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Cameroun – Crise anglophone : Un mercredi d’incendies à Bamenda

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Une association des droits de l’homme contredit le rapport des faits rendu public par le ministère de la Défense et accuse les militaires de crimes de guerre.

Que s’est-il à Mbengwi road, le mercredi 8 décembre 2021 ? A mesure que le temps passe, les versions s’accumulent. Et se contredisent. Jeudi, 9 décembre, des images d’incendies d’une rare intensité sont apparues sur la toile, faisant dire que « Mbengwi brûle ». De toute évidence, l’incident ou plutôt les incidents se déroulaient dans la ville de Bamenda, sur la route qui mène dans la localité voisine de Mbengwi, chef-lieu du département de la Momo. De sources bien informées, une patrouille de l’armée sans doute de retour de la sécurisation de Mbengwi où Mgr Andrew Nkea, Archevêque de Bamenda, inaugurait un sanctuaire ce jour, a été stoppée dans la localité de Nitop, par la détonation d’un engin explosif improvisé sur la route. La riposte violente va orchestrer un gigantesque incendie et des morts dont le nombre reste indéterminé, attribuées à l’armée. Dans un communiqué rendu public deux jours plus tard, le 10 décembre 2021, le capitaine de vaissea, Cyrille Serge Atonfack Guemo, chef de division au ministère de la Défense, parle de « grotesques affabulations imputées aux forces de défense ». Il ne dit rien d’un élément du Bir, le nommé Patrice Teunkwa, dont la mort supputée serait le déclencheur de tous les événements.

Le communicateur de l’armée indique qu’un convoi du 3ème Bir a fait face à une attaque terroriste à Nitop, Bamenda II, vers 15h, le 8 décembre. Qu’après un affrontement violent, les assaillants se sont retirés ; un véhicule militaire a été endommagé et quatre combattants séparatistes neutralisés. Des responsables militaires locaux ont déployé des secours pour sécuriser la zone, tandis que des rumeurs sur l’incendie de maisons civiles ont été balancées sur les réseaux sociaux par la propagande séparatiste. « Il convient de préciser qu’au cours de la fusillade, la maison dans laquelle s’était retranchée les terroristes s’est avérée être un véritable dépôt de composants nécessaires à la fabrication d’engins explosifs improvisés. Au cours des échanges de tirs, ledit local bourré d’explosifs va s’embraser, provoquant une onde de choc sur quelques maisons voisines », explique le Capitaine de vaisseau Atonfack Guemo. En dehors du camion militaire endommagé, le 3ème Bir a neutralisé quatre terroristes et récupéré plusieurs composants servant à la fabrication d’explosifs.

Enquête

« Nos conclusions confirment que dans la soirée et la nuit du 8 décembre 2021, des unités de l’armée camerounaise, y compris le 3ème Bir et les forces associées, ont procédé à des incendies à grande échelle et à des exécutions extrajudiciaires de civils le long de la route Mbengwi à Bamenda », contredit le Centre for Human Rights and Democracy in Africa (Chrda) que dirige l’avocat Felix Agbor Bala Nkongho, qui remet en cause l’ampleur des incendies et la distance entre les structures brûlées. En effet, s’appuyant sur la géolocalisation et des preuves vidéo et photographiques, il affirme que « les incendies se sont produits sur une période de temps plus longue qu’elles ne l’auraient été à partir d’une seule explosion et d’une seule onde de choc ». Les récits des témoins oculaires, collectés par l’Ong, font plutôt état des militaires en action, utilisant de l’essence saisie chez les contrebandiers de cette rue, pour mettre le feu à certaines maisons. « La Base de données (sur la crise anglophone, ndlr) a reçu et analysé une grande quantité de vidéos et d’images liées à cet incident, bien que beaucoup aient été prises la nuit, ce qui limite leur potentiel de géolocalisation. Sur la base d’informations selon lesquelles l’incident a eu lieu sur ou autour de Back Travelers et les quartiers d’Azire, et le long de la route de Mbengwi, la Base de données a identifié une zone dans laquelle l’incident s’est probablement produit… ». Plus explicitement, « les images satellite du 9 décembre ont corroboré ces géolocalisations, avec des dégâts visibles par le feu le long de la route de Mbengwi et à un endroit du rond-point de l’hôpital ».

L’attaque du convoi militaire a été revendiquée le lendemain par le chef adjoint des Adf (Forces de défense d’Ambazonie), Emmanuel Ndong alias Capo Daniel. Dans une vidéo, il montrait le sort subi par deux combattants ambazoniens blessés et menaçait les autorités médicales catholiques de rétorsion si celles-ci remettaient encore aux forces gouvernementales, des leurs en cours de traitement dans leur centre de santé. Pour Chrda, la riposte militaire a été disproportionnée. Il parle de « la tactique de la terre brûlée ». D’où la nécessité d’une enquête indépendante sur ces incidents, en vue de la poursuite en justice de toute personne ayant enfreint le droit international des droits de l’homme, « par exemple en incendiant des structures civiles ou en commettant des exécutions extrajudiciaires ».

F. K. / 237online.com

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