Cameroun – Balengou : La sortie du La’akam, le 19 février

Balengou

La réunion de crise présidée par le Gouverneur de l’Ouest sur Balengou, hier à la mairie de Bangangté, n’a pas modifié le calendrier des activités organisées par cette communauté, à l’occasion du triomphe de leur nouveau chef, contestée par le chef Bangangté.

Samedi, 19 février 2022, Elvis Guy Nguemegni Hapi, 29 ans, triomphera de l’initiation à laquelle il est soumis depuis son arrestation le 11 décembre 2021, jour des obsèques officielles de son père, S.M. Marcelin Hapi Tchienkoua, décédé à Paris en septembre 2021, de suites de longue maladie. Cette cérémonie semblait compromise depuis que le chef supérieur Bangangté, Nji Monluh Seidou Pokam avait ouvertement, à travers plusieurs « publications royales », dénoncé sa mise à l’écart dans le processus d’arrestation du nouveau chef et jeté un pavé dans la mare en bannissant les ressortissants Balengou de son territoire. Dans un message-fax au préfet du Ndé, Paul Atanga Nji remettait complètement en question l’ensemble du processus traditionnel ayant conduit à l’arrestation et la mise en case d’intronisation d’Elvis Nguemeni Hapi. « En raison des multiples contestations enregistrées au sujet de la désignation du chef traditionnel de deuxième degré de Balengou, j’ai l’honneur de vous demander de vouloir bien reprendre les consultations, en vue de la désignation dudit chef traditionnel, dans le strict respect de la réglementation en vigueur, le respect des us et coutumes de ladite localité », instruit-il au préfet du Ndé, Ernest Ewango Budu.

Jeudi, 10 février 2022, plutôt que le préfet, c’est le gouverneur de l’Ouest, Awa Fonka Augustine qui a invité les acteurs visibles et de l’ombre à une rencontre d’échanges hier, dimanche 13 février à13h, dans la salle des délibérations de la mairie de Bangangté. Ont pris part à la rencontre ouverte au public, outre les 13 chefs de groupements du Ndé, et en raison de leurs liens historiques avec la chefferie querellée, le chef supérieur Batcha dans le Haut Nkam et maître des cérémonies à problème, le chef supérieur Bandjoun (Koung Khi) et le chef supérieur Baleng (Mifi) ; les anciens ministres Clobert Tchatat, Jean Marie Ngankou, Jean Claude Mbwentchou, accusés dans certains courriers d’être les instigateurs du désordre dans le Ndé et tous les élus du département. Dans son propos introductif, le gouverneur a dit agir sur instructions de sa hiérarchie, qui a reçu, à Yaoundé des délégations diverses, dont aucune cependant et curieusement, ne conteste la légitimité du chef en cours d’initiation. Les supposés élites, fauteurs de trouble, n’ont rien dit.

Par contre, le chef supérieur Badoumga, S.M. Louis Ngapmou Fotchanda, en sa qualité de président de l’Association des chefs traditionnels du Ndé et témoin de l’arrestation, est intervenu pour expliquer, contre l’avis des traditionnalistes, l’histoire des pactes entre les chefferies. A la fin de son propos, il a invité poliment son homologue, le chef supérieur Bangangté, à retirer des propos certainement tenus dans la colère. Refus de ce dernier, qui pense qu’à son âge, on ne doit pas lui prêter des propos. S. M. Joseph Kouekam, chef supérieur Batcha que certains ont vite fait de considérer comme un usurpateur, à cause de sa présence géographique dans le Haut Nkam, a non seulement expliqué les raisons historiques pour lesquelles le ministre Enoch Kwayeb, un fils de Bazou, avait balancé son peuple hors du Ndé ainsi que les Bangou dans la Mifi, mais aussi indiqué qu’il existe deux types de pactes traditionnels : les bilatéraux et les unilatéraux. Dans le cas des relations entre Balengou et Bangangté, il s’agit d’un pacte unilatéral. « Le chef Balengou arrête cinq chefs : Bakong, Bamaha, Batcha, Bangangté et Mbiam dans le Nord Makombe. Cela ne signifie pas que ces deniers doivent forcément intervenir dans l’arrestation du chef Balengou, qui est faite depuis un siècle par le chef Batcha », a-t-il expliqué.

« Ma succession »

De nombreux observateurs attendaient de lire les archives traditionnelles dont a parlé Nji Monluh Seidou Pokam. Il n’en a rien été. Il s’est contenté de déclarer que le pacte entre les deux chefferies est désormais rompu. Autrement dit, que le chef Balengou n’arrêtera pas son successeur. « Je prends acte de ce que le Chef Bangangté a décidé que Balengou n’arrêtera plus jamais son successeur. Et je le félicite de ce que du haut de sa puissance, il a accepté de lever le bannissement de la chefferie Balengou, qu’il avait rendu public », a observé le gouverneur, prudent. Une question à gérer avec le nouveau chef. « La concertation tenue à Bangangté ce 13 février autour de Monsieur le gouverneur de la région de l’Ouest, n’a eu aucune incidence ni influence sur la sortie de notre Roi du Lahkep le 19 février 2022.

Sans titre, ni qualité ni capacité, le Roi des Bangangté a constaté qu’il s’était attaqué à la roche de Ngondjio qui ne brûle pas. Pour ceux qui ne le savent pas, il n’y a pas que le kaolin à Balengou. (…) Du fond de notre chefferie, de notre case, près de notre grande forêt, des chants et des cris seront poussés, par les initiés. Après ces chants, la Cour royale, la place royale verra les signes d’une ère nouvelle », exulte le notable Tchuidong Koungang, Wemba Tchuipo Denis.

Les ressortissants de Balengou n’ont d’ailleurs pas laissé aux autorités la liberté de se laisser influencer, avec des banderoles flottantes de bienvenue sur les routes depuis une semaine. Les billets d’invitation virtuels, eux, circulent depuis une semaine avant. « On n’arrête pas le chef deux fois à l’Ouest », s’irrite un villageois. « Le Magnikang sortira triomphalement pour bannir tout acte et toute idée maléfique sur le territoire conquis par notre ancêtre premier, le Roi Nandjo », prédit le Tchuidong Koungang. Ironie du sort, le 19 février est jour de naissance du nouveau chef. Il pourra, à guise, fêter son anniversaire et son accès au trône.

F. K. / 237online.com

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