Cameroun – Communautarisme : Les Chefs Sawa veulent parler d’une seule voix

Chefs Sawa

Les dépositaires de la tradition Sawa se sont réunis ce samedi 8 mai 2021 dans l’enceinte du palais de Sa Majesté Madiba Songue, sis à Japoma-Douala.

Cette réunion n’avait rien à voir avec le Ngondo. Une réunion inhabituelle en somme. L’on sait que ces majestés ont souvent les occasions de se réunir pour des questions touchant à leurs traditions ou la communauté. Cette-fois-ci, les questions nationales et notamment d’ordre politique étaient au centre de leurs préoccupations. Pratiquement tous les chefs supérieurs du Wouri étaient réunis avec les chefs de deuxième et troisième degré. Suivant la déclaration de Sa Majesté Madiba Songue Chef supérieur du Canton Bakoko, il s’agit d’un rassemblement que les dépositaires de la tradition Sawa n’ont jamais connu ; « Tous les chefs traditionnels de cette ville, tous degrés confondus, sont réunis à l’effet de mettre sur pieds un cadre de concertation, avec comme point accessoire à l’ordre du jour, la mise en place d’un calendrier des réunions et des activités », déclame Sa Majesté Madiba Songue, en sa qualité d’hôte du jour et président de l’Assemblée traditionnel du peuple Sawa, notamment de 2007 à 2009. « Cette rencontre devra se tenir tous les trois mois et tour à tour dans chacun de nos six cantons Sawa du Wouri. Le cadre normatif à savoir les statuts et le règlement intérieur se mettra en place progressivement lors de la prochaine rencontre qui se tiendra dans trois mois dans la chefferie du Canton Bèlè Bèlè du côté de Bonabéri », a-t-il précisé.

Il est revenu à Sa Majesté Eboumbou, chef supérieur du Canton Bell, de dénouer les enjeux majeurs de cette rencontre inédite : « vous savez que nous avons cinq sièges au sein du Conseil régional et il était temps que l’on se réunît afin de parler d’une même voix au sein de ce Conseil, parce qu’il y a comme une sorte de dissonance ». Selon Sa Majesté Mbappé Mbwanga du Canton Akwa, par ailleurs vice-président du Conseil régional du littoral, « un cadre de concertation avait commencé dès la convocation du corps électoral et c’est cela qui continue ». Et sur l’objet de la rencontre, Sa Majesté Mbappé Mbwanga de dire : « il est aujourd’hui question que les chefs traditionnels Sawa tous degrés confondus parlent d’une seule voix quand il s’agit de défendre les intérêts du peuple Sawa au sein des institutions, afin que tout le monde regarde vers la même direction ».

Contexte

Le Cameroun est une mosaïque de tribus et à la faveur de l’élection présidentielle de 2018, le Cameroun n’a jamais connu une telle ébullition sur le plan social. Déjà les revendications anglophones se sont accentuées depuis plus de cinq ans déjà, les débats se faisaient dans les médias classiques sur la représentation sociologique des ethnies au sein des institutions et dans les concours administratifs, ce débat s’est transposé sur les réseaux sociaux en un débat tribal, frôlant parfois la haine et la xénophobie, chacun voulant défendre sa communauté ethnique et jeter l’opprobre sur l’autre. C’est fort de tout cela que d’aucuns réclament le fédéralisme c’est-à-dire un Cameroun avec plusieurs Etats fédérés. D’autres plus radicaux réclament un Cameroun partitionné telles les revendications sécessionnistes de certains anglophones.

Dans la ligne médiane, on leur a offert le régionalisme. Malheureusement un régionalisme qui n’a pourtant pas d’impact sur le vécu quotidien du citoyen. C’est à se demander s’il existe même une telle institution au sein de la République ; parce que l’Etat central a encore une prégnance locale avec la présence du gouverneur de région et le préfet qui font la pluie et le beau temps. Néanmoins, des voix veulent se faire entendre au sein ces institutions que sont le Conseil régional et le conseil municipal, sur les intérêts et la représentativité des communautés autochtones
et/ou allogènes à préserver. Ces deux notions ont été introduites dans le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996 et continuent de diviser et de perdre les Camerounais, parce que chaque communauté voudrait défendre sa part de gâteau national, tel le mouvement « 11 millions de nordistes ».

Rodrigue TCHOKOUAHA

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