, est bien décidé à nettoyer les écuries d’Augias. En effet, depuis des lustres, ce centre médical est en proie à de graves secousses dues à un management catastrophique qui a pour corollaire un climat délétère. La sonnette d’alarme avait déjà été tirée en novembre dernier, par un groupe de personnel qui, dans une correspondance, avait attiré l’attention du délégué régional de la santé pour le Littoral. Nous avons eu une copie de cette correspondance. Morceaux choisis : « Nous sommes quotidiennement victimes de nombreuses exactions dans notre milieu professionnel. Nous sommes aussi les témoins impuissants des frustrations que vivent les malades, à type d’arnaque, de rançonnement, de détournements, de brimades, de rallongement des délais d’attente ». « Disparités énormes dans les montants des quotes-parts. Elles sont payées sans logique méritoire, à la tête du personnel. Plus on est dans les bonnes grâces de la chef, mieux on est payé, moins on est apprécié de la chef, moins on est payé.

Après 8 mois de fonction et beaucoup de plaintes du personnel, elle a fini par mettre sur pied il y a deux mois une commission chargée de calculer et d’attribuer les montants des quotes-parts, mais en dernier ressort, c’est elle qui modifie et attribue les notes et les montants à sa guise, avec beaucoup de montants-sanctions ou sans logique. Certains médecins ont des quotes-parts systématiquement inférieures de 20 à 50% à celles des autres médecins, malgré une charge de travail égale ».

Alors qu’on aurait pensé qu’avec la nouvelle année, tout était rentré dans l’ordre, on se rend compte qu’on est loin du compte. Les médecins avec lesquels nous avons échangés, nous racontent sous cape que le Cma de Bonamoussadi est devenu ingérable. « On a l’impression que c’est une folle furieuse qu’on a mise à la tête de cet hôpital », s’irrite l’un d’eux. Car, les combats avec le personnel soignant s’accumulent. Ses collaborateurs se disent humiliés par la directrice, parfois en public ; le racket et le détournement des malades, l’existence d’un laboratoire privé avec lequel l’hôpital sous-traite les examens médicaux…

Les personnels titulaires du laboratoire de l’hôpital ont été mis à la touche, suspendus pour trois mois, nous a-t-on dit. Il est même possible que certains résultats d’examens soient faussés car, comme on nous l’explique « Au sein du laboratoire, nous avons des différents postes : biochimie, parasitologie, hématologie… Pour que les résultats d’un examen soient corrects, il faut que chacun soit à sa place. Or, actuellement au labo, on ne tient pas compte des compétences.

En mars dernier, de nouveaux appareils sont arrivés au laboratoire, il y a deux personnels qui ont été interdits de les toucher. Or, l’un d’eux est compétent pour les analyses biochimiques. On ne peut pas prendre quelqu’un qui ne connaît même pas les formules de base en mathématiques et l’installer à un poste où il va faire des calculs qu’il ne maîtrise pas. Il y a donc des patients qui font des examens, mais se retrouvent avec de mauvais résultats », témoigne sous anonymat un personnel important du Cmab. De plus, pour ceux qui sont considérés comme les ennemis de la directrice, le bâton n’est jamais loin. « On peut vous enlever du laboratoire et vous envoyer dans un secteur où vous n’avez rien à faire », souligne un préposé de l’hôpital.

Actuellement, au laboratoire, c’est le personnel d’appui qui est utilisé. Ils perçoivent le double des quoteparts que l’on verse au personnel titulaire du labo.

Pour sa part, le Dr. Bounang Marie-Claire, directrice du Cma de Bonamoussadi, se dit victime d’accusations gratuites. Elle explique que la haute hiérarchie a opéré une descente à l’hôpital et la conclusion qui a été tirée c’est que toutes ces accusations sont fausses. Dans notre enquête, on nous a confirmé qu’effectivement, le Minsanté a envoyé une équipe d’inspecteurs ici il y a deux à trois mois. Des enquêtes ont été menées. Mais, l’on nous dit aussi que le rapport n’aurait jamais atterri sur la table du ministre de la santé parce que l’équipe d’enquêteurs aurait été corrompue.

Rappelons que le Dr. Bounang avait déjà été dégagée une fois de cet hôpital, victime du comité de gouvernance. Cela fait environ quatre ans qu’elle y a effectué son retour.

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