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Cameroun - Université: Chantal Biya au centre d'une polémique

Cameroun - Université: Chantal Biya au centre d'une polémique

Un projet de colloque sur l'action sociale de la première dame divise les universitaires, partagés entre ceux qui soutiennent cette idée, ceux qui la critiquent et d'autres qui veulent en profiter pour gagner des postes.

Si on en croit M. Cabral Libii, l’idée de décerner un prix honoris causa à Chantal Biya a séduit certains enseignants de rang magistral. Des indiscrétions laissent même penser que trois vice-recteurs ont fait main basse sur le projet pour entrer dans les bonnes grâces de la première dame.
Sauf changement, l’université de Yaoundé II-Soa va attribuer à Chantal Biya un doctorat honoris causa au terme d’un colloque de trois jours (il devrait se tenir du 1er au 3 novembre 2016 sur le campus de l’université de Soa). Ce colloque qui est placé sous le haut patronage du Premier ministre a pour thème « Droits fondamentaux et politique de solidarité au prisme de l’action sociale de la première dame du Cameroun ». L’organisation a fait appel à quelques enseignants chevronnés pour cette discussion sur l’action sociale de Chantal Biya. On annonce aussi des personnalités politiques de premier plan comme conférenciers.

Seul bémol, ce colloque ne fait pas l’unanimité parmi les universitaires.
Les critiques contre ce brainstorming qui va réunir l’intelligentsia nationale viennent de tous les côtés. Les pourfendeurs de ce colloque doutent de l’éthique de ce projet. Car de toutes évidences, il s’agit d’un plagiat. Le projet de plaidoyer pour la remise d’un doctorat honoris causa à Chantal Biya a en effet été rédigé par un jeune enseignant du département d’histoire de l’université de Yaoundé I. Un échange de correspondances entre ce dernier et un certain « Monsieur le conseiller », qui porte le grade de professeur d’université, indique bien que le jeune historien a présenté son plaidoyer à certains de ses ainés académiques. Mais très vite, il a compris que son projet lui échappait. Il écrit donc à son destinataire anonyme : « je vous avoue que j’ai été gêné de constater que les choses avaient autant avancées. J’ai fais un compte rendu à Monsieur… question d’être au même niveau d’information. »
Jusque-là, l’idée de ce colloque s’élaborait dans la discrétion la plus totale. Et puis, patatras : l’affaire arrive sur la place publique. « L’idée de décerner un doctorat honoris causa à la première dame est venue d’un jeune enseignant.
Mais quand il a constaté qu’il avait été écarté, il s’est énervé et a publié un certains nombre d’informations », fait savoir Cabral Libii, de l’université de Yaoundé II-Soa, qui est proche de l’organisation de ce colloque. Cabral Libii ajoute : « sur le principe, l’idée de décerner un doctorat honoris causa à la première dame n’est pas une mauvaise chose. Le problème c’est que le colloque a fait naitre des batailles de positionnement. » Si on en croit M. Libii, l’idée de décerner un prix honoris causa à Chantal Biya a séduit certains enseignants de rang magistral. Des indiscrétions laissent même penser que trois vice-recteurs ont fait main basse sur le projet pour entrer dans les bonnes grâces de la première dame.

