Athlètes camerounais sous drapeaux étrangers : le prix de l’abandon

Auriol Dongmo – championne monde lancer poids drapeau Portugal

Auriol Dongmo lance le poids sous les couleurs du Portugal depuis 2019. Depuis, elle est championne du monde, championne d’Europe. Les records nationaux camerounais sont toujours à son nom. C’est quand même vertigineux : le Cameroun détient encore ses records, mais c’est Lisbonne qui encaisse les médailles. Elle n’est pas un cas isolé. Elle est le symbole d’un phénomène qui dure depuis des décennies.

Quatre noms, quatre drapeaux, un seul constat

Antoinette Nana Djimou Ida. Née de racines camerounaises, titrée en heptathlon sous maillot français. Sylvie Mballa Éloundou a représenté le Cameroun aux Jeux de 1996 et aux Mondiaux en salle de 2006, puis a concouru sous les couleurs françaises aux Jeux méditerranéens de 2001. Aurel Manga, né en France mais aux racines camerounaises visibles, a porté le drapeau tricolore jusqu’en finale olympique à Tokyo.

Ces trajectoires ne sont pas des trahisons. Ce sont des réponses logiques à une absence de politique sportive sérieuse. Le patriotisme est une valeur noble, mais à lui seul, il ne permet pas de surmonter les exigences de la haute performance. Un athlète de haut niveau a besoin d’un encadrement continu, de ressources humaines et matérielles, d’un environnement qui lui permet de progresser sans sacrifier ses ambitions. Le Cameroun n’a pas offert cet environnement à Auriol Dongmo. Le Portugal, si.

Un phénomène mondial, une responsabilité locale

Le truc c’est que ce phénomène existe partout. Des Kényans et Éthiopiens courent sous drapeaux européens ou des Émirats arabes. Des Nigérians évoluent en NBA ou en Premier League sous passeport britannique ou américain. Des Sénégalais et Algériens brillent avec le maillot de la France. Ce n’est pas propre au Cameroun, et pointer uniquement les athlètes serait injuste.

Mais d’autres pays ont décidé de répondre à cette réalité par l’investissement, pas par la déploration. Ils repèrent le potentiel tôt, financent la formation, construisent les infrastructures. Et ils récoltent les médailles.

Pourtant le Cameroun a des raisons d’espérer. Emmanuel Esseme et Hervège Kolle Etame portent le drapeau national avec fierté, dominent en Afrique et défient la scène mondiale. Ils prouvent que le talent camerounais existe et qu’il peut rester au pays quand les conditions suivent.

La question n’est pas de savoir si nos athlètes sont patriotes. Elle est de savoir si le système mérite ce patriotisme.

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✍️ À propos de l'auteur
Jean-Claude Mbida
Jean-Claude Mbida

Journaliste sportif pour 237online.com, Jean-Claude Mbida couvre l'actualité du sport camerounais et africain.

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