Cameroun, Avortement clandestin: Le piège

Il y a quelques semaines à Douala, une jeune fille d??une vingtaine d??années a échappé in extremis à la mort. La demoiselle voulait discrètement se débarrasser du fruit de ses entrailles. Et pour y arriver, elle n??a rien trouvé de mieux que de l??eau de Javel. Une fois le litre de désinfectant ingurgité, l??apprentie avorteuse s??est évanouie dans la cour de la concession familiale, en proie à de violentes douleurs abdominales. Obligée de passer aux aveux complets à son réveil !

Si l??on s??en réfère au nombre de f??tus découverts dans les latrines, poubelles et autres terrains vagues dans nos villes, chaque semaine, il est clair que l??avortement clandestin est une pratique courante au Cameroun. Selon l??Organisation mondiale de la Santé (OMS), il constitue l??une des principales causes de mortalité maternelle dans le triangle national et bien d??autres pays du continent. Si l??on en croit une étude de l??institution, datant tout de même de 22 ans, 15% des décès maternels étaient dus à ce phénomène dans les années 1990. Pour Sophia T., infirmière dans un service de gynécologie dans un hôpital de la place, ce chiffre constitue l??arbre qui cache la forêt. Des statistiques fiables n??existant pas en la matière, la tendance pourrait même être à la hausse. « Pratiquement tous les jours, nous recevons des femmes souffrant des complications dues à une tentative d??avortement ou à un avortement clandestin mal négocié. Très peu avouent leur forfait. Mais à l??examen, les équipes médicales comprennent très vite de quoi il est question », assure l??infirmière.Pour Dr Akono, gynécologue, celles qui recourent le plus à l??avortement clandestin ont généralement entre 15 et 20 ans. Ce sont des élèves, étudiantes ou filles au chômage, n??ayant aucune notion de la pratique contraceptive. Selon les réponses obtenues par les médecins lors de consultations appropriées, diverses raisons poussent cette catégorie de personnes à passer à l??acte. Au premier rang, la peur des parents. Puis viennent : l??état de détresse et d??incompréhension dans lequel elles se trouvent généralement, la volonté de poursuivre les études, la non-reconnaissance de la grossesse par le géniteur et la situation financière inconfortable.L??autre tranche d??âge concernée est celle des femmes âgées de 20 à 35 ans, dont la vie de couple est irrégulière ou instable. Les concernées usent d??opérations clandestines pour expulser le fruit de leurs infidélités. Parfois, au risque de perdre la vie. C??est que lesdites opérations sont souvent pratiquées dans des conditions d??hygiènes défectueuses ou au travers de méthodes douteuses. Ici, le bouche-à-oreille fonctionne bien. On dit qu??untel médicament, telle liqueur ou herbe pourraient faire l??affaire ? Les candidates à l??avortement s??engouffrent dans le réseau, sans aucune précaution. Généralement aidées en cela par les conseils mal-avisés des copines, les essais peu scientifiques de matrones de tous acabits et autres charlatans apprenant à marcher sur l??eau. La réputation des étudiants en médecine, en la matière, est aussi toute faite. Selon des données fiables, certains demandent 50.000 Frs pour évacuer le f??tus le plus récalcitrant.

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