Politique

Cameroun – Conquête du pouvoir : Les «Réformateurs», cheval de Troie de Franck Biya ?

Présenté par de nombreux observateurs comme le cheval de Troie de Franck Biya, le Mouvement Réformateur ignore la question et propose sa feuille de route dans la perspective des prochaines échéances électorales.

Ils sont discrets mais leur activisme est perceptible. Dans un contexte marqué par le débat sur l’alternance au sommet de l’Etat et les luttes de positionnement dans l’espace sociopolitique ainsi que les sphères du pouvoir, le Mouvement des réformateurs bêche sur l’étendue du territoire. Patiemment mais avec une certaine efficacité. Aucune région n’échappe à cette formation politique qui recrute chez les meilleurs cadres politiques et les leaders d’opinion de proximité. Dernier exploit en date, le Mouvement qui sort d’une relative période d’hibernation a réussi l’exploit de se positionner dans les huit départements que compte la région de l’Ouest. Une opération qui vient marquer la fin d’un périple engagé il y a deux ans dans les dix régions du Cameroun.

Loin d’être un hasard, l’étape de Bafoussam est l’aboutissement d’une longue conquête. Une opération de charme et de raison menée dans un espace caractérisé par la désagrégation des partis politiques traditionnels et le désaveu d’une frange importante des militants et sympathisants vis-à-vis d’une offre sociale et politique qui faiblit sous les coups des luttes intestines et le désenchantement. La percée perceptible du Mouvement réformateur intervient aussi dans un contexte où le leadership local fait l’objet d’un quasi rejet chez les masses jusqu’ici attirées par des discours communautaristes. Des offres qui ne résistent pas à la détermination des masses à accéder à la prise de parole. Surtout, à la longue attente d’amélioration des conditions de vie souvent exprimée par les militants et sympathisants d’hier.

Stigmatisation

Du coup et loin du bruit populaire et des médias, Samuel Billong et ses camarades avancent sur un terrain presqu’en friche. Le président du Mouvement réformateur ne lève pas la voix pour le dire. Reste que l’ingénieur en génie civil sait qu’il faut une certaine dose de sérénité pour arriver à ses fins. Lui qui ne manque pas de soutenir que «La région de l’Ouest est au cœur de notre projet réformateur d’unité, de liberté et de modernisation du pays.» Le leader du mouvement en embuscade sait jouer dans les cordes de son auditoire et touche les cordes sensibles. Le président du Mouvement réformateur souligne avec fort emphase que «La région de l’Ouest est sans conteste, du fait de la stigmatisation dont elle a été victime de la part du colon et de ceux encore en responsabilité, celle par laquelle les réformateurs devront apporter la preuve de leur volonté d’intégration nationale audelà des clivages souvent artificiels.» L’un des ingrédients les plus efficaces du Mouvement réformateur, qui fait des adeptes dans tout le pays depuis quelques temps, c’est certainement sa capacité à réunir les masses autour de la responsabilité des élites locales.

Des élites qui selon le mouvement «se sont avérées incapables de développer, de créer la richesse et la distribuer équitablement aux populations.» De même que le parti met en relief «l’incapacité» du pouvoir en place à implémenter l’intégration nationale. «Le pouvoir en place a abandonné le projet d’intégration nationale pour faire la promotion de la stigmatisation et de la division des camerounais jusqu’au niveau constitutionnel avec la classification des camerounais en autochtones et allogènes.» Un dispositif que le Mouvement réformateur dénonce dans la loi portant Code général des collectivités territoriales décentralisées.

Un soupçon de Franckistes

Après plus d’une dizaine d’années d’hibernation, le Mouvement réformateur sait que son retour sur scène fait l’objet de nombreux questionnements. Plus lancinante est la question liée à sa proximité avec le mouvement citoyens des Franckistes. C’est que le retour sur scène du Mouvement réformateur qui a pris part à l’élection présidentielle de 2011 et les présomptions d’accession au pouvoir du fils du président de la République, Franck Emmanuel Biya font jaser. Le président du Mouvement réformateur fait la planche à l’évocation de cette question. Samuel Billong et ses camarades préfèrent décliner leur projet de société. La feuille de route du Mouvement réformateur souligne à priori la volonté du parti de «favoriser un dialogue républicain entre les hommes et formations de l’espace politique camerounais.» Un dialogue, soutient le président national du Mouvement réformateur qui intègre l’usage du bilinguisme dans l’espace publique, la restauration des valeurs républicaines, la promotion de l’esprit critique ainsi que la restauration de la solidarité nationale dans les secteurs sanitaire, alimentaire, éducatifs, de l’accès à l’emploi ainsi que la construction des millions de logements sociaux et l’urbanisation de toutes les localités du Cameroun. Si les «Réformateurs» appellent à la restauration de la démocratie à travers l’indépendance des différents pouvoirs et la pratique saine du suffrage universel et pluraliste, le parti qui ne dément ni ne proclame son appartenance au mouvement citoyen des Franckistes promeut l’alternance régionale à la tête de l’Etat. De même qu’il plaide pour «rendre le gouvernement responsable devant le parlement et élargir les pouvoirs du chef du gouvernement.»

Joseph OLINGA N.

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