Cameroun: Des institutions démocratiques qui fonctionnent

On constate au Cameroun une séparation des pouvoirs entre un exécutif qui gouverne, un législatif qui vote les lois et une justice qui dit le droit. La Cameroun est-il oui ou non une République ? La question se pose eu égard à de gros mots du genre « dictature » ou « monarchie » que certaines personnes voudraient accoler à notre pays, dans la campagne

sans nom déclenchée par une Ong censée lutter contre la faim en Afrique. Une République dans son essence et son organisation, n??a rien d??une monarchie. Dans ce dernier système, le pouvoir, mieux tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d??un seul homme. Pour le cas du Cameroun, on constate une séparation des pouvoirs entre un exécutif qui gouverne, un législatif qui vote les lois et une justice qui dit le droit. Les trois étant effectivement séparés et jouant chacun son rôle. Même lorsque ces institutions existent, dans une dictature, le législatif et le judiciaire sont inféodés à l??exécutif. Au Cameroun, il en va autrement. On pourrait évoquer des dispositions légales et des faits récents observés dans la vie politique nationale pour démonter que nos institutions fonctionnent dans le standard d??une république. Avec des pouvoirs séparés s??exerçant dans les canons imaginés par le Français Montesquieu ou l??Américain John Looke, deux grands théoriciens de l??organisation républicaine. Prenons le cas de l??Assemblée nationale qui au Cameroun constitue elle seule le pouvoir législatif, en attendant l??entrée en scène du sénat. Les députés qui la composent dans leurs circonscriptions électorales respectives, sont élus de la même manière que le président de la République, au suffrage universel. A ce titre, ils détiennent comme lui un mandat du peuple. L??article 34 de la Constitution donne d??ailleurs la possibilité à l??Assemblée nationale de remettre en question la responsabilité du gouvernement par une motion de censure. Equilibre Dans les faits, les habitués des couloirs et de l??hémicycle du palais de Ngoa-Ekelle savent que le passage d??un ministre devant la chambre entière, ou devant une commission de l??Assemblée nationale, n??a jamais été une balade de santé. Les députés contrôlent effectivement l??action du gouvernement à travers les mécanismes prévus par la Constitution. Le budget de certains ministères a été à certains moments recalé lorsque les députés se sont montrés regardants sur les prévisions de dépenses ou lorsqu??ils n??ont pas été satisfaits dans les questions qu??ils posent quant à l??utilisation des ressources précédemment allouées. Généralement, les textes proposés par le gouvernement ne sont votés qu??au terme de moult amendements. Le dernier épisode en date dans la manifestation de l??équilibre entre le gouvernement et l??Assemblée nationale remonte à deux semaines, au moment où les membres du bureau ont demandé à voir plus clair dans les dossiers, alors que le gouvernement leur demandait de lever l??immunité de quelque député. Il n??en va pas autrement s??agissant de l??autorité judiciaire. L??organisation judiciaire comme dans toute démocratie fait le distinguo entre la magistrature debout, c??est-à-dire le parquet qui dépend de la chancellerie et la magistrature assise qui dit le droit en son âme et conscience. Les cas de procès perdus par l??Etat contre des particuliers s??évacuent à la pelle. Bien plus, la justice a eu maintes fois à afficher son indépendance dans l??arbitrage du contentieux électoral. L??on a souvent vu ainsi le Rdpc, parti au pouvoir et le ministère de l??Administration territoriale et de la Décentralisation, perdre des procès déterminants contre des partis d??opposition. La république ou encore la démocratie, c??est la liberté de presse ou même la liberté syndicale et le poids de la société civile. Au Cameroun chacun peut en juger, pour constater de bonne foi, que sur ce plan notre pays n??a peut-être pas de leçon à recevoir. Le pouvoir au Cameroun est en fait détenu par un homme légaliste, Paul Biya et qui s??est engagé à laisser l??image de l??homme qui aura apporté la démocratie au Cameroun. Mais « y a-t-il démocratie sans démocrates » ? Question que posait souvent le professeur Georges Ngango. Si par souci de carrière ou pour obtenir des avantages d??un ministre, un magistrat ou un député renonçait à sa liberté comme Esau à son droit d??aînesse devant un plat de haricot, on n??en voudra certainement pas au pouvoir exécutif.
MONDA BAKOA, Cameroon Tribune

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