Cameroun – Déploiement du Rdpc: Questions sur le financement de ces opérations

Liasse d'argent CFA

Pour faire face à l’absence d’une trésorerie constituée et tenue, le parti au pouvoir engage membres du gouvernement, directeurs généraux, responsables de la haute administration et opérateurs économiques à la mobilisation des fonds. Cette démarche implique aussi l’utilisation à des fins politiques des moyens d’Etat.
Les opérations de renouvellement des organes de base du parti créé par le président de la République, Paul Biya depuis le 24 mars 1985 au congrès de Bamenda, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais, entrent dans la troisième semaine. Si l’on a pu noter dans bien des cas de véritables empoignades lors des séances de travail visant la constitution des listes, l’on observe également que beaucoup d’argent circule. Nombre de prétendants sont à la manœuvre. Sans nécessairement un budget, opérateurs économiques pour certains, membres du Comité central et hauts commis de l’Etat pour d’autres, ils utilisent des voitures de fonction et administratives, pour ce faire. Déjà en campagne électorale, ils n’hésitent pas de faire appel à leur dotation de carburant dont les bons sont gracieusement remis aux militants du parti.
Jusque là, les choses semblent sans véritable gravité. Dès la préparation de l’actuel renouvellement des organes de base du Rdpc, différentes décisions ont été prises par sa direction pour définir les équipes aussi bien au niveau central à Yaoundé que déconcentré. Il a ainsi été désigné à la fois des délégations avec à leur tête, des camarades généralement membres du gouvernement et assimilés. Mais aussi des directeurs généraux des entreprises à capitaux publics. Eux-mêmes impliqués plus ou moins dans les opérations, puisqu’ils soutiennent et suscitent des candidatures dans leur contrée d’origine. Comme par le passé, cette fois encore, ils financent à coup de dizaines de millions tout le processus.
Lors de la campagne de 2007, un ancien directeur général d’une entreprise publique, confessait avoir investi plus de 200 millions pour faire et élire un de ses suppos. Aujourd’hui en détention à la prison centrale de Yaoundé, il reconnait que toute désignation à «la supervision à une activité du Rdpc, signifie automatiquement, une contribution financière digne de son rang». Les responsables et membres des sous-commissions locales, départementales et régionales, ont la charge de financer tout le processus. «Il arrive souvent que le ministre ou le directeur général désigné pour superviser les opérations dépose quatre à cinq millions sur la table au cours d’une levée de fonds. Tous les autres doivent suivre. Le salaire d’un ministre est à peine d’un million de Fcfa. S’il pose cinq millions, il les prend quelque part. Il ne peut ne pas pour la réussite de sa mission mettre à disposition tous ses véhicules de fonction. C’est comme cela que marche la fameuse instruction de l’autofinancement évaluation», explique un autre cadre du parti détenu lui aussi dans le cadre de l’opération épervier.
De son côté, la commission centrale d’organisation met en place une sous-commission de l’intendance et de la logistique qui d’ordinaire, a pour président le trésorier général du parti, Gilbert Tsimi Evouna. Parmi les vice-présidents, on a Ousmanou Mohaman Abbo, Jean Bernard Ndongo Essomba, Victor Fotso, Louis Yinda, James Onobiono, Mohamadou Fadil Bayero, Garba Bobore, Joseph Kadji Defosso, Henry Njalla Quan, Ibrahim Talba Malla. Par le passé, Zaccheus Forjindam et bien d’autres en prison aujourd’hui en étaient. Ces personnalités, désignées pour les besoins de la cause, sont en réalité, les porte-monnaie du parti. Au terme de la mobilisation financière à l’occasion, un reliquat pourra entrer dans les caisses du Rdpc et aider à constituer minimalement une trésorerie.
Les membres de cette sous-commission sont aussi opérateurs économiques bien connus, de hauts cadres d’administration, élus du peuple ou simplement des membres du gouvernement. Et ils ont pour noms, Emile Engamba Engamba, Pascal Monkam, Claude Juimo Monthe, Louis Paul Motaze, Gabriel Dima, Laurent Nkodo, Pierre Titi, Ignatus Sama Njuma, Jean Simon Ongola, Paul Eric Djoumgoue, David Nkoto Emane, André Mbopda, Djimeli, Bernard Fokou, René Mbayen, Camille Ekindi, Emmanuel Etoundi Oyono, Basile Atangana Kouna, Perrial Jean Nyodog, Augustin Tamba, Jérôme Ondobo Mono, Martin Mvondo, Marthe Chantal Mbajon, Raymond Epassy Doumbe, Thérèse Atangana Eloumba. Il ya quelques années, Roger Ntongo Onguene (prison), Jean-Marie Assene Nkou (exilé), Antoine Manga Massina (décédé), Emmanuel Mbia Enguene (prison), Mohamed Iya (prison), Paul Ngamo Hamani (prison), Christophe Sielinou (décédé), Charles Metouck (prison), en faisaient partie.
La composition de cette sous commission varie en fonction des mutations des uns et des autres aux différents postes de responsabilité. Comme on a pu le constater précédemment, selon qu’on est ou non sorti du jeu, le nom peut aussi disparaitre. Cette sous commission est chargée du financement des campagnes, festivités et autres activités du Rdpc. Ainsi qu’elle fit l’objet d’un texte spécial en 1997. A l’occasion de la campagne électorale présidentielle lors du scrutin présidentiel d’octobre 1997. A l’occasion, le secrétaire général du Comité central du parti au pouvoir signa une circulaire au nom du président national pour la mobilisation des ressources de campagne par nombre de membres cités plus haut. Mais aussi certains aujourd’hui, sortis du gouvernement ou déchus de leur poste de directeur général. Il s’agit notamment d’Antoine Louis Ntsimi alors vice-président à l’Assemblée nationale, Edouard Akame Mfoumou ministre de l’Economie et des Finances à l’époque entre autres.
A l’occasion également, Mounchipou Seïdou qui allait entrer au gouvernement au terme dudit scrutin, fut chargé de fournir les tee-shirts de campagne pour le compte de l’association politique dirigée par le président Paul Biya. A l’occasion de son procès, Ondo Ndong qui fut un temps membre, n’aura pas non plus été avare en déclarations. De l’argent dont la provenance, même pour les opérateurs économiques, va chercher dans les caisses de l’Etat dans un contexte où l’enrichissement illicite semble être la chose la mieux partagée. En février 2008, le parti prévoyait de boucler un budget de plus d’un milliard, pour financer un séminaire de cette formation politique. Pour la circonstance, la sous-commission de l’intendance et de la logistique, pas totalement détachée du comité général d’organisation avait été passablement modifiée. Elle se constituait de membres du gouvernement dont Jacques Fame Ndongo, Haman Adama, Madeleine Tchuinte, Joseph Dion Ngute, Badel Ndanga Ndinga. Des directeurs généraux parmi lesquels, Ibrahim Talba Malla, Yaou Aïssatou ou le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy), Gilbert Tsimi Evouna.

