Afriland First Bank victime d’une campagne de désinformation depuis Kinshasa

Afriland First Bank RDC

Afriland First Group riposte avec vigueur contre les fake news qui circulent sur les réseaux sociaux concernant sa filiale congolaise. Depuis le 2 juillet 2021, la banque camerounaise n’exerce plus aucun contrôle sur Afriland First Bank CD, désormais sous administration provisoire de l’État congolais. La récente campagne de désinformation tentant d’imputer à Afriland les difficultés actuelles de sa filiale congolaise relève de la manipulation pure et simple, alors que ces problèmes surviennent après quatre années de gestion exclusivement étatique.

Le communiqué publié le 12 septembre 2025 par Afriland First Group SA constitue une mise au point cinglante face aux rumeurs malveillantes propagées sur les plateformes numériques. « Depuis sa création en 2005 et jusqu’au 2 juillet 2021, la filiale congolaise n’avait jamais été scellée par l’administration fiscale ni par aucune autre autorité », précise le groupe bancaire dans sa déclaration officielle. Cette vérité factuelle démonte d’un coup toute la rhétorique accusatrice qui vise à salir l’image d’une institution financière de référence sur le continent africain.

L’histoire d’Afriland First Bank CD illustre parfaitement comment un État peut détruire méthodiquement une entreprise prospère par des interventions politiques arbitraires. De 2005 à juillet 2021, cette filiale du géant bancaire camerounais évoluait en toute sérénité, respectant scrupuleusement les ratios prudentiels et maintenant une position financière solide avec 48,5 millions de dollars de fonds propres selon le rapport de la Banque centrale du Congo de juin 2021. Aucun scellement, aucune mesure coercitive, aucun problème majeur – un bilan irréprochable sur seize années d’activité.

La prise de contrôle étatique : un hold-up en plein jour

Le tournant dramatique s’amorce le 2 juillet 2021 quand la Banque centrale du Congo (BCC) décide unilatéralement de retirer l’autorisation du président du conseil d’administration Joseph Toubi et d’annuler la suspension du directeur général Souaibou Abary, pourtant justifiée par des évidences d’auditeurs sur des malversations financières potentielles. Cette intervention marque le début d’un processus systématique de dépossession des actionnaires légitimes.

Progressivement, les huit membres du conseil d’administration voient leurs autorisations révoquées par la BCC, transformant Afriland First Bank CD en coquille vide sous tutelle étatique. Le gouverneur Déogratias Mutombo, puis sa successeure Marie-France Malangu Kabedi Mbuyi, orchestrent méthodiquement le démantèlement de la gouvernance d’entreprise, « dépossédant les actionnaires » et « expulsant de force le président du conseil d’administration » comme le dénonce justement Afriland First Group.

Cette confiscation déguisée culmine le 20 juin 2022 avec la nomination d’un comité d’administration provisoire de sept membres dirigé par Mudiay Mpinda, officiellement mandaté pour 180 jours mais toujours en place trois ans plus tard. À partir de cette date, « le Conseil d’Administration et la Direction Générale de cette banque sont dessaisis de leurs pouvoirs de gestion » selon la décision officielle de la BCC. Comment peut-on alors tenir Afriland responsable des déboires survenus sous une gestion qu’elle ne contrôle plus ?

L’ironie de cette situation atteint son comble quand on constate que l’État congolais a dû injecter 100 milliards de francs congolais (50 millions de dollars) pour maintenir à flot une banque qui était financièrement saine avant son intervention. Les faits parlent d’eux-mêmes : une institution prospère sous gestion privée se dégrade rapidement sous tutelle étatique, nécessitant un sauvetage financier massif aux frais du contribuable congolais.

Afriland riposte sur le terrain juridique international

Face à cette expropriation déguisée, Afriland First Group n’a pas croisé les bras. En août 2023, le groupe a saisi le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI), institution de la Banque mondiale reconnue mondialement pour arbitrer les conflits entre investisseurs privés et États. Cette démarche, loin d’être anodine, révèle la confiance juridique absolue d’Afriland dans le bien-fondé de sa cause.

L’affaire CIRDI ARB/23/38 oppose désormais Afriland First Group SA, dirigée par le milliardaire camerounais Paul Kammogne Fokam, à la République démocratique du Congo devant un tribunal international constitué le 26 janvier 2024. Les enjeux dépassent largement le cadre d’un simple différend commercial : il s’agit de déterminer si un État peut impunément exproprier des investisseurs étrangers sous prétexte de régulation bancaire.

Les arguments juridiques d’Afriland s’appuient sur des fondements solides du droit international des investissements : violation du traitement juste et équitable, expropriation indirecte sans compensation, et non-respect des procédures légales. Le cabinet White & Case, réputé mondialement pour ses victoires dans des arbitrages internationaux de plusieurs centaines de millions de dollars, représente les intérêts camerounais avec une expertise redoutable.

Cette bataille juridique transcende le cas particulier d’Afriland pour toucher aux principes fondamentaux de la protection des investissements en Afrique. Les précédents CIRDI montrent que les tribunaux internationaux sanctionnent sévèrement les États qui confisquent arbitrairement les biens d’investisseurs étrangers. Les dommages-intérêts potentiels pourraient atteindre des montants considérables, incluant la valeur intégrale de l’entreprise plus les profits perdus.