BATAILLES DE POSITIONNEMENT
Un autre enseignant de l’université de Yaoundé II-Soa affirme bien que depuis que l’idée de ce colloque a été actée, la guerre de positionnement fait rage. « Ce colloque a été pris en otage par des ainés académiques qui cherchent de meilleurs postes de responsabilité. Et pour arriver à leur fin, ils ont brûlé toutes les règles de la bienséance », indique notre source anonyme. A en croire ce dernier, ces enseignants chevronnés, qui souhaitent soigner leur image auprès de la première dame, n’ont pas cru bon d’informer le recteur de l’université de Yaoundé II-Soa, Oumarou Bouba, de la tenue de ce colloque.
En effet, dans le plaidoyer du géniteur de cette idée, l’université de Soa est le lieu indiqué pour faire de Chantal Biya docteur honoris causa. Le jeune historien expliquait alors : « il me semble opportun que la manifestation se tienne à Yaoundé II. Les origines du recteur (Nord) seraient un atout très important dans un contexte marqué par le souci de la vente d’une image d’unité nationale. »
Mais le recteur Oumarou Bouba n’est pas le seul qui ne sera pas mis dans la confidence. La preuve, même le ministre de l’Enseignement supérieur (Minsup), Jacques Fame Ndongo, n’a pas été informé de l’organisation de ce colloque.
Le dossier est donc parti des bureaux du département des sciences politiques de l’université de Soa, où tout a commencé, pour se retrouver au Premier ministère. On comprend alors pourquoi ce colloque est organisé sous le haut patronage du chef du gouvernement Philemon Yang.
Pour Ludovic Lado, l’ancien enseignant de l’Université catholique d’Afrique centrale (Uccac), tout ceci est la preuve que cette initiative n’est rien d’autre que «l’intelligence au service de la bêtise». A l’université de Yaoundé II-Soa, des enseignants ne cachent pas leur exaspération.
C’est le cas du politologue Njoya Moussa qui préfère le questionnement pour critiquer ce colloque. Morceau choisi : « combien de colloques (et non séminaires) auxquels vous avez assisté sont placés sous le haut patronage du chef du gouvernement ? Enfin, combien de colloques au monde s'achèvent par la remise d'un doctorat honoris causa ? Vos réponses diminueront à coup sûr toute mon ignorance… »
Les questions de Njoya Moussa s’adressent à ceux de ses collègues qui sont d’accord avec la tenue de ce colloque et l’attribution d’un doctorat honoris causa à madame Chantal Biya. Dans le viseur de cette levée de bouclier, se trouve en premier Mathias Owona Nguini. Pour l’opinion, le fait que ce politologue adoube ce colloque étonne et déroute à la fois car il est présenté comme l’un des principaux pourfendeurs du régime de Paul Biya. Face à toutes ces critiques, il ne reste pas silencieux : « je mesure combien mes concitoyens sont des gens d'inculture ! Vous croyez que l’université de Yaoundé II-Soa a inventé la réflexion scientifique sur l'action sociale de Mme Chantal Biya en tant que première dame ? Ou alors la réflexion est seulement scientifique quand ce sont les blancs qui la font ? » Sur son compte Facebook, il s’adresse directement aux universitaires qui sont vent debout contre ce colloque. Pour comprendre les motivations de ces derniers, le politologue et chercheur à la Fondation Paul Ango Ela explique que la bande à Njoya Moussa est catastrophée par le fait que dans l’éventualité où Chantal Biya aurait droit au titre de docteur honoris causa, elle va se faire appeler docteur… comme eux. Pour Mathias Owona Nguini, c’est ni plus ni moins que le reflet de leur « misère d’esprit ».

65 MIILIONS DE FCFA
« Dans l’opinion, ce que ce colloque a de plus choquant c’est son coût. Je crois qu’il y a eu un problème de communication car vous ne pouvez pas parler d’autant de millions pour l’organisation d’un colloque quand les gens ont faim et souffre », analyse un communicateur qui a requis l’anonymat.
Le budget de ce colloque a vraiment de quoi décoiffer : 65 millions de francs CFA, soit 30 millions à dépenser pour la communication, 9 millions la gastronomie, 18 millions pour la gratification des intervenants et le comité d’organisation et 65 millions pour le transport. « La facture aurait pu être salée pour le contribuable s’ils étaient allés chercher d’éminents savants de par le monde comme ils ont l’habitude de faire. On peut les féliciter pour cela », ironise un internaute.
Pour finir, le débat sur ce colloque interroge les initiatives sociales de Chantal Biya. Les a-t-elles réalisées avec des fonds publics ou avec des fonds qu’elle a levés ? La question n’a pour l’instant pas trouvé une réponse satisfaisante. En attendant, les critiques sur ce colloque se font de plus en plus acerbes sur les réseaux sociaux.
Paul Mahel, le journaliste de VoxAfrica, est l’un de ceux qui animent le mieux cette contestation : « aussi loin que mes souvenirs me portent, de la catastrophe du lac Nyos à la récente épizootie de grippe aviaire en passant par le choléra et Boko Haram, il ne me souvient pas qu'on ait jamais vu un tel panel d'universitaires et de membres du gouvernement réunis autour d'une problématique. Donc que ces gens là décident de prendre l'argent du contribuable pour disséquer les petits cadeaux de la première dame me semble un peu fort de café. Surtout lorsque, pour finir de nous prendre pour des cons, ils veulent nous dire que l'action sociale de la première dame est une approche contributive des politiques publiques. Non mais franchement... »

Michel Ange Nga

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