Politique

Cameroun – Chef Aby Donfack : « On ne peut rien attendre des régionales de ce dimanche »

Chef du village Menouet dans le groupement Foto à Dschang, exilé en France pour des raisons de santé, il est aussi journaliste. Il analyse les enjeux des régionales du 6 décembre au Cameroun.

Quels sont les enjeux du scrutin du 6 décembre au Cameroun ?

Le scrutin régional du 6 décembre au Cameroun, pour la mise en place des conseils régionaux, avec l’élection de 900 membres sur l’étendu du territoire national, donne la garantie à un parti politique de gagner seul d’office, sur au moins 35 des 58 départements, n’ayant aucun concurrent en face, surtout dans les régions anglophones du NoSo. Alors qu’on annonce à grand renfort de publicité, 14 partis politiques en compétition. C’est une vraie parodie ! Quelle élection crédible sans la participation des deux principaux ténors de l’opposition ? Le parti du Professeur Maurice Kamto (le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun – MRC) et celui du Chairman Ni John Fru Ndi (Social Democratic Fund – SDF), prônent le boycott de ces élections, avec des raisons qu’ils défendent bien. Notamment, la résolution des crises qui secouent la plupart des régions du pays, « la révision consensuelle du code électoral, avant toute élection crédible ». Rien de tout ça n’a été fait. Le pouvoir en place n’a accordé aucune attention à ces préalables, il a plutôt préféré engager ce processus électoral avec des partis anodins, dans un pays en lambeau. On ne peut malheureusement rien attendre de sérieux d’un tel scrutin. C’est regrettable pour notre démocratie et surtout, pour notre tout premier Conseil Régional.

Cette consultation se déroule dans un contexte de crise sociopolitique avec les tensions dans le NoSo. Quelles conséquences sur la mobilisation des électeurs ?

Effectivement elle se déroule au moment où tous les voyants sont au rouge. Pourtant le pays a pris près de trois décennies pour engager la mise en place de cette disposition de la constitution, donc pour préparer cette consultation. Une crise sociopolitique inédite secoue le pays depuis la dernière élection présidentielle, la décision prise lors des assises du grand dialogue national, d’accorder un régime spécial aux deux régions
anglophones du pays, pour calmer les ardeurs des séparatistes armés, reste sans effet palpable. La corruption est de plus en plus galopante, avec des dizaines d’anciens membres du gouvernement et dirigeants de sociétés d’Etat en prison.

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La crise sanitaire planétaire de la Covid-19 a touché le pays de plein fouet. L’insécurité règne dans toutes les régions, avec notamment la secte islamique Boko Haram dans le Septentrion, la rébellion séparatiste anglophone sur toute la partie Ouest. La guerre en Centrafrique, qui affecte les 797 km de frontière que nous avons avec ce voisin à l’Est. Au Sud, il y a aussi du grabuge sur la frontalière avec la Guinée Equatoriale. Dans nos grandes villes, il ne se passe pas de jours sans qu’on n’enregistre des agressions et autres crimes ignominieux, que ce soit à Douala ou à Yaoundé.

Au plan économique, le sort de notre pays est depuis de nombreuses années, entre les mains de la plus grande dictature économique internationale, le FMI. On n’a jamais pu en ressortir. Conséquemment à la gabegie dans la gestion des fonds pour les chantiers de la CAN et la lutte contre la COVID-19, la prévision de la croissance du pays a été ramenée cette année de 3,8 % à -3,5 %, le taux moyen en Afrique subsaharienne étant de -3,2 %. Et selon la loi des finances rectificative, adoptée en juin dernier, le déficit budgétaire se creuse à 4,5 % du PIB. Le taux de pauvreté est déjà de 28,7 % aujourd’hui, avec un sous-emploi de la main d’œuvre estimé à plus de 50 %.

En quoi le résultat de ce scrutin pourra-t-il changer la vie des Camerounais ?

C’est difficile de répondre à cette question, au regard des chiffres que je viens de donner plus haut, personne ne peut nous expliquer l’urgence qu’il y’a à organiser à tout prix ces élections en ce moment. Si ce n’est pour accentuer davantage la déconstruction du climat social. Personne ne peut non plus affirmer que les résultats pourront apporter un quelconque changement dans la vie des camerounais. J’ai eu l’honneur de couvrir en tant que journaliste, Rédacteur-en-Chef du journal Challenge Hebdo à l’époque, la conférence tripartite : gouvernement-opposition-société civile, au mois d’octobre 1991, présidée par le Premier ministre d’alors, le regretté SE Sadou Hayatou. C’est à l’occasion de cette messe nationale qu’ont été jetées les premières marottes de la décentralisation, avec à la clé la transformation de nos Provinces en Régions, entre autres. La mise en place des Conseils régionaux dont les présidents élus devraient remplacer les gouverneurs. Après s’en est suivie la modification de la constitution et… plus rien. C’est maintenant seulement, 29 ans après, qu’on nous sort enfin le projet des tiroirs poussiéreux.

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C’est indubitablement un polar de mauvais goût. Une fourberie politique, pour le quotidien des camerounais. Les choses se passent comme un partage des prébendes à huis-clos, entre des petits copains. En y mêlant même certains Chefs traditionnels, dont le Roi des Bamendjou, Sa Majesté Jean Rameau Sokoudjou, questionne la légitimité coutumière. Des chefs pour la plupart des prévaricateurs à la solde du parti au pouvoir. Après la nomination de certains « chefs coutumier » au Sénat, le scrutin du 6 décembre prochain est depuis les investitures de candidats et la campagne électorale, entrain de trahir la complicité de certains de mes homologues chefs traditionnels, à faciliter l’ingérence et la destruction de nos valeurs coutumières par l’autorité administrative. Et ces chefs se plaisent au jeu. Au nom des prébendes ! Captivité ou inconscience ?

par J.-C. EDJANGUE

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