Politique

Cameroun – Aplaventrisme : Quand Atanga Nji déifie Paul Biya

Dans un article largement dithyrambique paru la semaine dernière, le ministre de l’Administration territoriale, réaffirme son soutien au président de la République qu’il présente par ailleurs comme un don pour le Cameroun.

Le titre de sa sortie est déjà en lui-même tout un programme. « Son Excellence Paul Biya: une détermination inébranlable à bâtir un Cameroun fort, inébranlable à bâtir un Cameroun fort, uni, paisible, prospère et démocratique. Cette diaspora de la honte qui a perdu le sens de l’honneur », est le titre résumé que le ministre de l’Administration territoriale a donné à sa publication. Il n’est plus besoin de relever que Paul Atanga Nji parle ou écrit, et c’est une constance, pour magnifier l’homme du 6 novembre 1982. En plus de ceci, on a pu desceller dans son texte un rappel à l’opinion de la reconnaissance de son engagement politique, de son indéfectible soutien à Paul Biya. Qui aurait douté de cet engagement ou de cette fidélité ? Telle est la question qui s’impose, peu ou prou, à la lecture de cet article rédigé dans un registre aisé à lire de la langue française. « Chaque fois que des individus sans fois, ni loi, ont manigancé contre la République où se sont attaqués à celui qui incarne avec brio les institutions à savoir, Son Excellence Paul Biya, je me suis dressé comme un vaillant soldat, pour dénoncer avec fermeté et force des arguments, ces sales manœuvres », écrit-il, se mettant en relief comme il ne l’a jamais fait par le passé. La question est là, pressante et prégnante. Qui au sein du sérail doute de l’engagement du « soldat Atanga Nji »? Il y aurait-il des chausse-trappes dressées sous les pas de cet inconditionnel de Paul Biya ?

Quelqu’un aurait-il voulu détourner le Minat de sa foi fervente placée en le chef de l’État ? Si tel est le cas, qui le ferait et à quels desseins? En publiant cet article, le Minat a jeté un pavé dans la mare. C’est une sorte de pan soulevé sur les actions et interactions qui animent en sous-marin la vie politique, révélé à la veille du retour de Paul Biya au pays. L’autre question est de savoir à qui Atanga Nji adresse son message. Voudrait-il que le chef de l’État en dépit de tout ce qu’on pourrait rapporter de lui, fondé ou pas, se souvienne de sa fidélité sans faille à sa politique et à sa personne par-dessus tout? Ou bien au contraire, par cette sortie, met-il en garde tous ceux qui de près ou de loin, seraient en train de fourbir des armes à dessein de succéder à son champion ? Ces questionnements légitimes qui naissent à la fin de la lecture de son texte sont des crédos qui devraient légitimement animer la foi politique des partisans de Paul Biya en ces périodes difficiles pour le pays.

Avec Paul Biya jusqu’à la gare

« Oui, Paul Biya est un don de Dieu pour le Cameroun. Je l’ai dit il y a trente ans. Je le reçois aujourd’hui et je le dirai toujours car je suis guidé par la conscience et j’ai un sens élevé de discernement, en ma qualité d’acteur politique et économique, prévaut sur la scène nationale et de manière permanente depuis bientôt 35 ans », écrit-il, épaississant encore un peu plus les motivations et l’opportunité d’une telle sortie. Qui aurait douté du « sens élevé du discernement » d’Atanga Nji dans le biotope politique camerounais? Lui qui est la pierre de l’angle de la sécurité intérieure du pays, pourquoi parle-t-il ainsi ? Il est encore plus incisif à démontrer qu’il est avec Paul Biya jusqu’à la gare lorsqu’il convoque les années 90 très difficiles pour le régime. « Dans les publications de 1993 à 2003, je le suis fermement opposé au prétendu problème anglophone au Cameroun que certaines personnes, parfois insoupçonnables, ont créé pour leurs intérêts égocentriques », finit-il dans son article inédit rendu public où il parle de lui-même, bien sûr qu’en arrière-plan, pour soutenir l’action politique de Paul Biya, un homme choisi par Dieu.

S’il est vrai qu’à certains moments de son texte, il s’adresse à la diaspora, la vraie et non celle de « la honte qui a perdu le sens de l’honneur », ou vilipende Maurice Kamto et les apprentis sorciers, il est sans équivoque que le patron de l’Administration est en situation. Lui, homme d’action, qui répugne de tourner autour du pot, doit faire face à de circonstances difficiles à appréhender. La rumeur évoque ses difficultés au Tcs. Même si tel était le cas, imaginerait-on l’homme s’exprimer de la sorte ? Aurait-il perdu la confiance du chef de l’État ? Personne ne saurait le dire car Paul Biya n’est pas homme à laisser transparaître sur la place publique une quelconque perte de confiance à l’endroit de ses collaborateurs. Paul Atanga Nji, au moment où la tension politique connait une certaine accalmie, n’a pas jugé utile de s’étendre un peu plus sur le conflit anglophone. C’est là aussi une preuve que son article est avant tout politique et s’adresse prioritairement à ses camarades du parti, le Rdpc.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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