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Crise anglophone: Ces milices qui affrontent l'armée camerounaise

Crise anglophone: Ces milices qui affrontent l'armée camerounaise

Depuis octobre 2017, les autorités camerounaises disent avoir répertorié six groupes armés en activité dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest.

«Nous avons identifié les terroristes décidés à diviser l’Etat du Cameroun, en créant ce que je ne vais pas nommer ici ». Ainsi parlait, Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la présidence de la République en charge de la Défense (Mindef), au terme d’une mission à Buea (région du Sudouest) le 12 octobre 2017. Pour qui s’applique à décrypter les mots de ce membre du gouvernement, ils indiquent qu’un travail exploratoire a été mené. Il a permis de repérer les «bataillons séparatistes » qui entrent en jeu dans la construction et la dynamique d’entretien de la crise anglophone.
«On connaît maintenant assez bien le profil de la plupart de ces groupes ; nous disposons d’un maximum d'informations sur ces brigands et leur mode opératoire. Nos conclusions nous ont permis d’acquérir la conviction que leur organisation est complexe mais bien coordonnée», souffle, ce 22 février 2018, une source rencontrée au secrétariat

d’Etat à la Défense (SED) en charge de la gendarmerie.


Visages
Selon des relevés de terrain compilés par les services spéciaux de la gendarmerie, six groupes armés seraient en activité dans la partie anglophone du Cameroun. Il s’agit des «Tigers of Ambazonia», des «Vipers», de l’«Ambazonia Restoration Army (Ara)», des «Ambaland Forces», de l’«Ambazonia Defense Forces (ADF)» et de la «Southern Cameroons Defence Forces (Socadef)». «S’ils évoluent tous sous la bannière de l’Ambazonie, ceux-là semblent s’être juré de se mettre d'accord sur leurs formules contre le calme et le vivre-ensemble dans les zones où ils ambitionnent d’augmenter la teneur mortifère de la crise», établit un officier de gendarmerie.
A comprendre qu’entre ces «six cracheurs », il y a probablement des nuances idéologiques, mais pas de grosses différences opérationnelles. Des informations picorées sur le terrain par des services spécialisés allèguent que ces radicaux oeuvreraient à une union. Ces derniers temps, ils travailleraient à gommer les petites différences pour fixer un cadre commun combinant poids lourds expérimentés et visages neufs dans la pratique de la guérilla. A côté, il y a l'aile inscrite dans un dessein sécessionniste modéré, prônant le recours à la pression politique au travers de concessions progressives. Elle est incarnée par le Scacuf (Southern Cameroons Ambazonia Consortium United Front). Pour cette branche, le dialogue pourrait servir de repoussoir à toute dérive incontrôlée de groupes utilisant la violence armée.


Réorganisation
Au plus haut sommet de l’Etat, on dispose donc de la matière pour quelques arbitrages majeurs. En décrétant, le 21 février dernier, la création d’une cinquième région militaire basée à Bamenda (Nord-ouest), Paul Biya, le chef des armées camerounaises, juge d’une stratégie, d’une action sur le long terme. Pour tenter d’expliquer cet ajustement et en souligner les enjeux, un colonel de gendarmerie estime que, statistiquement, les groupes dits radicaux sont plus nombreux et causent plus de dégâts dans cette région. A mi-voix, le même haut-gradé dit que cet ajustement dans la chaîne de commandement renvoie à l’actualité immédiate, notamment les élections sénatoriales prévues le 25 mars prochain.
«Cette échéance politique et le tempo actuel de la crise peuvent précipiter des événements nouveaux… Il ne faudra pas les courir après. Le président a donc anticipé», murmure-t-il.


Jean-René Meva’a Amougou

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