Partis politiques: Le mode de financement encadré par la loi
Avec environ 240 formation politiques, le Cameroun prévoit leur financement légal suivant des critères définis. Depuis décembre 2000, des dispositions légales encadrent le financement des partis politiques par l’Etat camerounais. Le partage se fait selon le poids de chacun au parlement (Assemblée nationale et Sénat). Mais aussi selon le score d’au moins 5% des suffrages exprimés dans au moins une circonscription à l’occasion des élections. La loi portant Code électoral est venue enfoncer le clou. La cagnotte de chaque parti politique est désormais fonction de son niveau de participation aux élections municipales, législatives, présidentielles et sénatoriales.
Pour autant, à écouter des observateurs, les partis politiques ne sont pas au bout de leurs peines. Leur financement reste assez flou. La gestion du financement légal ayant souvent été source de divisions. On se souvient que, par le passé, on a intenté des procès à l’administration. Selon les cas, elle est accusée d’entretenir des lenteurs dans le déblocage des fonds ou de privilégier quelques partis. Nombre de Camerounais savent cependant que ce financement public est toujours mis à la disposition des partis. Il représente 1,5 milliard de Fcfa par an. Dans un article de Cameroon tribune consacré à la question en 2013, le quotidien gouvernemental montrait que «le Rdpc, si souvent envié par ses concurrents politiques du fait d’une apparente aisance financière, éprouve les mêmes difficultés à financer ses activités que les autres partis. Le Sdf, l’Udc, l’Undp, le Mp rencontrent donc au quotidien des difficultés pour exister sur la scène politique». Du côté de l’Udc, par exemple, on parle d’un budget annuel de 200 millions. Mais au sein de ce parti politique, on reconnaît aussi que l’exécution du budget de fonctionnement n’a jamais atteint la barre des 50%. «Comme les autres formations politiques, on s’accroche à la manne qui vient de l’Etat».
Il reste la possibilité pour les formations politiques de procéder à des levées de fonds pour financer leurs activités. Des universitaires soutiennent à ce propos que le financement des partis politiques participe du prix à payer par l’Etat pour protéger une nécessaire «sécurité démocratique». Il est interdit aux partis politiques de solliciter des financements occultes encore moins ceux des puissances étrangères. Le Cameroun subventionne, par conséquent, chaque année le fonctionnement des partis politiques légalisés. Il reste que l’utilisation desdits fonds suscite des questionnements.
Surtout que la loi de 2000 fixe les règles de contrôle de l’utilisation de ces ressources qui sont des deniers publics. A l’observation, le financement des partis politiques est encore laborieux pour nombre de leaders politiques. Les petits partis ont, par exemple, des difficultés à soutenir les activités de leurs militants avant et pendant le scrutin. Ceux qualifiés de grands se permettent le coup de pouce d’une élite généreuse qui généralement supporte les charges liées au déplacement des militants, à la nutrition voire l’hébergement.

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