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Cameroun: Le FMI met en garde contre l'endettement public pour financer des entreprises en difficulté

Cameroun: Le FMI met en garde contre l'endettement public pour financer des entreprises en difficulté

Les entreprises publiques faisant face à des difficultés de trésorerie doivent se tourner vers les marchés financiers plutôt que de recevoir des financements issus d'un endettement réalisé directement par les pouvoirs publics, préconise le Fonds monétaire international (FMI) au Cameroun, qui défend à son tour ses opérations utiles selon lui pour faire avancer l'économie.

Selon des chiffres révélés par le ministère de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire, le gouvernement camerounais a plafonné à 547 milliards de francs CFA (plus de 976,7 millions de dollars américains) ses décaissements sur les financements extérieurs au cours de cette année.
Ces financements se composent de près de 123 milliards de francs CFA (plus de 219,6 millions de dollars) de crédits dits relais au profit de deux entreprises publiques : la Société nationale de raffinage (SONARA) et la Société de développement du coton (SODECOTON).
Par "crédits relais", Isaac Tamba, le directeur général de l'économie et de la programmation des investissements publics de ce ministère, désigne des emprunts de court terme "généralement consentis sur une année".
Ces financements sont cependant désapprouvés par le FMI, qui les qualifie de "danger pour l'Etat" du Cameroun, soumis à l'exigence de la mise en œuvre d'un train de réformes structurelles

et économiques où le défi de la soutenabilité et la viabilité de la dette publique s'avère crucial.
"On parle quand même d'entreprises publiques qui ont des difficultés, qui reçoivent des subventions de l'Etat. Au-delà d'un an, ça crée un danger pour l'Etat et on est obligé de prendre ce risque-là en compte dans l'endettement général", a déclaré Kadima Kalonji, le représentant-résident sortant du FMI, lors d'une réunion tenue vendredi dernier à Yaoundé.
En juin 2017, le Cameroun et le FMI ont conclu un accord économique et financier, soutenu par une facilité élargie de crédit (FEC) de cette institution financière d'un montant de 666,2 millions de dollars américains, qui vise à sortir le pays d'une crise économique due à la chute des prix du pétrole et à diverses crises sécuritaires auxquelles il est confronté.
D'une durée de trois ans, cet accord d'ajustement structurel prévoit en sa faveur le déblocage d'un montant total de 1 302 milliards de francs CFA (plus de 2,3 milliards de dollars) grâce à d'autres aides budgétaires octroyées par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), l'Union européenne (UE) et l'Agence française de développement (AFD).
C'est la matérialisation d'une résolution prise par les six pays membres de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC, organisation régionale composée en outre de la Centrafrique, du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Tchad) lors d'un sommet spécial tenu fin 2016 à Yaoundé, pour sortir leurs économies de la crise.


Pour M. Kalonji, le risque d'un lourd impact des "crédits relais" sur l'endettement du Cameroun, estimé à plus de 30% du produit intérieur brut (PIB) en ce moment, est d'autant évident que sur les 547 milliards de francs CFA de plafond de décaissements dans le cadre des financements extérieurs, un montant de 363 milliards de francs (plus de 648,2 millions de dollars) a été déjà décaissés.
De l'avis du directeur général de l'économie et de la programmation des investissements publics du ministère camerounais de l'Economie, sur la base de ces décaissements, le pays dispose en fin de compte d'une marge assez réduite de 184 milliards de francs (plus de 328,5 millions de dollars) pour couvrir le reste de l'année.
Une mission d'évaluation du FMI, après avoir constaté une accélération des dépenses en capital à cause notamment des "urgences sécuritaires", a récemment déploré l'échec du gouvernement camerounais à réduire comme prévu son important déficit budgétaire en 2017.
Sur 596 milliards de francs CFA (plus de 1,06 milliard de dollars) de plafond de décaissements sur les financements extérieurs, le pays avait terminé l'année 2017 par un dépassement de 175 milliards de francs (plus de 312,5 millions de dollars), selon les chiffres officiels.
Pour Louis Paul Motaze, le ministre des Finances, la recommandation du FMI qui veut que les entreprises en difficulté de trésorerie aillent sur les marchés financiers pour s'endetter est inappropriée. "Elles ne le peuvent pas. L'Etat n'est pas en train de se surendetter. Il est plutôt en train d'aider ces entreprises", se défend-il.
"Il y a une contrainte qui est l'endettement. Il y a une autre qui est le déficit primaire", relève pour sa part Alamine Ousmane Mey, le ministre de l'Economie, de la Planification et de l'Aménagement du territoire. "Nous sommes aussi conscients des engagements pris, il ne faudrait pas que le Cameroun soit défaillant lors d'une échéance (de remboursement)", ajoute-t-il.

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