Société

Bana Cameroun – Simplice Tchinda Tazo : « On ne peut pas encore avoir la neige au niveau tropical »

Le directeur de la météorologie nationale au ministère des Transports, explique les phénomènes d’inondations et de pluviométrie qui surviennent ces derniers temps dans notre pays et pose un regard sur le cas survenu à Bana, dans le département du Haut-NKam, le 9 septembre dernier.

Ces dernières semaines, il y a eu des inondations dans la ville de Douala. Comment pouvez-vous expliquer ce phénomène ?

Je voudrais commencer en rappelant que les inondations impliquent plusieurs facteurs. Donc, la réponse que je vais donner est formulée d’un point de vue météorologique. Nous avons observé, pour le cas de Douala, que nous faisons face de plus en plus à de fortes précipitations en 24h. Ce qui dépasse la normale, le maximum de précipitations que nous pouvons accueillir en 24h sur cette ville. C’est la principale cause. Ici, les inondations sont occasionnées par des phénomènes météorologiques. Nous pouvons avoir des inondations, d’un point de vue pluviométrique, de deux manières. On peut avoir des précipitations qui tombent successivement sur une série de jours et qui, par saturation du sol, posent le problème au niveau de l’écoulement. On peut avoir également de très fortes précipitations qui tombent sur une courte période. C’est le cas de Douala, pour ces derniers temps. On enregistre des précipitations qui dépassent parfois les 200mm en une seule journée. Au-delà de ce point de vue météorologique, nous avons identifié d’autres facteurs, notamment l’aménagement urbain. Ça devient récurrent au point où on n’a plus besoin d’être météorologiste pour savoir qu’au mois d’août, on aura des problèmes d’inondations à Douala. Si vous allez à Douala, vous allez trouver des gens, qui vivent dans l’eau toutes saisons confondues. C’est un vrai problème. A partir de ce moment-là, quelle que soit la quantité de précipitations qui tombent, on court le risque d’avoir des inondations. La troisième cause identifiée, c’est l’incivisme. A Douala, vous allez observer les drains. Mais, la plupart du temps, ils sont bouchés, et l’eau crée sa voie. Quand les précipitations tombent, arrivent au sol et ne trouvent pas le canal approprié d’écoulement, il va sans dire que l’eau va aller dans tous les sens rejoindre les gens dans les maisons. Les hydrologues ont aussi à se prononcer sur les questions d’inondations et ils parleront cette fois-là des questions liées au relief.

Qu’avez-vous envisagé comme solutions ?

L’une des mesures envisagées par le ministère des Transports a été cet accord-cadre de collaboration signé avec le Délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Douala (l’ancienne appellation, parce que la cadre de collaboration a été signé en 2019). Donc, l’objectif de ce cadre de collaboration, c’est d’accompagner la Communauté urbaine de Douala, qui est une collectivité locale décentralisée, dans le cadre du développement de la ville. Développer une ville résiliente aux phénomènes météorologiques, une ville durable et dans ce cadre d’accord de collaboration, nous mettons des données et des informations à la disposition de la Communauté urbaine de Douala. Maintenant, il faut qu’elle ait les moyens de réaliser des ouvrages pour pouvoir résoudre ce problème d’inondations récurrents.

Les Camerounais, dans la grande majorité, ne sont pas informés sur les changements climatiques. Que faire en cas de survenance de ceux-ci ?

Pour améliorer cela, nous pensons qu’il faut passer à une phase intensive de sensibilisation. Sensibilisation sur les causes ; sensibilisation sur les conséquences et sensibilisation sur les mesures à prendre. Cette sensibilisation-là doit viser tous les acteurs impliqués. D’abord, les populations elles-mêmes, principales victimes ; les médias, qui doivent commencer à comprendre la nécessité de diffuser l’information météorologique. Cette information peut être très importante aux populations, pour prendre des mesures, au cas où il y a des phénomènes météorologiques extrêmes qui se produisent, comme c’est le cas ces derniers temps. Les acteurs doivent mettre en œuvre les actions attendues, notamment pour ce qui est des phénomènes météorologiques extrêmes, qui ont des impacts. Et ces impacts sont sur des ouvrages où des réalisations qui appartiennent à des secteurs d’activités précis. Je voudrais dire que l’objectif, c’est d’avoir des systèmes d’alerte précoces et on y travaille déjà. L’une des réalisations est la numérisation de toutes les archives climatologiques, qui a été faite par le ministère des Transports.

Aujourd’hui, on est capable, lorsqu’un événement se produit, de regarder dans la base de données s’il s’est produit par le passé, combien de fois il s’est produit par le passé et à quelle intensité. Ce travail va se poursuivre avec la densification du réseau d’observation. Il faut un maillage plus dense du territoire, avec les stations météorologiques. Au ministère des Transports, nous y travaillons. C’est l’occasion de solliciter d’éventuels bailleurs, qui peuvent accompagner l’Etat dans cette mission-là, parce que c’est des ouvrages qui coûtent cher. L’installation des stations dans un maillage dense du territoire, pour être suffisamment informé et produire des prévisions fiables. Le Gouvernement est très sensibilisé sur cette question-là et a déjà procédé à d’importants recrutements du personnel, qui ont été affectés partout sur le territoire. Donc, en ce moment, nous avons une collecte d’informations, qui va de mieux en mieux ; Mais, il faut aussi que les prévisions qui sont élaborées soient suffisamment diffusées. Les événements extrêmes pas très connus hier, nous les observons de plus en plus aujourd’hui. Si vous regardez par exemple ce qui se passe dans les pays de l’Occident aujourd’hui, avec la question des inondations, regardez aussi leurs médias. On ne diffuse pas le journal là-bas sans avoir parlé du bulletin météo.

