57 jours. C’est le temps que Paul Biya passe désormais à Genève, sans apparition publique, sans image, sans son. Et pour justifier ce silence, le ministre délégué à la Justice Jean de Dieu Momo vient de sortir un argument qui laisse perplexe : il faudrait, selon lui, 10 à 20 ans pour qu’un tribunal constate son absence du pouvoir.
Une distinction juridique qui tombe mal
Jean de Dieu Momo établit une différence entre absence et disparition. Dans le cas de l’absence, la procédure pourrait s’étaler sur une vingtaine d’années, le temps d’établir que Paul Biya n’a donné aucune instruction et qu’il n’a été vu accomplissant aucun acte officiel. Le ministre soutient par ailleurs que Biya ne peut être considéré comme absent, puisqu’il travaillerait depuis la Suisse.
Le truc, c’est qu’aucune preuve n’a été apportée pour étayer cette affirmation. Momo n’a pas été capable de préciser la dernière fois qu’il a lui-même reçu des instructions du président. Un chef d’État qui gouvernerait par décrets signés à distance, sans qu’aucun ministre ne puisse dire quand il lui a parlé pour la dernière fois, ça pose question.
Il a en revanche précisé que si Paul Biya avait simplement disparu, la justice pourrait établir les circonstances de cette disparition en quelques jours seulement, notamment si le président était en danger et cessait de communiquer.
Un silence institutionnel qui s’étire
La Constitution camerounaise prévoit pourtant la vacance du pouvoir en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du chef de l’État. Rien, dans le texte, ne prévoit un délai de 10 ou 20 ans pour constater une absence prolongée.
Jean de Dieu Momo est le dernier membre du gouvernement à s’exprimer sur ce séjour qui n’en finit plus. D’autres responsables avaient évoqué avant lui un délai possible allant jusqu’à 80 jours. Difficile de ne pas y voir une improvisation collective face à une situation que personne, visiblement, n’avait anticipée.
C’est un silence qui commence à peser plus lourd que les mots censés le justifier.
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Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.
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