L’impact de cette affaire rayonne bien au-delà des frontières congolaises. Dans la région CEMAC, où les banques étrangères gèrent 50% des actifs bancaires totaux, le précédent créé par la RDC inquiète légitimement les investisseurs internationaux. Plusieurs banques étrangères, notamment Bank Byblos du Liban, ont déjà amorcé leur sortie du marché congolais, témoignant d’une érosion générale de la confiance.

Le secteur bancaire de la RDC, avec seulement 5 milliards de dollars d’actifs pour 100 millions d’habitants, ne peut se permettre de perdre des institutions solides par des interventions politiques hasardeuses. Le ratio crédit/PIB de 13% place déjà le pays parmi les plus sous-bancarisés au monde, handicapant gravement son développement économique.

La stratégie de communication de certains médias congolais, relayant sans vérification les accusations contre Afriland, participe d’une campagne orchestrée pour détourner l’attention des vraies responsabilités. Les scellements récents surviennent après quatre années de gestion étatique exclusive, période pendant laquelle la banque s’est dégradée au point de nécessiter un plan de sauvetage gouvernemental.

Paul Kammogne Fokam, figure emblématique de la finance africaine et fondateur d’un empire bancaire présent dans neuf pays, mérite mieux que ces attaques diffamatoires. À 76 ans, cet homme d’affaires visionnaire a construit Afriland First Bank depuis un capital initial de 6 millions de dollars en 2005 pour en faire une référence continentale. Sa réputation et celle de son institution ne sauraient être ternie par les conséquences d’une gestion étatique défaillante qu’il ne contrôle plus.

La solidité d’Afriland confirmée par les partenaires internationaux

Paradoxalement, pendant que sa filiale congolaise périclite sous tutelle gouvernementale, Afriland First Group continue d’attirer la confiance des institutions financières internationales. En avril 2025, la Société financière internationale (IFC) a annoncé un partenariat de 60 millions de dollars avec Afriland First Bank Cameroun, témoignant de la solidité et de la crédibilité de la maison mère.

Cette reconnaissance internationale contraste saisissamment avec les difficultés artificielles créées par l’intervention étatique en RDC. Afriland First Group maintient ses activités dans huit autres pays africains sans rencontrer de problèmes similaires, prouvant que les dysfonctionnements congolais résultent d’actions gouvernementales spécifiques et non de défaillances managériales intrinsèques.

La stratégie de développement continental d’Afriland s’appuie sur des partenariats stratégiques durables et une expertise financière reconnue. Le groupe continue d’être sollicité pour des projets d’envergure, notamment un accord agricole de 1,2 milliard de dollars en République centrafricaine facilité en avril 2025, démontrant sa capacité opérationnelle intacte.

Face aux défis actuels, Afriland First Group adopte une posture de transparence totale et de défense légitime de ses droits. « Le groupe se défend de toute responsabilité dans cette affaire », martèle le communiqué du 12 septembre, rappelant avec insistance que « il n’exerce plus aucune responsabilité dans la gestion d’Afriland First Bank CD depuis le 2 juillet 2021 ».

Cette clarification, maintes fois répétée, devrait suffire à éclairer les esprits honnêtes sur la réalité des responsabilités. Cependant, la persistance de la désinformation révèle probablement des motivations moins avouables, visant peut-être à préparer l’opinion à une confiscation définitive ou à négocier en position de force dans les discussions d’arbitrage international.

L’enjeu dépasse largement le cas d’Afriland pour toucher à l’attractivité de l’Afrique centrale pour les investissements étrangers. Dans une région où les indices de facilité des affaires classent le Cameroun 167ème et le Congo 180ème sur 190 pays, chaque précédent d’intervention étatique arbitraire aggrave la perception de risque politique.

La circulation de fake news sur les réseaux sociaux participe de cette dégradation de l’image, créant un environnement hostile aux entreprises légitimes. Les autorités compétentes devraient plutôt s’interroger sur les raisons qui ont conduit une banque saine en juillet 2021 à nécessiter un sauvetage de 50 millions de dollars trois ans plus tard sous gestion étatique.

Cette bataille judiciaire et médiatique entre Afriland et l’État congolais illustre les tensions croissantes entre logique entrepreneuriale et interventionnisme étatique en Afrique. À l’heure où le continent cherche à attirer les capitaux privés pour financer son développement, de tels précédents constituent des signaux alarmants pour les investisseurs potentiels.

La défense d’Afriland First Bank ne concerne pas seulement ses actionnaires camerounais et suisses, mais l’ensemble des entrepreneurs africains qui aspirent à développer leurs activités dans un environnement juridique sécurisé. L’issue de cette affaire fixera des précédents durables pour l’investissement privé en Afrique centrale.

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✍️ À propos de l'auteur
Jean-Paul Dzomo Nana
Jean-Paul Dzomo Nana

Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l'actualité politique et diplomatique du continent africain.

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