Boko Haram: comment le colonel Badjeck fait la guerre à la presse camerounaise ?

Le chef de la Division de la Communication du ministère de la Défense privilégie les médias occidentaux dans la couverture de la guerre contre Boko Haram.Le hall principal du Palais des congrès de Yaoundé fourmille de mille murmures ce 05 février 2015. Les journalistes de la presse nationale et internationale (essentiellement occidentale Chine Nouvelle et les médias tchadiens à part) attendent impatiemment les officiels de l’Union africaine, de la Commission du Bassin du Lac Tchad et du Bénin réunis autour des ministres de la Défense et des Relations extérieurs du Cameroun. Il faut faire une photo de famille et « éventuellement une interview si le ministre consent à la faire » souligne le colonel Didier Badjeck. L’officier supérieur est réputé être proche des journalistes et tous espèrent qu’il réussira à convaincre Edgar Alain Mebe Ngo’o de glisser quelques mots à la presse qui s’est massivement déployée à l’occasion de la réunion des experts de l’U.A., de la CBLT et du Bénin destinée à concevoir le concept d’opération de la Force mixte multinationale.

Il y parvient avec panache. Une virtuosité qu’une partie des journalistes présents n’aura pas le loisir de savourer. Les médias camerounais n’ont pas le droit de tendre leurs perches au ministre « puisqu’ils le voient chaque jour ». Il leur est conseillé leur est conseillé de passer prendre les images auprès des services de la Division de la Communication du ministère de la Défense. Renseignement pris, c’est bien dans l’enceinte du ministère qu’il faut se rendre.
La même scène va se reproduire lors des échanges entre les journalistes et le capitaine de frégate Emmanuel Miss lors de la clôture du séminaire le 07 février. Le colonel Badjeck indique une nouvelle fois à la presse nationale de se mettre de côté afin de laisser leurs confrères européens poser des questions. Dans les deux cas, une partie des journalistes est passée outre les « conseils » du porte-parole de l’armée. Mais le message est passé.
La guerre contre Boko Haram ne semble pas être un sujet sur lequel la presse nationale a son mot à dire. Il s’entend que les médias privés sont la cible principale de l’ostracisme décidé par le colonel. Les seules questions qui valent la peine d’être posées et qui ont effectivement été posées sur une guerre qui se déroule au Cameroun ont été celles des gars de RFI, du Figaro, d’Associated Press ou encore de Chine Nouvelle. Un peu comme si les journalistes camerounais étaient prioritaires lors du sommet contre Boko Haram organisé à Paris, France le 17 mai 2014 !

Journalisme embarqué
Alors que seule la CRTV et dans une moindre mesure Cameroon Tribune ont été embarqués par l’armée pour toucher du doigt la réalité de la guerre, le ministère de la Défense n’hésite pas à organiser des charters de « journalistes de guerre » afin qu’ils rendent compte d’une guerre qui ne leur parle que de loin. Le dernier en date remonte à la fin de la réunion des experts dont nous parlions tout à l’heure. Avion militaire et hop là ! On vous amène la crème du journalisme sur le champ de bataille à Kolofata ou à Hilé Halifa.
Les mères camerounaises qui veulent savoir comment vont leurs enfants engagés dans une lutte à mort contre les terroristes devront désormais acheter Le Figaro, s’il vous plaît. De toute façon que valent les journalistes camerounais ? Il suffit de voir avec quelle complicité le patron de la communication du ministère de la Défense disserte avec les correspondants venus du monde entier sous les yeux des journalistes ébahis de voir la « grande muette » donner des biscuits. La nature a des lois qu’il faut savoir respecter. La raison du plus fort est de celle-là. Et c’est ce qui fait que les journalistes camerounais qui devraient être les premiers à être « briefés » sur ce qui se passe au front sont réduits à incruster des messes-basses où on parle de leur pays comme d’un paradis exotique de type Afghanistan.

William Bayiha

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