Comment comprendre ce phénomène qui s’est récemment produit à Bana où on a parlé de la neige ou de la grêle ? Quelle en est d’ailleurs la différence ?

Il s’agissait effectivement d’une averse de grêles qui s’est produite le jeudi, 9 septembre 2021 en mi-journée. Cette averse de grêles était accompagnée d’une intense activité orageuse. Pour ce qui est de la différence entre la grêle et la neige, d’un point de vue technique, les appellations qui sont données aux précipitations sont fondées sur le processus de leur formation. On a plusieurs types de précipitations. Les pluies, on a la bruine ; parfois quand vous marchez, vous avez l’impression qu’il pleut. Mais c’est sur votre habit que vous voyez les gouttes suspendues. Donc, les appellations que nous attribuons aux précipitations dépendent de leur processus de formation. Pour le cas d’espèce, les deux, que ce soit la grêle ou la neige, ne se forment pas de la même manière. La neige se forme dans des conditions atmosphériques stables, avec une température en surface du sol inférieure à 0°. Et ça se produit avec des nuages, qui sont comme des larges couches qui s’étalent. Contrairement à de la grêle, qui se forme avec des nuages cumuliformes, qui se forment souvent comme des boules de coton étalées avec une tête sous forme d’enclume. Ça, c’est dans des conditions atmosphériques instables. Et si vous avez bien regardé, vous constaterez qu’avec la grêle, on a des grêlons, qui ont un impact sur la végétation lorsqu’ils chutent. Et vous remarquerez aussi très bien qu’il est difficile de circuler dans les conditions de production de la grêle, contrairement à la neige. La neige, avec les grêlons à cette taille-là, lorsque ça chute, ça vous frappe par la tête et ça fait très mal ; les impacts d’ailleurs sur l’être humain sont assez sérieux. On ne peut pas encore avoir la neige au niveau tropical, en raison de la température, à savoir 0° au niveau du sol. La moyenne des températures dans zone de Bana oscille entre 18 et 28°. Elle n’est pas si basse pour atteindre les températures négatives.

Pourquoi donc, ce phénomène de grêle dans cette région en ce moment ?

Il faut savoir que les conditions atmosphériques qui prévalent dans la zone sont déjà potentielles à la formation de la grêle. Dans la région de l’Ouest, la chute des grêlons n’est pas nouvelle. Il vous souvient qu’on a eu la chute de grêlons à Yaoundé en janvier 2020. Nous observons des phénomènes météorologiques extrêmes. Donc, il y a des phénomènes qui vont évoluer en intensité et qui vont se produire plus fréquemment dans certaines zones que d’habitude. Et ça attire l’attention des populations. Et il faut bien les sensibiliser, expliquer comme nous le faisons pour que les populations soient bien informées. Nous avons suggéré le déplacement de la période d’une haute compétition sportive ici. Et les raisons qui étaient avancées en ce moment-là, concernaient la production de tels phénomènes. Et nous avions expliqué, en ce temps-là, qu’il fallait tenir compte de la climatologie de notre pays et des conditions qui sont favorables à la production des phénomènes météorologiques, qui peuvent empêcher des compétitions sportives en plein air. Et nous avons précisément expliqué que dans la région de l’Ouest, il était très difficile de jouer pendant la chute des grêlons. Donc, ces phénomènes-là peuvent se produire potentiellement dans cette zone-là. Mais, c’est juste qu’avant, elles n’étaient pas récurrentes. Maintenant, elles commencent à s’observer avec beaucoup plus de récurrence.

Quel est l’impact environnemental et économique de ces phénomènes ?

L’impact social, environnemental et économique n’est pas évalué par nous-mêmes. Mais, il est lourd. Les phénomènes météorologiques aujourd’hui, emportent de plus en plus des vies humaines ; créent des retards de développement. Toutes les infrastructures qui sont réalisées aujourd’hui sans tenir compte des projections ou des données actuelles courent le risque d’être détruites par les phénomènes météorologiques extrêmes. A cet effet, ayant numérisé la base des données climatologiques du pays, le ministre des Transports a saisi ses homologues qui s’occupent des secteurs des infrastructures, à l’effet de leur demander de bien vouloir envisager des prescriptions à toutes les entreprises qui réalisent des ouvrages importants, de prendre en compte les informations météorologiques pour rendre ces ouvrages-là plus résilients aux phénomènes météorologiques. Quant à l’impact environnemental, lorsque la grêle se produit, quand sa taille est élevée, vous imaginez l’impact sur la végétation. Dans une région comme l’Ouest où on utilise parfois des feuilles de bananier dans le cadre de la cuisine, elles sont détruites, posant un problème dans le secteur de l’agriculture. Investir dans la météorologie permet de gagner plus dans le sens du développement durable.

Quelles solution envisagez-vous face à ces phénomènes météorologiques ?

Pour la saison qui est en train de se retirer pour les régions septentrionales, les phénomènes seront moins intenses. Mais, pour la partie méridionale, notamment la zone où nous avons deux saisons, la zone bimodale et la zone côtière, nous préconisons la vigilance des populations. Il faut davantage suivre le bulletin météorologique. A l’attention des médias, nous produisons deux bulletins météorologiques par jour. Un qui sort avant 12h et qui concerne la période de 12h du jour à 12h le lendemain. Et un autre avant 18h, qui concerne la période de 18h à 18h, le lendemain. Donc, il va falloir un changement des comportements au niveau des populations, qui doivent être plus attentives aux bulletins météorologiques, à l’effet de prendre des mesures appropriées face aux phénomènes météorologiques extrêmes qui pourront se produire.

Propos recueillis par Achille Chountsa

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